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Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.
En quittant le Lower East Side, Mo Chester
ne se retourne qu’une seule fois. Quand il atteint le coin d’Eldridge. Juste avant de bifurquer sur Broome. New York bascule lentement vers le jour
et il marche vite pour que ça s’accélère. Il porte un sac de toile gris et une veste avec l’écusson d’une université fictive. Il parle à mi-voix, accompagnant son monologue de quelques gestes
discrets. Il regarde le jour étendre ses ombres pâles et courtes sur le trottoir, et il se met à avancer plus vite pour que ça en soit fini de la nuit une bonne fois pour toutes. Alors qu’il
atteint Chelsea, il est aveuglé par le métal des jantes d’une limousine et par d’autres objets réfléchissants. Cette saleté de pénombre a fini par céder. Il achète un café et un bretzel à un
marchand ambulant et s’assoit sur l’escalier jouxtant une laverie.
Un employé sort toutes les heures pour fumer une cigarette. Un homme grand et maigre qui a une série de chiffres tatouée sur l’avant-bras gauche. La première fois, il propose à Mo son mégot à moitié consumé. La deuxième fois, il lui tend un paquet de Marlboro au trois quart plein. Puis il s’assoit à son tour.
- Un beau ciel bleu, constate-t-il.
- Les autres couleurs, j’sais pas, dit Mo en lui offrant l’une de ses propres cigarettes. Mais le bleu, lui, s’accroche aux particules d’air, parce que c’est ce qu’il doit faire.
L’employé tremble légèrement quand il approche la main de son visage pour fumer. Un tremblement de vieillesse ou de fatigue. Une ombre emplit le contour de ses yeux, très enfoncés dans leurs orbites.
- C’est ce que le bleu doit faire, répète-t-il après Mo.
- Ouais. Et pas de danger qu’il change de plan. Parce qu’au fond, il n’existe pas.
- Sans l’air.
- Ouais.
Puis Mo écrase sa cigarette.
- Il est temps que je mette les bouts.
- Impossible, lui répond l’employé.
Publié le 05/07/2009 à 18h53 dans People and locations