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Manhattan, people and locations

Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Fulton

Mary and Co
Fulton
Fulton

C’était le matin. Le sien. Pas celui de l’hémisphère. C’était une heure à peine après un rêve. Il essayait de s’en souvenir. Mais pour ça il aurait fallu se rendormir quelques secondes. Ça venait pas comme ça. Il lui restait bien des images, comme des mouches en pleine force de l’âge, qui lui volaient autour et passaient devant ses yeux quelquefois. Mais rien de tangible. Son sommeil avait été de glace parce qu’il avait échangé sa couverture contre un fond de Jack Daniel’s. C’était l’été et alors ? Ses crevasses aux mains et aux pieds traversaient les saisons. Souvent, il les regardait avec curiosité....

Tentative d'apaisement.

Mary and Co
Tentative d'apaisement.
Tentative d'apaisement.

(Portrait tentant de la femme et de l’enfant Soulevé de l’obscur) Approche et écoute ta mère Parle-lui aussi du temps qu’il lui reste Et souffle ton amour Dans la grâce de son sourire Baise-lui la joue Et sauve-toi Avant qu’elle ne vienne avec toi

Fin de saison

Mary and Co
Fin de saison
Fin de saison

J’étais assise sur le balcon. Le vent tournait autour du block et se rentrait dedans juste à ma hauteur. Il soufflait dans mes cheveux en les emmêlant, comme un séchoir électrique sauvage. Ça faisait rire mon père, ou un de mes bâtards de frères ou un voisin, je ne sais plus. Pas ma mère, c’est sûr. Elle ne riait jamais comme ça, spontanément. Quelquefois, pendant son service, elle expédiait un client qui la faisait chier avec une blague débile, par un grand rire aigu qui partait se cogner contre les vitres sales. Tout le monde la fermait pendant deux secondes, et le connard plongeait son nez dans...

Chevaux et autres de Central Park

Mary and Co
Chevaux et autres de Central Park
Chevaux et autres de Central Park

Elle s’interdisait de regarder les chevaux. Ça n’était pas nécessaire. Elle passait près d’eux, bien sûr. On ne peut pas tout contourner et le Park était une voie sereine qu’elle empruntait pour ne pas trop transpirer. Une odeur chaude et forte se dégageait d’eux, comme celle d’une couverture de laine séchant au soleil. Aussi, ils soufflaient largement en rentrant les flancs régulièrement. Mais ça n’avait rien de rassurant, cette régularité. Quelque chose brûlait leurs poumons, et ils s’en défaisaient en expirant. Ils n’étaient ni mal nourris, ni assoiffés. Elle leur ressemblait beaucoup. Boire,...

Lá Fhéile Pádraig

Mary and Co
Lá Fhéile Pádraig
Lá Fhéile Pádraig

Il sortit du Triple Crown en hurlant et à reculons. Sa chemise blanche tachée de bière verte. - Saloperie d’irlandais ! L’injure venait de l’intérieur du pub. Il leva le poing en direction de la voix et lança un uppercut dans l’air, puis un autre dans la porte. Et alors qu’il se frotta la main après le premier coup, il ne sentit aucune douleur lors du second. Il resta debout un moment sur la terrasse, le regard vide. Puis il enfila son Barbour et fut écoeuré par l’odeur forte qu’il dégageait. D’habitude, elle le rassurait plutôt. Le Mélange de l’huile, du tabac, de la transpiration, de la bière,...

1989 et autres dates

Mary and Co
1989 et autres dates
1989 et autres dates

Allez ! c’est comme ça que les chiens voient. Ou d’autres animaux, je ne sais pas. Et moi, souvent. Ça dépend de l’heure. Enfin, autrefois ça dépendait de l’heure. Rien à voir avec la nuit ou le jour. C’était une heure plus ou moins chimique ou alcoolisée. Aussi, J’ai arrêté de marcher, je rampe maintenant. Mais, si j’y avais pensé, j’aurais pu voler, quelquefois. Souvent, je regarde les hommes transpirer au travers des baies vitrées des salles de gym, ou fumer une cigarette dans la rue, encore absorbés par le taf, malgré les étages descendus et la musique d’ascenseur. Du jazz, avec de la chance....

Times Square, 1989.

Mary and Co
Times Square, 1989.
Times Square, 1989.

Elle ne parlait jamais. Elle n’aimait pas ça. Alors, elle possédait de nombreuses parades et des mouvements de défenses quand vous l’abordiez. Ses yeux qui s’envolaient soudainement, comme des papillons importunés, ou une mèche de cheveu qui tombait tel le rideau sur une scène de Broadway avant la fin d’un acte. Et puis, il ne vous était pas utile d’attendre que cela change. Plus rien ne se passait. Elle n’était plus avec vous depuis longtemps. Enfin, ça n’est pas sûr ; Elle souffrait beaucoup. Le sang circulait rapidement dans ses artères, et ses grandes mains se tordaient jusqu’à ce que vous...

Trump Tower

Mary and Co
Trump Tower
Trump Tower

À l’intérieur, la cascade murale sentait le chlore. Ça ne me dérangeait pas plus que ça. Ici, j’acceptais tout. Et le marbre rose était du marbre rose. Je songeais rapidement à une montagne massacrée quelque part en Italie. Je songeais à la fumée du moteur des Caterpillar. Aux traces que leurs roues monstrueuses imprimaient sur la route les jours de pluie. Je me trompais sans doute de pays. Je ne suis pas minéralogiste. Après j’oubliais le reste du monde, c’était égoïste, mais je ne voulais plus souffrir. Aucun autre lieu ne m’accordait cela. Je levais les yeux pour comprendre le cheminement d’un...

Apple

Mary and Co
Apple
Apple

Nous avions quitté le Village par Charles street, ou Perry street. Nous ne nous parlions plus depuis que le rêve avait envahi les espaces tangibles. Quel rêve ? Le mien était qu’une main se souvienne de la chimie. Mais guérit-on de ses obsessions ? Ne prennent-elles pas l’apparence de drogues douces qui s’infiltrent (comme la pluie dans les pierres), sous la peau, passivement ? Nous marchions en souriant pour que le bonheur ne soit pas tout à fait absent, mais le sourire était douloureux, à cause de la grimace qu’il devait recouvrir. (On finit par vieillir quand nos corps se mettent, péniblement,...

Groupe de quatre arbres

Mary and Co
Groupe de quatre arbres
Groupe de quatre arbres

C’est à peine si on perçoit une différence de sentiments derrière les branches mécaniques. Il suffit de s’attacher aux ombres pour continuer de vivre comme si de rien n’était. Mais il reste toujours quelque chose du désespoir, comme un rire trop fort, une main crispée. Et celui qui n’aime pas assez soupçonne une faiblesse et s’absente le temps de se défaire de celui qui aime trop. Du moins de l’idée qu’il se fait de l’amour omnipotent. Une heure ou deux suffisent et lorsqu’il revient, Dubuffet a vécu pour rien. Dès lors, les ombres se fondent dans l’obscurité. Ou bien n’existent-elles plus ? Le...

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