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Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

24 articles avec amie

Le tour de la pièce

Ann F Border
Le tour de la pièce
Le tour de la pièce

Chère Amie, C’était un de ces jours. Le décor, une lueur matinale d’aucune saison. Pâle. Presque blanche. Ou d’un bleu si clair que mon œil ne le distinguait pas. Je suis restée là, assise sur le rebord du lit. Les mains jointes entre mes jambes à regarder les ombres faire le tour de la pièce, puis les lumières clignoter, vers le soir. Un de ces jours où l’esprit possède la tendreté de la chair et les souvenirs la dureté des bris de verre. Je me disais : « Reste là. Sanglote. Regarde les gouttes pourpres s’insinuer dans les lattes du parquet. Reste là. Sanglote. » Lorsqu’ils sont seuls, les corps...

Des éphémères

Ann F Border
Des éphémères
Des éphémères

Chère Amie, Je regarde au travers de la fenêtre les fenêtres. La femme assise sur le lit. Les étages empilés, les femmes et les hommes empilés, les tasses de café dans des placards obscurs. Des cercles sur les tables. Je réponds à votre question, celle du livre. Rien d’ordinaire, rien d’ordinaire, je vous assure. On a beau prendre tout ça à la légère, ça ne marche pas comme ça. Rien d’extraordinaire pour autant. A cause de vous savez quoi qui plane au dessus de nos têtes. Des avions. Comme des avions. Des oiseaux, comme des oiseaux qui plongent sans savoir nager. Enfin, ça c’est autre chose. Ils...

Jusqu'à ce qu'on l'ait perdu

Ann F Border
Jusqu'à ce qu'on l'ait perdu
Jusqu'à ce qu'on l'ait perdu

Chère Amie, New York possède aujourd’hui sa lumière dorée. Celle qui coule le long des façades, du mobilier urbain et des végétaux et qui s’aplatit en flaque sur le sol. C’est le matin. Quelque chose va arriver. Rien de dramatique. Presque rien. Une rencontre, la découverte d’un livre, un chant reconnu qui sort d’une porte entrouverte, un animal sauvage traversant une allée du parc. Des visages. De nombreux visages que je prendrai le temps d’observer. (Il faut que vous m’imaginiez parcourant la ville à une vitesse anormale.) Je n’ai durant un moment que des pensées sereines. Car aucunes ne sont...

Passage de rivière

Ann F Border
Passage de rivière
Passage de rivière

Chère Amie, Je longe la rivière. Rien au dessus de ma tête, que des nuages gris qui courent vers le sud. Dans quelques jardins, on ne tardera pas à fuir l’averse en se protégeant la tête et en criant comme si l’eau était de verre. On attendra sous les terrasses que l’orage cesse en s’attristant de la perte d’une journée d’été. Plus tard, on marchera sur le sol d’où s’échapperont des vapeurs. Je n’ai pas plus de but que la rivière. Pas plus de destin. Je la suis tout autant qu’elle me suit, tant que cela est possible pour elle comme pour moi. Plus de nuages. Un ciel découvert qui blanchit les reliefs...

In the workshop

Ann F Border
In the workshop
In the workshop

Chère Amie, Face au Victorian Gardens, assise sur une roche granitique, abritée par des sycomores, vous téléphoniez en France. Des voix enfantines transportées par le vent, parvenaient jusqu’à vous. Et des musiques de manèges. Les couleurs vives, rouge et bleu, des montgolfières saturées par un soleil plombant, transperçaient la verdure. Les aéronefs tournaient avec lenteur. Montaient et descendaient, retenus par des câbles d’acier. Vous restiez là longtemps après avoir raccroché. Pieds nus vous goûtiez la fraicheur relative d’un air qui tournoyait à cet endroit, piégé par un courant. Un enfant...

A contre-jour

Ann F Border
A contre-jour
A contre-jour

Chère Amie, J’ai cru pendant un moment que New York avait disparu. Que la ville n’avait jamais existé. Vos pas sur les lattes du Brooklyn, je les rêvais silencieux. C’est ce qui se passe quand toutes nos peurs n’en forment qu’une. Nous n’éprouvons plus rien. Nous ne voyons dans nos passés rien d’autre que des mensonges et les hurlements envahissent nos têtes. Je n’écrivais plus rien car je n’étais plus rien. Peut-être le contraire. Je voulais croire que vous m’attendiez avec ce sourire indescriptible qui n’appartient qu’à vous. Un reste de rire enfantin suspendu. Posé sur vos lèvres et vos yeux....

Selon vous

Mary and Co
Selon vous
Selon vous

Chère Amie, D’ici, je ne vois pas New York. Les distances à découvert sont si nombreuses que je ne peux espérer m’abriter nulle part. Le ciel est trop vaste. L’air entre dans mes poumons sans brûlure. Et cette nuit opaque. Cette nuit véritable où je dors à peine, sans cesse réveillée par le silence. Parfois, je rêve que je marche dans les rues resserrées pas la brique, jusqu’à la limite des quartiers mortels. Ou bien, un fou saisit ma main, et m’éloigne, comme il s’en éloigne, des ruines et des effondrements. A mon réveil, je n’entends que des cœurs maladifs me rappeler à leur bon souvenir. De...

une illusoire cinquième saison

Mary and Co
une illusoire cinquième saison
une illusoire cinquième saison

Chère Amie, Les saisons nous obligent, et c'est ce que l'on aime, à la laideur parfois. Au repli sur soi. Pour ma part, je n'existe alors qu'au travers d'une âme douloureuse qui ne ressemble à rien et j'évoque les lumières anciennes. Chaudes ou bien glaciales. Pas plus tard qu'hier, me dis-je, les choses étaient différentes. Les lumières crues découpaient mieux les contours. Et dans la solitude hivernale ou estivale, j'aime à penser, quelquefois, que notre cité est la solution. Je sais, vous savez, que c'est faux, que New York se plie. On y meurt de froid, ou privé d'air par les canicules, avant...

Une rémission

Mary and Co
Une rémission
Une rémission

Chère Amie, Je me suis longuement absentée de Manhattan. Assez pour que le Fulton de South Street devienne l’ancien Fulton. Assez pour être moi-même désignée par ce genre d’adjectif. Assez pour que Bontecou et Pollock quitte le Queens pour de bon. Imaginez que j’ai appris des choses terrifiantes et j’ai aussitôt tenté de les oublier comme : le temps vient où l’on tente inutilement de retenir de ce côté du monde une main dangereusement attirée par la mort, et bien sûr cela échoue. Mais aujourd’hui je suis assurée que de telles choses ne s’oublient pas. Penser autrement m’a coûté cet exil silencieux...

Véhicule d'urgence

Mary and Co
Véhicule d'urgence
Véhicule d'urgence

Chère Amie, Il y a longtemps que je ne vous livre plus d'écrits. Me satisfaisant du bruit incessant de Manhattan. Le croirez-vous ? J'en suis au point d'apprécier le son des sirènes des véhicules d'urgence parce qu'elles me paraissent familières. Des muses ou quelque chose de ce genre. Oubliant qu'elles sont annonciatrices de drames, sans aucun doute. Mais mon propre silence me tue. Il est surprenant de ne plus être hantée. Les saisons à ma convenance, les hommes, les femmes et les histoires qu'ils me racontent me manquent plus que de raison. Car c'est ainsi que les choses se passent, n'est-ce...

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