Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

38 articles avec yesterday is here

Conversation avec un fantôme de ce monde

Ann F Border
Conversation avec un fantôme de ce monde
Conversation avec un fantôme de ce monde

Tu es cet homme qui descend Il n’y a rien que nous puissions faire contre le vent Regarder les dégâts Vivants ou morts ? Se le demander Se le demander En adaptant sa voix à la réponse désirée Tu es cet homme qui descend Vers le port Quel port supporte que tu fasses cela De lui D’elle De nous Crois-tu cela réel ? Le bâtiment et le brouillard et les deux mêlés Et le béton ravagé Ravagé Cela te parle si tu parles Tu ne le fais pas Tu n’entends que tes pas Tu es cet homme qui descend Une chute est prévue tu penses cela Une chute est prévue à telle heure Courons la voir Se préparer à maudire les mètres...

Aujourd'hui et maintenant

Ann F Border
Aujourd'hui et maintenant
Aujourd'hui et maintenant

Il leva les yeux au ciel et ne vit rien d’autre qu’un nuage blanc en train de s’effilocher. Sinon du bleu que traversaient quelques oiseaux trop distants pour qu’il puisse les identifier. Et, à moins que ce soient des pigeons, il n’aurait pas su le faire. Mais à son avis, les pigeons ne volaient pas si haut. Plus tôt dans la journée, il avait songé à se remémorer des souvenirs. Il s’était assis sur un muret près du fleuve et n’avait d’abord pensé à rien. Il regardait seulement les bateaux. Le spectacle l’avait lassé alors il avait commencé à fouiller dans sa tête. Puis il s’était dit que ça n’était...

Pollock's day

Ann F Border
Pollock's day
Pollock's day

Inconfortablement assise sur un banc du parc, Mercy-Beth suit deux papillons du regard depuis un moment. Deux papillons blancs, ou peut-être jaunes pâle, difficile à dire, qui volent côte à côte. Leur vol est lent mais animé de figures complexes. Et bien que tout cela semble anarchique et involontaire, Mercy-Beth pressent qu’il n’en est rien à cause de l’air, des obstacles que les papillons ont à franchir, d’une vie qui leur est propre dont personne ne percera jamais le mystère. Il ne s’agit pas d’un véritable mystère, bien sûr. Simplement une chose dont on ignore tout, n’étant pas nous même papillon....

Different floors

Ann F Border
Different floors
Different floors

Des hommes seuls se précipitaient vers le soir dès le jour levé. Enveloppés d’effluves d’alcool, de fleuve, de rouille, d’encre séchée. Ils couraient vers le centre. Prenaient des ascenseurs dans lesquels ils s’imaginaient courir encore. Et jusqu’au soir ils se cognaient aux vitres parfaitement nettoyées par une race qui ne craint pas le vertige. Il arrivait qu’ils soient envahis par une nostalgie imprécise. Mais aucun d’entre eux ne savait ce qu’il avait perdu. Plus bas dans la ville, épargné des étages, un homme nourrissait les pigeons et les oiseaux maritimes. Il regardait les bâtiments se déformer...

Black hour of the day

Ann F Border
Black hour of the day
Black hour of the day

Sur les escaliers de la Chase Manhattan Plaza, un homme avait fait une chute. Et il avait refusé mon aide. Agacé par la douleur, il m’avait adressé un geste dissuasif. Je m’étais assise sur les marches et avais attendu, la tête en l’air, que quelque chose traverse le ciel, mécanique ou naturel. Ni l’un, ni l’autre. L’homme ne se relevait pas. Il me lançait des regards furtifs par-dessus son épaule. Je l’ignorais. Il frottait sa jambe et respirait fort. Je me levais enfin. L’homme se leva à son tour. Un mince filet de sang coulait le long de sa jambe dénudée. Il s’engagea dans Pine Street en boitant...

child's drawing

Ann F Border
child's drawing
child's drawing

Un soleil perché dans le ciel d’un dessin d’enfant. Un astre en papier ignifugé à cause du danger que ça représente. Un pompier s’occupe de ces formalités. Une perspective approximative où la tête des buildings de l’ouest de la rue s’effondre sur la tête des buildings de l’est de la rue, et l’énorme tache jaune à tentacules lance des flammes jaunes sur la chaussée où se pressent des bus scolaires un ton au-dessus. Derrière leurs vitres des têtes d’enfants avec des yeux grand-ouverts et des bouches grimaçantes. Certains ont posé leurs mains bien à plat sur le verre. On pourrait croire qu’ils envoient...

The New York Times

Ann F Border
The New York Times
The New York Times

Un homme dans la première rue de Brooklyn a ouvert le journal du matin. Une simple photo en page de une, il l’évite et s’arrête sur les sports en lisant à voix haute les résultats des matchs. Une femme le croise et s’attarde, attirée par la voix forte et cassée, mangée par le tabac. Elle lui tourne autour un moment. Il la mate du coin de l’œil. Ni jeune, ni vieille, ni belle, ni laide, d’apparence ni trop modeste, ni trop riche. Une belle femme en son temps, c’est ce qu'il en conclut. Elle s’immobilise soudain, car ses allées et venues sur dix mètres de trottoir deviennent rapidement incongrues....

Black Poem

Ann F Border
Black Poem
Black Poem

Sois moins superbe mort que tu ne le fus vivant. À la table des rois, n’abreuve de ton sang poudreux que les âmes qui volent au dessus du repas. Oublie tout et ne laisse rien s’échapper de toi. Oublie tout. Jusqu’à ta descendance. Sois moins superbe mort que tu ne le fus vivant. Oublie que tu existas. Oublie que les jours d’avant tu vivais d’espérance. Oublie que le jour d’avant tu perdis tout espoir et que ta chair se révéla, enfin, douloureuse. Oublie que tes yeux laissèrent pénétrer les venins Oublie que tu existas. Et n’envie pas notre sang circulant qui n’irrigue que de pauvres champs pulmonaires....

Un soir déplorable

Ann F Border
Un soir déplorable
Un soir déplorable

Un jour aurait suffi. Un jour sans fin aux heures se comptant du ravage à la guérison. Un jour de saison intermédiaire, avec un ciel gris le matin et percé de rayons quelques heures plus tard. Mais des prêcheurs, juchés sur des capots de berlines noires, nous prévenaient que de telles taches solaires n’annonceraient rien de bon. Elles dissimuleraient des enfers et Dieu reconnaîtrait les siens. Tous ceux qui ne s’y vautreraient pas en attendant le soir déplorable. Il fallait attendre le soir déplorable dans les parties sombres, en grelottant de froid et d’autre chose. Une peur bénéfique, ainsi la...

1 2 3 4 > >>