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Manhattan, people and locations

Manhattan, people and locations

Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

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Lunch Poem *9

Un terrain vague. Rien ne s’y passe vu des fenêtres du bâtiment. Il porte un nom. Le bâtiment A ou une autre lettre. Je fais des mots avec. Il s’y passe quelque chose quand je fais des mots avec. Assassin. Si c’est A, c’est assassin. Il ne reste pas beaucoup de mots. Il faut faire avec. Il reste des assassins. Un terrain vague souvent dans le brouillard à cause de la géographie des lieux. Une femme y marche et ses jambes soulèvent de la fumée. Une fumée lourde qui peine à se déplacer. Je ne sais pas dire si c’est joli à regarder. C’est triste. A cause de la femme qui se retourne souvent. Sur son passé. Elle ressemble à un ange qui aurait perdu un organe essentiel. Je ne peux pas dire des ailes les anges n’existent pas. Mais je peux dire un ange. Elle a des yeux fatigués. Je ne les vois pas, mais je les préfère comme ça. Elle pleure souvent, mais pas maintenant. Pas en plein jour. Elle pourrait à cause du brouillard qui la rend peu visible. Mais elle ne veut pas. Le bâtiment n’est pas aveugle. Ni aveugle ni muet. Des cris s’y échappent souvent de toutes sortes. Toute la misère du monde comme dit Martin Markman. Je ne crois pas que ça soit vrai. Manque de place. Il n’en faut pas beaucoup pour déconner, c’est ce qu’il me réplique. Il me montre sa main. Un espace pas plus grand que ça, ça suffit. Un terrain vague. Une femme y marche tout le temps. Et la brume se soulève tout le temps.  Autour, tout va bien. Dans la rue tout va bien. Elle veut l’atteindre je suppose pour faire comme tout le monde. Regarder droit devant et se laver un peu avec le bruit qui tombe sur sa peau comme de l’eau. Mais je ne sais pas quand l’eau douce dissout l’eau salée. Peut-être qu’il existe des goûteurs de rivière qui font des traits à l’endroit ou le sel disparaît et ils les reportent précisément sur des cartes où le bleu l’emporte. Mais rien n’est moins sûr alors je ne sais pas si elle peut se débarrasser de ses larmes. Un terrain vague. Défoncé par endroits. Il ne faut pas compter que j’y marche. Il ne faut pas compter que je marche.  Dans les ornières un liquide marron et des rives vertes. Des rives bien dessinées. Un lac. Au dessus un soleil persistant. Des Pick-up aux portières ouvertes d’où sort de la musique du sud et des jambes de filles. Des corazón chuchotés se cognent au mur parce que j’ai entrouvert la fenêtre et glissent sur le parquet. Ils s’assèchent comme des fruits dédaignés.  Après plus rien. Un terrain vague. Une femme y marche et ses pieds ne touchent pas le sol. C’est une vision d’optique peut-être, mais ce n’est pas sûr. Martin Markman la voit aussi et il a la bouche ouverte comme si il l’avait perdu un os capital de la mâchoire. Quand le vrai soleil passera derrière le bâtiment  B,  je tirerai les rideaux. Je ferai un mot avec.

 

A Co

Publié le 11/08/2008 à 20h48 dans Lunch poem

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