Hodgepodge

cs-bk-120x60 

 

 

Paperblog

Yesterday is here

Dimanche 11 septembre 2011 7 11 /09 /Sep /2011 12:09

 

WTC

Par Ann F Border - Publié dans : Yesterday is here - Communauté : New York City Art
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 5 mars 2010 5 05 /03 /Mars /2010 20:45

Photo 103Je posais la bouteille sur la table. Il était assis sur le lit. Le dos vouté. Il ne me salua pas, mais me montra la chaise d’un coup de menton comme il le faisait toujours. Comme si j’avais un autre choix si je voulais me poser. Le pistolet ou le revolver, je ne savais toujours pas les différencier malgré les leçons de mon père, était posé sur sa cuisse, près de l’aine. Il tenait le canon à pleine main, comme les hommes tiennent leur sexe. C’était la première fois que je l’imaginais posséder un sexe.  Après un moment de flottement, je m’asseyais finalement près de lui. Côté crosse. Le sommier fit un bruit qui me déprima.  Ce son était celui qui, à mon sens, définissait le mieux la misère depuis toujours, et je ne le supportais pas.

Il fallait que je dise quelque chose. Parce que lui n’était pas décidé. Je toussotais plusieurs fois pour faire sortir les mots de ma bouche. Mais ils étaient coincés de l’autre côté de ma glotte. Ma gorge était sèche, mais je n’osais pas bouger pour attraper la bouteille. Elle n’était qu’à quelques mètres de moi. La pièce était étroite et rectangulaire. Une table couverte de restes de repas, une chaise, un lit, un frigo, une télé sur le frigo, un évier, une malle ouverte remplie de journaux, une lampe sur pied et une autre sous le lit. Les deux étaient allumées. C’était le milieu de la journée. Je pensais que peut-être il était assis là depuis la nuit dernière.

J’allumais une cigarette que je lui tendis. Puis j’en allumais une pour moi. Je prenais de longues bouffées que je recrachais lentement. J’observais les volutes se déplacer dans la pièce. Il les observait aussi.

- Ça l’a refait, me dit-il.

Je m’étais habitué à son silence. Le son de sa voix me fit mal aux oreilles. Il transperça l’espace enfumé. Et le moment que nous étions en train de vivre disparut brutalement.

Une nouvelle lumière entrait maintenant dans la pièce. Il se leva et fit quelques pas, tenant l’arme le long de sa jambe. Ses yeux étaient rougis par le manque de sommeil, mais plus ouverts que d’habitude. Si je m’étais donné la peine, j’aurai pu en distinguer la couleur. Mais je m’en foutais. Ça ne m’empêchait pas de bien le connaitre.

- Ça l’a refait, répéta-t-il.

Il s’adressait à moi comme si je savais de quoi il parlait.

La clarté m’embarrassait. Je me sentais coincé dans une heure inhabituelle. Le jour était une belle saloperie. Lui et moi le savions depuis longtemps. Une belle saloperie. Aujourd’hui, il se vautrait dans le carré de lumière, le flingue à la main, comme si tout ça était normal. Je détestais le voir comme ça. Si précisément. Je détestais qu’il me soit donné d’observer les détails. Je commençais à boire pour boire. Et pendant que je me saoulais  consciencieusement, il me raconta son histoire.

Le revolver avait d’abord appartenu à John Mayerbrick, son père. Décidé d’en finir avec la vie, il l’avait acheté chez un prêteur de la 42e.  Puis un dimanche matin, il s’était installé au volant de sa Ford et à la fin d’un match  des Yankees que la radio passait en différé, il avait mit le canon dans sa bouche et avait fait feu sans hésitation. Mais l’arme s’était enrayée. L’homme en tira une leçon. Il cessa de jouer et de boire, rendit son existence supportable et mourut de vieillesse. Une connerie de rédemption. 
Il venait de vivre la même expérience que son père, juste avant que j'arrive. Je lui dis qu’il n’y avait aucun message divin là-dedans. Le revolver familial était foireux, point barre. Il haussa les épaules et tira une balle dans la malle à journaux. La détonation m’explosa les tympans. Puis, après que le canon se soit refroidi, il mit l’arme sur sa tempe et appuya sur la gâchette. Rien ne se passa. Une connerie de miracle.

Après ce jour-là, je ne le revis plus. J’appris qu’il avait quitté New York. Quelques mois plus tard, je reçus un colis provenant de Presque Isle dans le Maine. Il contenait le revolver et une lettre aux plis anciens et crasseux signée John Mayerbrick. À ton tour de savoir si tu mérites une deuxième chance. Connerie de connerie.

