Lundi 5 février 2007
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22:42
The Grocery. J'ai rendez-vous ici. Pas celui de Brooklyn. J'entre et je m'assois à la table centrale. Un menu posé en paravent. Il y a plus d'empreintes sur sa couverture que dans les fichiers du F.B.I.
Mes pancakes se noient dans le sirop d'érable. Aucun instinct de survie. Pas comme les noix de pécan qui gardent la tête hors de l'eau. Si je n'avais pas défailli, à cause de la chaleur, je ne serais jamais entré ici. Ça me laisse le temps de regarder. Que des habitués avec des postures éponymes. Bras le long du dossier, jambe relevée sur la banquette, transpiration sous les aisselles, qui serait mal polie partout ailleurs. Le seul sourire, c'est le mien. Je l'enlève vite fait de mon visage cramoisi.
Tu entres. Tu rentres, en fait, car ce n'est pas la première fois. Je vois ça au hochement de ta tête vers la bonne personne. Le mec dont le casque de moto est posé près de l'entrée des toilettes. Ou dans les toilettes, je ne sais plus. Enfin, j'ai pissé en rêvant de la Californie et des initiales H.D., à cause de lui.
Tu t'assieds à la table centrale et d'un coup de dent, tu bousilles tous les espoirs de sauvetage de mes noix de pécan. Ce n'est pas grave. Plus tard, tu tiens ton verre de Coke des deux mains, comme pour te réchauffer, mais c'est pour le contraire que tu fais ça. Elles sont grandes, fines et mobiles. Des araignées aristocratiques. On calcule le pourcentage du pourboire. Non, pas nous. Une femme sur la table proche de la vitrine. Tu lui tournes le dos, définitivement. Eclairée par la lumière solaire.
Par Mary and Co
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Lundi 9 avril 2007
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22:10
Regarde-moi, frangin !
J'ai rendez-vous ici.
Faut te faire à ma gueule une heure ou deux.
T'aurais pas un miroir ? Je voudrais me refaire une beauté.
Non, je déconne. J'irai la chercher où ?
Allez ! t'as rien avec un reflet ? Sûr que ça me ferait moins marrer.
...
Je peux avoir quoi pour cinq dollars ?
Pas d'alcool, j'ai ma médaille des six mois.
Alors, ça ira.
...
Regarde-moi, frangin ! j'ai rendez-vous ici.
Le premier de toute ma vie.
On peut pas croire des trucs pareils quand on se les entend dire.
Le premier qui compte vu que l'issue en est fatale.
Mais non ! pas fatale comme tu crois.
Faut pas voir le malheur partout.
Pas tout de suite.
Fatale plus tard, forcément.
Je suis barrée, frangin !
Regarde-moi, regarde-moi !
Par Mary and Co
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Dimanche 1 juillet 2007
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15:38
Je veux voir New York où que je sois.
J'ai trop peur de partir sans avoir parcouru les innombrables artères humaines qui défilent sous le pont.
Merde ! j'aurai pu simplement m'asseoir et serrer une main tiède jusqu'à l'épuisement. Mais je ne veux rien de plus que l'éternité et l'amour inventé. Je ne crois pas qu'il en existe un autre.
Je veux New York où que je sois. Des murs crasses, des miles bétonnés où s'enferment les arbres pour mourir de vieillesse.
Parce que quelquefois, la souffrance n'appartient qu'à moi. Et c'est bien trop de bruit pour rien. Un bruit qui couvre celui de la cité. Et ça irait si je n'étais pas là que pour écrire. Et même, ça rendrait immortel si tout durait toujours. Mais à part nous, il n'est pas de résistance.
Il m'arrive de rêver que la ville est noyée dans une brume dense. Et nous y trouvons notre chemin, malgré tout, par instinct. Et cela suffit.
Il m'arrive de rêver que je meurs tout de suite, pour qu'on en parle plus et que j'aie la vie devant moi.
Je veux voir New York où que je sois.
De toute façon, pour le reste c'est trop tard, mes pieds ne toucheront jamais terre.
