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Manhattan, people and locations

Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Le quarter

Ann F Border
Le quarter
Le quarter

Il ne se rappelle plus très bien de ce qui s’est passé cette nuit. La première chose qu’il fait en se levant est de compter son argent. Un dollar. Divisé en quatre. Quatre petites pièces de métal. Ce n’est pas bon signe. Il tente de se souvenir. Vers onze heures il est allé faire un billard chez Maddy, juste pour le plaisir de la voir. Il a joué contre un argentin, Emilio, qu’il a surnommé Emilia parce que l’autre lui avait fait un clin d’œil involontaire plus tôt dans la soirée. L’argentin riait fort. Ses lèvres s’étiraient sur les côtés comme de la matière élastique, découvrant deux rangées de...

The workmen

Mary and Co
The workmen
The workmen

Les hommes portaient des blocs de pierres et des barres de métal à bout de bras. On ignorait où avait débuté leur cortège. Leurs muscles tremblaient, prêt à se rompre sous le poids inhumain de leur fardeau. Mais ils ne bronchaient pas, absorbant la douleur en fredonnant des kyrié eleison au travers de leurs lèvres mi-closes. Ils atteignirent enfin la rivière et lâchèrent leur charge sur les quais avec soulagement. Certains, épuisés, en profitèrent pour mourir. Ils frappaient du pied le bois de la jetée et le son remontait jusque dans leur cœur, puis ils s’asseyaient contre un mur et s’éteignaient,...

Providence - Chapitre 1

Mary and Co
Providence - Chapitre 1
Providence - Chapitre 1

Ellen Providence avait emménagé dans l’immeuble à l’automne 1989. Elle était si maigre que les autres locataires ne tardèrent à la surnommer la fille-qui-a-le-sida. Et quand ils la croisaient, ils se mettaient la main devant la bouche. Elle ne s’en offusquait pas. Mais, souvent dans l’ascenseur bondé, elle toussait bruyamment en se raclant la gorge. Les voisins s’écartaient d’elle imperceptiblement, se collant aux parois boisées. Une fois dans la rue, elle s’autorisait à sourire de son manège. Ses cheveux tombaient sur ses épaules, mais sans légèreté. Ils étaient secs et la couleur variait avec...

Souvent les oiseaux

Ann F Border
Souvent les oiseaux
Souvent les oiseaux

Souvent les oiseaux vont cogner en pleine vitesse aux parois de verre des buildings, n’y voyant que la poursuite du ciel. Sonnés, ils dégringolent en tourbillonnant comme des toupies. Le vent qu’ils génèrent dans leur chute s’amuse à froisser leurs ailes molles. Il les tord et leur arrache parfois une plume ou deux qu’il fait naviguer dans un courant d’air chaud. La vieille s’arrête un instant de parler. De la poche de son trench-coat, elle sort une petite boite de métal carrée qui contient une dizaine de mégots. Elle les observe durant un moment, les aligne délicatement du bout des doigts et les...

Maine Terminal

Ann F Border
Maine Terminal
Maine Terminal

Le Sud, je n’y mettrai jamais les pieds, parce que les piscines sont au pied des chambres de motel et ça sent le chlore jusque dans les rêves. Ça désinfecte tout, ça brûle les yeux et on ne distingue plus que les couleurs saturées et les lumières fortes. Mais un jour, je quitterai New York pour aller dormir dans un motel du Maine. Il y aura une piscine d’eau de mer à la porte de ma chambre. Et du sable dans les allées. Des arbustes de la côte Est dans de gros pots en terre cuite et en bois peint avec de la spéciale-marine. Je prendrai la chambre 13. A ce moment-là, plus rien ne portera malheur....

The black Road

Mary and Co
The black Road
The black Road

Chère Amie, La Route vous rongeait et vous avanciez malgré tout par compassion ou parce que tout cela était faux. Vous n’en étiez qu’à moitié convaincue. Les méchants découpaient les gentils, par petits morceaux, au sens littéral. Des garde-manger remplis d’humains démembrés, effarés, ça ressemble toujours à quelque chose que l’on connaît. On ne peut se défaire de tout. On ne peut plus se défaire de rien. Nous avons trop souvent désactivé nos sens pour nous libérer du monde. Vous avanciez durant les jours chauds sur la Route infernale, reconnaissable par quelques panneaux de métal couchés sur le...

Le conte de Paddy Smith, locataire du paradis

Mary and Co
Le conte de Paddy Smith, locataire du paradis
Le conte de Paddy Smith, locataire du paradis

Paddy Smith a passé la nuit sur le pont de l’Ambrose. Une forte odeur de rouille et d’huile de moteur imprègne son pelage. Une vraie nuit de chien, si je peux dire, à surveiller ses testicules. Il paraît que les mouettes en raffolent. Sûrement une légende urbaine. Quoiqu’il a des potes qui n’ont plus rien à défendre de ce côté-là. C’est bien passé quelque part. Assure tes arrières, mon petit ! Question conseil, sa mère ne s’était pas foutue de sa gueule. Question abandon non plus. Quand le temps était venu, elle l’avait « oublié » au Fulton Market. Et une adresse pareille, ça te pose son chat....

Tommy Mayer's story

Ann F Border
Tommy Mayer's story
Tommy Mayer's story

Le sang de Tommy Mayer se glace lorsqu’une voix derrière lui l’appelle par son véritable prénom. Plus personne ne l’appelle Thomas, surtout dans cette partie de la ville. La voix l’apostrophe de nouveau et semble se rapprocher. Cette fois, le ton est interrogatif. Ça le rassure. La femme n’est pas certaine qu’il soit le Thomas qu’elle connaisse. Il se laissera dépasser sans broncher, ça devrait suffire à la convaincre de son erreur. Il accélère légèrement le pas, mais elle le talonne. Son parfum la devance, à cause du vent qui arrive de l’Atlantique. Les senteurs de jasmin et de rose lui font penser...

City Square

Mary and Co
City Square
City Square

Personne ne se souvient du jour le plus important de ma vie. Même pas moi, dit le vieux au serveur qui n’a pas attendu sa commande et lui sert son éternel whiskey du matin. C’est sa phrase du jour. Le barman pose le verre en regardant ailleurs pour montrer qu’il se fout de ce bavardage de vieillard sénile. Il soupire. Il avait espéré qu’aujourd’hui soit un jour différent, mais c’est exactement comme hier. D’abord le vieux, puis viendront les deux flics du premier district qui se planquent derrière le pilier pour ne pas être vus de la rue, la vendeuse de Foot Locker, deux ou trois chauffeurs de...

The wolves

Ann F Border
The wolves
The wolves

Un jour triste aurait mieux convenu. Un enterrement dans le quartier. Les costumes noirs froissés, sortis des placards et à peine brossés. Les épaulettes encore pleines de poussière oubliée à cause de l’obscurité qui règne dans la pièce. C’est l’été. Le climatiseur en panne. Tout est bouché. Rien ne donne sur l’extérieur. Mais il entre quand même, planqué derrière le bruit incessant. Les sirènes, parfois. Pompiers, flics, ambulances. C’est l’été. On ne veut pas le savoir. Mais il entre quand même. Par les interstices des persiennes et il étouffe les hommes, serre leurs gorges comme un deuxième...

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