Par Ann F Border - Publié dans : Yesterday is here - Communauté : New York City Art
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 11 octobre 2009 7 11 /10 /Oct /2009 20:28

Deux papillons blancs, ou peut-être jaunes pâle, difficile à dire, volent de concert. Au commencement, une poursuite où le chasseur devenait un moment le fuyard jusqu’à ce qu’une virevolte inverse les rôles. Puis un relâchement se fit ressentir dans la course. A présent le vol est lent, animé de figures complexes.  Et bien que tout cela semble anarchique et involontaire, Mercy Beth pressent qu’il n’en est rien à cause de l’air, des obstacles que les papillons ont à franchir.

Inconfortablement assise sur un banc du parc, elle les suit du regard depuis un moment. Peu à peu, ils ont empli son espace mental. Le vaste univers s’est concentré dans ces ailes blanches, presque aveuglantes quand elles accrochent le soleil. Elle trouve cette idée rapidement stupide. Elle n’y connait rien en univers. Elle n’y connait rien en papillon. Peut-être possèdent-ils plus d’ailes que ce qu’elle croit. Elle ne connait rien à rien. Quelques noms d’arbres, de plantes et d’insectes, les plus communs. Elle se détourne du manège aérien, pose les deux mains sur le dessus de sa tête, pour ne pas être noyée par des pensées qui la submergent.

Revenant à des choses plus terre à terre, elle jette des regards alentour et aperçoit un homme qui lui sourit. Il est assis sur le banc d’en face. En fin de compte, il ne lui sourit pas. Un rictus est figé sur son visage. Il ne l’observe pas non plus. Sa tête est immobile et il regarde loin derrière elle. Elle le croit mort, ou mourant. Elle croit qu’il se joue d’elle, ou bien qu’il dort. Elle croit encore qu’il lui sourit. Enfin, elle songe qu’il est idiot de le trouver étrange.

Les deux papillons volent dans l’allée et passent près de l’homme qui les chasse de la main. L’un des deux est atteint et tombe sur le sol. L’autre se pose sur son abdomen et se laisse porter par ses sursauts de douleur. L’homme se lève et s’apprête à les écraser du pied, quand une explosion qu’il situe près de Battery Park, lui glace le sang.

Les papillons s’envolent. Mercy Beth, submergée par des pensées contradictoires, pose les mains sur le dessus de sa tête.

Toile : Number 31, Jackson Pollock, 1950.  New York, MOMA

Par Ann F Border - Publié dans : Yesterday is here - Communauté : New York City Art
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Dimanche 26 juillet 2009 7 26 /07 /Juil /2009 16:34

Des hommes seuls se précipitaient vers le soir dès le jour levé. Enveloppés d’effluves d’alcool, de fleuve, de rouille, d’encre séchée. Ils couraient vers le centre. Prenaient des ascenseurs dans lesquels ils s’imaginaient courir encore. Et jusqu’au soir ils se cognaient aux  vitres parfaitement nettoyées par une race qui ne craint pas le vertige. Il arrivait qu’ils soient envahis par une nostalgie imprécise. Mais aucun d’entre eux ne savait ce qu’il avait perdu.

Plus bas dans la ville, épargné des étages, un homme nourrissait les pigeons et les oiseaux maritimes. Il regardait les bâtiments se déformer sur l’onde. Les hommes se déformer dans les étages mouvants, aspergés d’écume et de gouttes impropres à la consommation. Il regardait le monde se déformer sous ses yeux.  Les mouettes se montraient parfois agressives quand, perdu dans ses pensées, il oubliait de les contenter. Plus tard, il traverserait le pont de Brooklyn en se rappelant quelques histoires s’y rattachant. Autour de lui des hommes informes se précipiteraient vers la nuit.

Par Ann F Border - Publié dans : Yesterday is here - Communauté : New York City Art
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 21 juillet 2009 2 21 /07 /Juil /2009 16:45

Sur les escaliers de la Chase Manhattan Plaza, un homme avait fait une chute. Et il avait refusé mon aide. Agacé par la douleur, il m’avait adressé un geste dissuasif. Je m’étais assise sur les marches et avais attendu, la tête en l’air, que quelque chose traverse le ciel, mécanique ou naturel. Ni l’un, ni l’autre. L’homme ne se relevait pas. Il me lançait des regards furtifs par-dessus son épaule. Je l’ignorais. Il frottait sa jambe et respirait fort. Je me levais enfin.

L’homme se leva à son tour. Un mince filet de sang coulait le long de sa jambe dénudée. Il s’engagea dans Pine Street en boitant légèrement. Deux ou trois fois il se tourna vers moi. A chaque fois son regard était différent. Le dernier porteur d’un regret.