Par Mary and Co
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Mercredi 18 juillet 2007
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20:15
Quand je me sens comme le plus petit des oiseaux
Faut pas me chercher
Ça serait comme le coup de l'aiguille dans la meule de foin
Une peine perdue
Oh ! ça me rappelle
Un jour ça m'est arrivé
Une grande chance de l'avoir paumée
À la Battery ou plus tôt dans la journée
Parce que c'était une sacrée peine
Et quoi j'ai essayé de remettre la main dessus
Parce qu'en fin de compte elle me manquait beaucoup
Au point que de temps en temps
Je faisais semblant de l'avoir retrouvé
Je reniflais fort
Je frottais mes yeux avec du citron
D'une voix éteinte à trois heures du matin
Je disais au taxi de me déposer sur le Williamsburg Bridge
Quand je me sens comme le plus petit des oiseaux
Faut pas me chercher
C'est peine perdue
Par Mary and Co
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Mardi 30 octobre 2007
2
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20:17
Rien, sans doute rien qui s'oxyde. Rien qui parte en fumée. Des muscles et du métal. De la pierre de citadelle. Des gaz échappés. Sous les tunnels.
Rappelle-toi du jour ou tu as bouffé le plan de la première galerie empruntée. Recroquevillé près d'une flaque de gas-oil. Quelque chose s'y reflétait, une tache ronde lumineuse. Tu l'as brouillé
d'un coup de pied. Puis, tu n'as plus rien aimé d'autre que le vert-de-gris et les éclairages limitant les identifications.
Tu dégages, allez ! la belle histoire à peine commencée.
À Y. Kouton pour Gun (Rêve européen)
Par Mary and Co
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Dimanche 25 novembre 2007
7
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15:16
Les
rêves montent dans les étages depuis que des trombes de terres dissimulent les tombes et la terre. Depuis plus longtemps sans doute. Mais personne ne se
doutait que c'était à ce point une connerie de croire au songe américain en restant clean. Aussi, on regarde tous avec envie les bras percés du type qui va crever dans la ruelle refroidie par un
vent d'hiver, surprenant en cette saison. Un automne en pire. Fall in english.
Une récréation touristique. Des tas de tocards n'ont jamais foutus les pieds dans le Bronx, sauf pour la messe négresse, parce que le bus blindé est compris
dans le city pass-pass. Jamais foutus les pieds dans Central Park à la saison rousse. Irish in english.
Et pas loin (dans le temps) des fils de pute assermentés matraquent à tour de bras parce que la nuit, tous les noirs sont gris. Tous les flâneurs du parc des
salopes de pédales qui comparent leurs braquemarts à la lampe torche. J'entends gueuler les mecs agenouillés et je bouche mes oreilles avec une page du New York Times humide. Du plomb dans la
cervelle, c'est tout ce que ça me fait. Je ne dors pas quand même. Une insomnie chronique, tu la bousilles pas avec les nouvelles de la veille enfoncées dans le crâne. Je sais pas. J'ai pas envie
de savoir comment ça va finir. Plus d'innocents dans le secteur depuis longtemps. Demain, je me boucherai pas les oreilles, pour faire un pas en avant, quelque chose de ma vie. À Gotham, c'est
presque assez. Une avancée sociale.
Le fils de mon fils : Harlem c'est où ? Entre la 96e et the Heights, je réponds. Merde, je connais l'île comme ma poche, jamais entendu parler
!
Dans des sacs en papier kraft remplis de substances pour passer la nuit, les rêves montent dans les étages, avant d'exploser sous la masse du caterpillar. En
longeant le couloir éclairé par des ampoules pisseuses, je sens sous mes doigts les lézardes qui lui faciliteront la tâche.
Après, la mafia négociera les gravats.
À l'aube, les ailes des anges recouvrent les corps des putes égorgées. Combien de putes sans se froisser ?
Encore une fois, New York s'étend de là à là. Pollock en a dessiné le plan. Vois ce que ça donne. Si rien d'autre que ça, casse-toi !
