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Manhattan, people and locations

Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Helen Meritt's story

Ann F Border
Helen Meritt's story
Helen Meritt's story

Helen Merritt travaille de nuit au Duane Reade de la 34e. Tous les jours de l’année, sauf le 4 juillet. Aujourd’hui, elle fête ses quarante-cinq ans devant les armoires frigorifiques et se paie une bouteille d’eau minérale française à quatre dollars, qu’elle cogne contre le gobelet de café de Mark Marksman, le vigile, pour marquer l’évènement. Puis elle avale un comprimé d’Advil et retourne derrière sa caisse. Deux sans-abri dorment dans le sas d’entrée. Un homme et une femme. Ils sont recroquevillés dans un sac de couchage gris. Le vernis de la jeunesse s’accroche à leurs visages, mais sur leurs...

Le Boxeur. Partie XII

Ann F Border
Le Boxeur. Partie XII
Le Boxeur. Partie XII

Le boxeur pense au jour d’avant avec difficulté. Il s’en souvient à peine. Comme si le temps calculait les heures avec des mesures de distance aléatoires. Le soleil avait chauffé sa nuque alors qu’il marchait vers le centre. Est-ce que c’est possible ? Ou est-ce le souvenir d’un autre jour ? Il avait croisé une femme qui partait pour le Maine. Elle lui avait parlé devant la gare centrale et la fumée de leur gobelet de café s’était mêlée un instant. Elle prononça Maine d’une voix pleine de bonheur. Les autres mots avec tristesse. Son timbre était teinté de gris. Je ne sais pas si c’est une bonne...

The drowned girl

Ann F Border
The drowned girl
The drowned girl

Milly Willett compte jusqu’à six, comme dans la chanson, si elle n’a pas fait d’erreur de traduction. Une chanson en espagnol. Compter jusqu’à six et tourner au coin de la première rue qui se présente. Son nom évoquera des souvenirs. Spring Street. Ca ne lui rappelle rien. Plus de printemps à New York. Un long hiver, un été qui frôle novembre. Elle reprend Varick et compte de nouveau. Vandam, Charlton. Autrefois, elle a connu un Ray Charlton. Un noir avec une barbe poivre et sel. Il tenait un kiosque à journaux au coin de Greenwich et Horatio. Il lui avait donné un surnom qu’elle avait presqu’aussitôt...

Comme le Bleu

Ann F Border
Comme le Bleu
Comme le Bleu

En quittant le Lower East Side, Mo Chester ne s’arrête qu’une seule fois, en atteignant le coin d’Eldridge, juste avant de bifurquer sur Broome. Il reprend son souffle. New York bascule lentement vers le jour et il a marché vite pour que ça s’accélère. Il porte à la main un sac de toile gris et son unique veste, arborant l’écusson de l’université de new York. Le flambeau. Il parle à mi-voix, accompagnant son monologue de quelques gestes discrets. Il regarde le jour étendre ses ombres pâles et courtes sur le trottoir. Que ça en soit fini de la nuit une bonne fois pour toutes. Alors qu’il atteint...

In the workshop

Ann F Border
In the workshop
In the workshop

Chère Amie, Face au Victorian Gardens, assise sur une roche granitique, abritée par des sycomores, vous téléphoniez en France. Des voix enfantines transportées par le vent, parvenaient jusqu’à vous. Et des musiques de manèges. Les couleurs vives, rouge et bleu, des montgolfières saturées par un soleil plombant, transperçaient la verdure. Les aéronefs tournaient avec lenteur. Montaient et descendaient, retenus par des câbles d’acier. Vous restiez là longtemps après avoir raccroché. Pieds nus vous goûtiez la fraicheur relative d’un air qui tournoyait à cet endroit, piégé par un courant. Un enfant...

child's drawing

Ann F Border
child's drawing
child's drawing

Un soleil perché dans le ciel d’un dessin d’enfant. Un astre en papier ignifugé à cause du danger que ça représente. Un pompier s’occupe de ces formalités. Une perspective approximative où la tête des buildings de l’ouest de la rue s’effondre sur la tête des buildings de l’est de la rue, et l’énorme tache jaune à tentacules lance des flammes jaunes sur la chaussée où se pressent des bus scolaires un ton au-dessus. Derrière leurs vitres des têtes d’enfants avec des yeux grand-ouverts et des bouches grimaçantes. Certains ont posé leurs mains bien à plat sur le verre. On pourrait croire qu’ils envoient...

Four people at the outside

Ann F Border
Four people at the outside
Four people at the outside

L’homme tenait une main d’enfant dans chacune de ses mains et il marchait vite. Trainant un garçon et peut-être une fille derrière lui comme deux poids morts. La tension faisait saillir ses épaules maigres. La fille tenait du bout des doigts la minuscule main d’une poupée enroulée dans une écharpe grise. On en distinguait quelques cheveux blonds, un nombril grossièrement peint en rouge, deux bras potelés parfaitement identiques et les jambes dénudés à hauteur du genou. La fille avait tenté à plusieurs reprises de s’en débarrasser. Lui lâchant simplement la main. Mais à chaque fois, elle avait renoncé...

The New York Times

Ann F Border
The New York Times
The New York Times

Un homme dans la première rue de Brooklyn a ouvert le journal du matin. Une simple photo en page de une, il l’évite et s’arrête sur les sports en lisant à voix haute les résultats des matchs. Une femme le croise et s’attarde, attirée par la voix forte et cassée, mangée par le tabac. Elle lui tourne autour un moment. Il la mate du coin de l’œil. Ni jeune, ni vieille, ni belle, ni laide, d’apparence ni trop modeste, ni trop riche. Une belle femme en son temps, c’est ce qu'il en conclut. Elle s’immobilise soudain, car ses allées et venues sur dix mètres de trottoir deviennent rapidement incongrues....

Le conte qui assoit

Ann F Border
Le conte qui assoit
Le conte qui assoit

Chaque jour la chaise apparaissait sur le trottoir. Sans que l’on ait vu quiconque l’y déposer. Calée contre le mur à gauche de l’entrée. En bois de chêne d’après ce qu’en disaient certains, avec un motif gravé sur le dossier. Indéchiffrable à cause de l’usure. Mais tous avaient leur idée. Les Arckman y voyaient des lys entremêlés. Les Blagminster, une espèce d’oiseau à long cou. Chez les Blagminster, on ne s’embarrassait pas de mots inutiles. Jamais on ne précisait une cigogne, une aigrette ou un héron. Une espèce d’oiseau faisait l’affaire. Concernant les humains, on disait les autres, en effectuant...

Providence - Chapitre 2

Ann F Border
Providence - Chapitre 2
Providence - Chapitre 2

Providence - Chapitre 1 Les voisins furent étonnés d’apercevoir la silhouette maigre de Norman Klein, le locataire du 7B, dans l’appartement de la-fille-qui-a-le-sida. Personne ne l’avait vu y pénétrer. Personne ne se souvenait lui avoir fait part du projet. Personne ne lui parlait jamais, ou si peu. Bonjour, au revoir, un vague sourire, un mouvement dans sa direction, une porte d’ascenseur qu’on feignait d’avoir retenu à son intention alors qu’on avait fébrilement appuyé sur les boutons d’étages en l’apercevant dans le hall. Il fonçait dans la cage, tête baissée, bien que sa taille moyenne rende...

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