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Manhattan, people and locations

Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Black Poem

Ann F Border
Black Poem
Black Poem

Sois moins superbe mort que tu ne le fus vivant. À la table des rois, n’abreuve de ton sang poudreux que les âmes qui volent au dessus du repas. Oublie tout et ne laisse rien s’échapper de toi. Oublie tout. Jusqu’à ta descendance. Sois moins superbe mort que tu ne le fus vivant. Oublie que tu existas. Oublie que les jours d’avant tu vivais d’espérance. Oublie que le jour d’avant tu perdis tout espoir et que ta chair se révéla, enfin, douloureuse. Oublie que tes yeux laissèrent pénétrer les venins Oublie que tu existas. Et n’envie pas notre sang circulant qui n’irrigue que de pauvres champs pulmonaires....

Le remplaçant

Ann F Border
Le remplaçant
Le remplaçant

Ça se passait comme ça. Morgan Foster sortait dans la rue et restait là une heure au moins, une jambe repliée contre le mur à fumer des cigarettes et à se ronger les ongles. Sa grosse tête penchée en avant, sauf quand une femme passait et qu’il se tordait le cou à mater tout ce qui était à portée, jusqu'à ce qu’elle soit avalée par la foule ou la distance. Durant une minute ou deux, il pensait aux trucs qu’il aurait pu lui faire, puis il attaquait l’ongle en deuil de son pouce gauche et recrachait les rognures, au mieux, sur le trottoir. Il sifflotait parfois. Pas des mélodies précises. Des airs...

Lunch Poem *12

Ann F Border
Lunch Poem *12
Lunch Poem *12

Ses yeux ne se résolvent pas à se tourner vers moi, malgré mes simagrées et mes gestes explicites. Je suis là. À l’angle de... parce qu’il y a forcément quelque chose qui s’y passe. Un homme qui meurt ou autre chose. Avec les morts, on ne peut pas se tromper. L’air me donne la nausée. Je tremble à cause de la migraine. Elle s’en fout. Elle fabrique un ange sur la neige crasseuse. Un ange crasseux avec une aile plus enfoncée dans la terre que l’autre. Après, elle va gueuler dans les quartiers pauvres. Donnez-moi du temps, donnez-moi du temps, tout votre foutu temps gaspillé ! J’ai des erreurs à...

Lá Fhéile Pádraig. La Muse du Poitín

Ann F Border
Lá Fhéile Pádraig. La Muse du Poitín
Lá Fhéile Pádraig. La Muse du Poitín

On raconte que les conteurs d’Irlande ne sont humains que pour moitié et que l’autre peut tout aussi bien appartenir à Dieu, au Diable, au vent, à l’air, à la pierre… Qui le sait ? Une moitié mystérieuse qui en fait des êtres à part et fous sans aucun doute. Car la folie se loge aisément dans les moitiés mystérieuses. Leurs voix est grave et profonde et il se dégage d’eux une odeur d’âtre à cause du temps qu’ils passent devant les cheminées de ferme. Leurs mains sont larges, et quand elles se déplacent dans l’air, leur mouvement devient l’objet qui illustre le conte. Une arme, un serpent, un navire...

Vous êtes ici, sur la planète rouge

Ann F Border
Vous êtes ici, sur la planète rouge
Vous êtes ici, sur la planète rouge

La première à préférer que la nuit tombe. À pénétrer dans les couloirs étroits des bâtisses éloignées des avenues 5, Park et Broadway pour plus d’obscurité encore. La première à posséder une arme de poing. À la vider dans le bois des bancs et les figures peintes. À dormir sur les planches fendues par ses soins, après les pluies d’été qui s’évaporent en laissant sur sa peau une trace à l’odeur boisée. Une partie de sa peau. La première à distinguer dans l’eau chlorée des fontaines et noire des rivières l’ombre d’une âme-sœur défunte. Les yeux percés et la bouche pâle. La première à préférer que...