Par Mary and Co
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Vendredi 11 janvier 2008
5
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20:54
J'ai rendez-vous ici. À quelle heure, bordel ? Une heure juste, c'est sûr. Vous êtes comme ça. Vous ne vous trompez sur rien. Elle doit être parfaitement
alignée sur un méridien.
Une heure entre le lever du jour et le zénith. Sous la onzième arche du Brooklyn. C'est votre choix. Parce que vous aimez prononcer cette phrase, sans doute.
Et que personne ne nous cherchera ici.
Vous savez ce que sont les gages d'immortalité ? Par exemple, quand on marche au milieu de la chaussée et que rien ne nous arrive. Et bien, je cours vers
vous en accumulant les preuves de mon immortalité.
Je vous dirai : Vous êtes si belle. La circulation au-dessus de nos têtes m'obligera à le hurler et vous soulèverez vos épaules et détournerez le
regard. Protégées du cirque planétaire, les ombres ne nous atteindront plus. Nous ne saurons rien de l'heure qu'il est jusqu'à la nuit qui remet toujours les pendules à l'heure.
Vous m'assurerez à plusieurs reprises que les derniers remparts de Manhattan n'ont plus de sentinelles, et que les fantômes du pont ne parlent pas anglais.
Et d'ailleurs, qu'importe qu'on les ait murés, rajouterez-vous, ils nous observent tout de même. Il est possible aussi qu'ils ne nous envient pas.
Vous n'allez plus tarder. Les heures injustes me semblent moins nombreuses. Une enfance éternelle nous attend dans les gravats d'un immeuble qui est mort les
rideaux aux fenêtres. Est-ce dans l'explosion que vous avez perdue une phalange à chaque auriculaire ? Ou est-ce qu'une part de vous est restée dans le rêve ? je vous poserai ce genre de
questions quand la circulation s'atténuera.
Par Mary and Co
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Vendredi 28 mars 2008
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18:53
La peau sur les os, mon Frère. La peau et les os et les dieux dans le ciel qui s’échangent leurs anges, pour ne pas passer une
angoissante nuit supplémentaire. Avec leur manège, j’ai les membres brisés. C’est à peine si je marche, à l’heure où je te parle. Et voler, je laisse
ça à d’autres, dorénavant. Aussi beau que je fus, je n’en meure pas moins. Aussi belle ? Qui le sait. A part toi, mon Frère.
Tu as a volé plus que moi. Plus de richesses te reviennent, car tes yeux voient encore. Moi, je me satisfais des
marbrures rosâtres d’un parquet de chambre commune. Oublie que j’ai souri plus souvent qu’à mon tour devant les anges en plâtre des boutiques
minables. Car c’est là la matière dont je suis fait. Il me reste à vivre ainsi. Blafard, à la merci de tous. Allez ! Oublions notre humanité le
temps de s’alléger. Le vent passe à telle heure, je ne tiens pas à le rater.
Par Mary and Co
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Lundi 11 août 2008
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20:48
Un terrain vague.
Rien ne s’y passe vu des fenêtres du bâtiment. Il porte un nom. Le bâtiment A ou une autre lettre. Je fais des mots avec. Il s’y passe quelque chose quand je fais des mots avec. Assassin. Si
c’est A, c’est assassin. Il ne reste pas beaucoup de mots. Il faut faire avec. Il reste des assassins. Un terrain vague souvent dans le brouillard à cause de la géographie des lieux. Une femme y
marche et ses jambes soulèvent de la fumée. Une fumée lourde qui peine à se déplacer. Je ne sais pas dire si c’est joli à regarder. C’est triste. A cause de la femme qui se retourne souvent. Sur
son passé. Elle ressemble à un ange qui aurait perdu un organe essentiel. Je ne peux pas dire des ailes les anges n’existent pas. Mais je peux dire un ange. Elle a des yeux fatigués. Je ne les
vois pas, mais je les préfère comme ça. Elle pleure souvent, mais pas maintenant. Pas en plein jour. Elle pourrait à cause du brouillard qui la rend peu visible. Mais elle ne veut pas. Le
bâtiment n’est pas aveugle. Ni aveugle ni muet. Des cris s’y échappent souvent de toutes sortes. Toute la misère du monde comme dit Martin Markman. Je ne crois pas que ça soit vrai. Manque de
place. Il n’en faut pas beaucoup pour déconner, c’est ce qu’il me réplique. Il me montre sa main. Un espace pas plus grand que ça, ça suffit. Un terrain vague. Une femme y marche tout le temps.
