Manhattan, people and locations

Deux papillons blancs, ou peut-être jaunes pâle, difficile à dire, volent de concert. Au commencement, une poursuite où le chasseur devenait un moment le fuyard jusqu’à ce qu’une virevolte inverse les rôles. Puis un relâchement se fit ressentir dans la course. A présent le vol est lent, animé de figures complexes.  Et bien que tout cela semble anarchique et involontaire, Mercy Beth pressent qu’il n’en est rien à cause de l’air, des obstacles que les papillons ont à franchir.

Inconfortablement assise sur un banc du parc, elle les suit du regard depuis un moment. Peu à peu, ils ont empli son espace mental. Le vaste univers s’est concentré dans ces ailes blanches, presque aveuglantes quand elles accrochent le soleil. Elle trouve cette idée rapidement stupide. Elle n’y connait rien en univers. Elle n’y connait rien en papillon. Peut-être possèdent-ils plus d’ailes que ce qu’elle croit. Elle ne connait rien à rien. Quelques noms d’arbres, de plantes et d’insectes, les plus communs. Elle se détourne du manège aérien, pose les deux mains sur le dessus de sa tête, pour ne pas être noyée par des pensées qui la submergent.

Revenant à des choses plus terre à terre, elle jette des regards alentour et aperçoit un homme qui lui sourit. Il est assis sur le banc d’en face. En fin de compte, il ne lui sourit pas. Un rictus est figé sur son visage. Il ne l’observe pas non plus. Sa tête est immobile et il regarde loin derrière elle. Elle le croit mort, ou mourant. Elle croit qu’il se joue d’elle, ou bien qu’il dort. Elle croit encore qu’il lui sourit. Enfin, elle songe qu’il est idiot de le trouver étrange.

Les deux papillons volent dans l’allée et passent près de l’homme qui les chasse de la main. L’un des deux est atteint et tombe sur le sol. L’autre se pose sur son abdomen et se laisse porter par ses sursauts de douleur. L’homme se lève et s’apprête à les écraser du pied, quand une explosion qu’il situe près de Battery Park, lui glace le sang.

Les papillons s’envolent. Mercy Beth, submergée par des pensées contradictoires, pose les mains sur le dessus de sa tête.

Toile : Number 31, Jackson Pollock, 1950.  New York, MOMA

Dim 11 oct 2009 2 commentaires
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Jenny - le 04/01/2010 à 20h32
Peindre avec l'aissance et la fragilité d'un papillon, en maitrisant les obstacles que constituent l'espace et le temps, est le veoux de tout peintre et votre recit le dit avec une telle poésie qu'on ne se lasse pas de le relire...
FJ
F.JUMINER - le 10/01/2010 à 19h33