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Manhattan, people and locations

Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

L'heure bleue

Ann F Border
L'heure bleue
L'heure bleue

Je me demandais si oui ou non je devais me retourner. Il m’avait dit : je vous suivrais un moment. Jusqu’au coin de la rue. Il n’avait pas l’air dangereux, juste un peu dérangé. Mes pas étaient doublés par les siens. Mais pas toujours. Il devait s’arrêter parfois pour reprendre son souffle car je marchais vite. Un souffle usé. J’avais dépassé le coin de la rue depuis longtemps. Il me suivait toujours. Ou peut-être que non. Il allait dans la même direction que moi. Je n’allais nulle part. Je prenais quelquefois à gauche, quelquefois à droite ou j’avançais tout droit. Hé ! Il le répéta plusieurs...

Speed Dating In New York City. L'homme et la fille de l'air

Ann F Border
Speed Dating In New York City. L'homme et la fille de l'air
Speed Dating In New York City. L'homme et la fille de l'air

- …ce soir, je te quitte. La cloche avait tinté depuis un moment. Sa vibration avait résonné longtemps dans ses oreilles. Il s’était assis en face d’elle. Elle l’avait regardé comme si elle le connaissait depuis toujours. Elle ne s’était pas présentée, ni même ne l’avait salué. Puis elle s’était mise à parler. Trois points de suspension, ce soir, je te quitte. Ils en étaient là. - J’avais entendu cette phrase dans une chanson, une heure avant. Je crois que sans elle, je ne l’aurai jamais quitté. C’est étrange, non ? Je veux dire, je n’avais aucune intention de le quitter. Il l’écoutait à peine...

La mer jamais personne

Ann F Border
La mer jamais personne
La mer jamais personne

Un arbre tordu Une porte une vue sur la mer un sac de cuir Une porte scellée une tête penchée Une avenue une corde en acier un homme qui court Une corde portée autour du cou Un arbre tordu Une phrase meurtrière Redis-la pour voir Tu crois que ça me fait peur ? Jamais Une porte autour du cou une avenue sous les genoux Un homme qui court vers Une vue sur la mer Un homme qui porte une National Il parle pour lui-même Redis-la pour voir Redis-la pour voir Jamais Une vue sur la mer Ca peut-être n’importe quoi Un panneau publicitaire Une odeur Maritimes Un poisson mort Une frise de glace dans la rigole...

Speed Dating In New York City. Arthur Bekler et Alice tout court

Ann F Border
Speed Dating In New York City. Arthur Bekler et Alice tout court
Speed Dating In New York City. Arthur Bekler et Alice tout court

Tintement de cloche. Arthur Bekler réajuste sa cravate. Il est le seul à porter un costume. Les autres types ont des tenues décontractées. Des blousons en cuir, des jeans à trois cent dollars, des montres grosses comme des horloges, dont il s’étonne qu’elles ne fassent aucun bruit. Il s’assoit en face d’une fille aux cheveux longs, raides et bruns. Alice tout court. Elle porte un vernis à ongles noir paré de minuscules têtes de mort argentées sur la main gauche. - Qu’est-ce que vous pensez des tentatives de suicide, lui demande-t-elle sans relever la tête de son verre. Il ne répond pas. - Et des...

Speed Dating in New York City. Becca Butterfly et l'homme

Ann F Border
Speed Dating in New York City. Becca Butterfly et l'homme
Speed Dating in New York City. Becca Butterfly et l'homme

Tintement de cloche. L’homme qui s’assoit à sa table ressemble à un acteur des années cinquante qui aurait traversé le temps sur l’étagère d’un cinéphile. Une figurine immobilisée dans une expression de scène finale. Celle ou le second rôle découvre dans la ruelle le héros mort. Une pauvre mèche lui tombe sur le front. Le vestige d’une arrogance passée. Mais pas sa morgue à lui. Celle du héros justement, qu’il empruntait parfois dans sa jeunesse. Becca Butterfly regarde l’horloge sur le mur en face d’elle, et l’aiguille des secondes qui peine à remonter dès qu’elle a franchi le six. Je…dit-il....