Et la brume se soulève tout le temps. Autour, tout va bien. Dans la rue tout va bien. Elle veut l’atteindre je suppose pour faire comme tout le
monde. Regarder droit devant et se laver un peu avec le bruit qui tombe sur sa peau comme de l’eau. Mais je ne sais pas quand l’eau douce dissout l’eau salée. Peut-être qu’il existe des goûteurs
de rivière qui font des traits à l’endroit ou le sel disparaît et ils les reportent précisément sur des cartes où le bleu l’emporte. Mais rien n’est moins sûr alors je ne sais pas si elle peut se
débarrasser de ses larmes. Un terrain vague. Défoncé par endroits. Il ne faut pas compter que j’y marche. Il ne faut pas compter que je marche. Dans
les ornières un liquide marron et des rives vertes. Des rives bien dessinées. Un lac. Au dessus un soleil persistant. Des Pick-up aux portières ouvertes d’où sort de la musique du sud et des
jambes de filles. Des corazón chuchotés se cognent au mur parce que j’ai entrouvert la fenêtre et glissent sur le parquet. Ils s’assèchent comme des
fruits dédaignés. Après plus rien. Un terrain vague. Une femme y marche et ses pieds ne touchent pas le sol. C’est une vision d’optique peut-être,
mais ce n’est pas sûr. Martin Markman la voit aussi et il a la bouche ouverte comme si il l’avait perdu un os capital de la mâchoire. Quand le vrai soleil passera derrière le
bâtiment B, je tirerai les rideaux. Je ferai un mot avec.
A Co
Par Mary and Co
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Dimanche 31 août 2008
7
31
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21:12
Ne rien faire, penser comme en hiver. Dans le parc regarder le manège clos tourner. Ne rien faire. Ne pas s’en faire. Se souvenir de
quelque chose. Un objet. Le tenir dans la main. Le serrer. Une pierre. Une pierre ramassée, sauvée de la nature. Déplacée, abandonnée. Ramassée dans l’allée. Une pierre tenue toute une journée.
Le manège tourne. Le regarder encore. Des enfants sur des chevaux vivants. Ce qui compte c’est ce qu’ils pensent. Des chevaux vivants. Une prairie. Une ville bâtie dans la nuit à cause de l’or
toute proche. Enfouie dans des grottes indiennes. Des cimetières. Des enfants avec des étoiles de shérif en place de leur blason scolaire. Ne rien faire, poursuivre. Peut-être retourner dans le
tunnel. Dépasser l’assassin. Une jambe repliée contre la paroi, il tient un livre de prière. La part de Dieu dit-il quand je le croise. Il le répète après que je me sois éloignée. La part des
hommes dit-il quand je rebrousse chemin et que je le recroise. Ne pas s’en faire. Penser comme en hiver. La lumière fait un arc de cercle à la sortie de la galerie. Le manège. La pierre dans ma
main. Plus chanceuse que moi. Des enfants délaissent leur monture. Se débarrassent de la poussière de la prairie. Voler leurs regards. Traverser, contempler un monde incomplet. Ne pas s’en faire. Penser comme en hiver. Fermer les yeux. Dans le tunnel des pages déchirées. L’assassin assassine. Rien du tout. Il n’assassine rien du tout.
Une pierre. Tenue toute une journée. Le bord tranchant serré. Par erreur. Serrer le bord tranchant des prières par erreur.
Par Mary and Co
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