Un soir déplorable

Ann F Border
Un soir déplorable
Un soir déplorable

Un jour aurait suffi. Un jour sans fin aux heures se comptant du ravage à la guérison. Un jour de saison intermédiaire, avec un ciel gris le matin et percé de rayons quelques heures plus tard. Mais des prêcheurs, juchés sur des capots de berlines noires, nous prévenaient que de telles taches solaires n’annonceraient rien de bon. Elles dissimuleraient des enfers et Dieu reconnaîtrait les siens. Tous ceux qui ne s’y vautreraient pas en attendant le soir déplorable. Il fallait attendre le soir déplorable dans les parties sombres, en grelottant de froid et d’autre chose. Une peur bénéfique, ainsi la...

Quatrième inventaire (incomplet) de Noël

Ann F Border
Quatrième inventaire (incomplet) de Noël
Quatrième inventaire (incomplet) de Noël

Une aile blanche, un labrador. Deux ailes en fait et pas de chien. Une pluie à 3 heures derrière le méridien. Une pianiste de jazz à l’Empire State building. The romance is over, j’ai lu ça quelque part. Le calendrier du New Yorker à la dernière minute. Un malaise apaisé à la librairie Border. Les vingt sept mille trois cent soixante quinze jours du Radio City Music Hall. Les cinq étoiles de la cité LeFrak. Un couturier qui retouche une étoffe de bronze. Les fillettes en redingote rouge dans les halls des hôtels de luxe. Des coquilles d’œufs blanches sur des meubles de cuisine blancs. Eclos. Pas...

Electric, rainy night

Ann F Border
Electric, rainy night
Electric, rainy night

La vitre du taxi embuée à l’intérieur et parsemée de gouttes de pluie à l’extérieur. Du Skaï noir déchiré par endroits. Des lambeaux de tissus nuageux qui s’effilochaient. Un écran où défilaient des pubs et des prévisions météo. Pour l’heure il pleuvait. Les gouttes étaient entraînées par la vitesse. Mais pas depuis un moment. On était coincé sur la 5e. Alors elles glissaient lentement après s’être écrasées. Peut-être pas la 5e. Je ne distinguais rien du dehors. La main du chauffeur tapotait le volant. La main gauche. La droite posée sur sa cuisse. Elle se soulevait quand il marmonnait un juron...

Tristement nommer un ange

Ann F Border
Tristement nommer un ange
Tristement nommer un ange

Chère Amie, Je tente d’écrire quelque chose. Pour ne pas me laisser envahir. Je tiens ma main prête et attends que quelque chose en sorte. Comme si mes veines allaient s’ouvrir et répandre leur liquide coloré sur l’espace. Tout l’espace. Pour l’instant rongé par le malheur. Je tente d’écrire quelque chose. Autre chose. Pour contourner l’autel qui s’impose malgré tout, nuit et jour. Je ne crois en rien dit-il. Je ne suis d’aucune religion. Je suis la table et le lit. La nappe et le linceul. J’appartiens à Dieu, sans mentir. Et Dieu est grand par la faute de l’homme qui ne l’est pas. Dieu existe...

Lunch Poem *11

Ann F Border
Lunch Poem *11
Lunch Poem *11

Ce n’est rien. C’est New York. Le jour à peine levé toute la journée. De la poudre (y a qu’à se baisser) aux yeux de ceux qui s’allongent dans les rectangles saisonniers. Le torse dénudé, souriants à cause du soleil imaginé. On s’égare si on s’en éloigne parce que tout s’effondre au fur et à mesure. Allongés, frissonnants. Ce n’est rien, c’est New York. Si l’air passe, les bruits passent au travers des pièces mal entretenues. Dehors n’est pas pire. On peut enfin espérer n’être rien pour de bon. Frissonnants sous le soleil des rêves. Jaune vif avec des rayons descendants jusque sur les visages maternels....

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