Le tour de la pièce

Ann F Border
Le tour de la pièce
Le tour de la pièce

Chère Amie, C’était un de ces jours. Le décor, une lueur matinale d’aucune saison. Pâle. Presque blanche. Ou d’un bleu si clair que mon œil ne le distinguait pas. Je suis restée là, assise sur le rebord du lit. Les mains jointes entre mes jambes à regarder les ombres faire le tour de la pièce, puis les lumières clignoter, vers le soir. Un de ces jours où l’esprit possède la tendreté de la chair et les souvenirs la dureté des bris de verre. Je me disais : « Reste là. Sanglote. Regarde les gouttes pourpres s’insinuer dans les lattes du parquet. Reste là. Sanglote. » Lorsqu’ils sont seuls, les corps...

Don't be sad

Ann F Border
Don't be sad
Don't be sad

April Katische s’assoit au pied du banc. Le dos contre l’assise. A cause de l’homme qui dort dessus. C’est son banc à elle, et bien que deux ou trois autres soient libres alentour, elle n’en fait pas de cas. Le dormeur finira pas se réveiller. Dans le cas contraire, ça signifie qu’il ne dort pas. Elle n’aura plus qu’à revenir demain, quand tout ce qui se fait dans ce cas- là aura été fait. Elle connait ce banc par cœur. Les estafilades, la peinture écaillée, les boursouflures, les déformations, le fuck et le love gravé au couteau, l’un au dessus de l’autre sur une lamelle. La première fois qu’elle...

Des éphémères

Ann F Border
Des éphémères
Des éphémères

Chère Amie, Je regarde au travers de la fenêtre les fenêtres. La femme assise sur le lit. Les étages empilés, les femmes et les hommes empilés, les tasses de café dans des placards obscurs. Des cercles sur les tables. Je réponds à votre question, celle du livre. Rien d’ordinaire, rien d’ordinaire, je vous assure. On a beau prendre tout ça à la légère, ça ne marche pas comme ça. Rien d’extraordinaire pour autant. A cause de vous savez quoi qui plane au dessus de nos têtes. Des avions. Comme des avions. Des oiseaux, comme des oiseaux qui plongent sans savoir nager. Enfin, ça c’est autre chose. Ils...

Conversation avec un fantôme de ce monde

Ann F Border
Conversation avec un fantôme de ce monde
Conversation avec un fantôme de ce monde

Tu es cet homme qui descend Il n’y a rien que nous puissions faire contre le vent Regarder les dégâts Vivants ou morts ? Se le demander Se le demander En adaptant sa voix à la réponse désirée Tu es cet homme qui descend Vers le port Quel port supporte que tu fasses cela De lui D’elle De nous Crois-tu cela réel ? Le bâtiment et le brouillard et les deux mêlés Et le béton ravagé Ravagé Cela te parle si tu parles Tu ne le fais pas Tu n’entends que tes pas Tu es cet homme qui descend Une chute est prévue tu penses cela Une chute est prévue à telle heure Courons la voir Se préparer à maudire les mètres...

Une idée vague du terrain

Ann F Border
Une idée vague du terrain
Une idée vague du terrain

Le chien allait et venait le long du terrain vague, pissait contres les planches de la barricade qui en interdisait l’entrée, passait la tête entre celles qui étaient ajourées et aboyait en direction des ouvriers du chantier. Il grognait en découvrant des dents jaunies qui donnaient une idée de son âge. « Ta gueule, Mitch ! », lui dit Debra. Le chien s’immobilisa, regarda sa maitresse d’un air stupide, fourra de nouveau sa tête entre les jours de la barrière et aboya de plus belle parce que ta gueule ! signifiait pour lui : « Ouvre-la plus grand. » Debra haussa les épaules et ne prêta plus attention...

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