Je m’assis à l’emplacement de sa chute. Et c’est à cet instant que New York entra dans une heure inconnue. Je connaissais toutes les lumières new yorkaises. La direction des coups de vents, la signification des ombres. Je marchais si souvent dans la rue que plus rien ne m’était étranger. Ni même les codes gestuels des passants. Je devinais s’ils étaient de Brooklyn, de Harlem, de l’Upper ou du Lower à leur manière de se mouvoir. Seuls les touristes n’avaient que peu d’intérêt et je n’avais rien appris d’eux, si ce n’est à les éviter. Ils remplissaient les salles de spectacles, les chambres d’hôtels, les terrasses de café. Ils formaient une figuration attrayante et nécessaire. Je rêvais parfois que leurs yeux étaient recouverts d’une fine pellicule blanche, qui, si elle ne les rendait pas aveugle, leur cachait l’essentiel. C’était un rêve de gardien de trésor. Je connaissais toutes les heures new yorkaises mais celle qui se présentait m’était inconnue. Le ciel s’était comme absenté, du fait de mon impossibilité à le décrire. Et ce qui m’entourait me sembla nouveau et étranger. Je restais assise un moment et fermais les yeux pour parcourir mes souvenirs. La ville y étalait ses heures véritables. Mais je devinais que c’était un mensonge, comme à peu près tout ce qui traverse la mémoire.

Lorsque je rouvrais les yeux, l’homme qui était tombé un peu plus tôt me faisait face.

J’étais sûr que vous feriez ça, me dit-il. Vous assoir où j’étais assis.

C’est un hasard.

N’empêche, vous ne devriez pas rester là. Ce n’est pas une bonne place.

Puis il se tut, mais tendit sa main pour m’obliger à me lever. Alors qu’il me tirait doucement au bas des marches, j’aurai juré qu’il fouillait dans mes pensées.

Voila, dit-il quand on eut atteint le trottoir. Puis il partit en claudiquant et me fit un signe sans se retourner.

 En me dirigeant vers la Batterie, je me rappelais de cette femme que j’avais rencontrée quelques jours auparavant. Elle trainait devant elle une valise à roulettes débordant de sac plastiques et de vieux vêtements.  Elle m’avait coincé avec contre un mur et demandé d’une voix murmurée s’il y avait un ferry en partance pour Staten Island.

Il y en a toujours qui font l’aller-retour.

Elle parut satisfaite de ma réponse et me libéra.

Le jour où il n’y aura plus de ferries pour Staten Island, ça ne signifiera certainement pas que New York est morte, mais que moi je le suis, me cria-t-elle alors que je m’éloignais rapidement. 

(Sculpture Groupe de quatre arbres, Jean Dubuffet)

Par Ann F Border - Publié dans : Yesterday is here - Communauté : New York City Art
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 7 juin 2009 7 07 /06 /Juin /2009 17:12

Le soleil collé dans le ciel sur un dessin d’enfant. Un astre en papier ignifugé à cause du danger que ça représente. Un pompier s’est occupé des formalités. Une perspective approximative  où la tête des  buildings de l’ouest de la rue   s’effondrent sur la tête des buildings de l’est de la rue, et il y a  cette énorme tache jaune à tentacules qui lance des flammes jaunes sur la chaussée où se pressent  des bus scolaires un ton au-dessus. Derrière leurs vitres des têtes d’enfants avec des yeux bleus la plupart du temps et des bouches grimaçantes. Certains ont posé leurs mains bien à plat sur le verre. On pourrait croire qu’ils envoient un message. Mais c’est pour avaler la rue. Tout prendre, tout voir, tout entendre. Ils n’entendent que ce qui se passe dans le bus. Emma Freshfount, ou quelque chose comme ça, qui a perdu sa mère il y a trois nuits. On n’entend que ça à l’intérieur. Elle ne pleure pas. Elle ne dit rien. Elle regarde ses genoux et le bleu qui entoure celui de gauche. Un bleu d’avant son deuil.  Elle le regarde et lui donne des petits coups avec sa règle en fer pour qu’il ne parte pas. On n’entend que ça. Le fer contre l’os. Et pourtant elle est discrète.

Les bus un ton au-dessus se garent  en été devant le zoo de Central Park ou du Bronx. Le Metropolitan Museum, Le Musée d’Histoire Naturelle, les Cloîtres  et ce jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’enfants à New York. Pendant que les allées sont envahis de cris perçants et de gosses qui comptent leur argent de poche devant les boutiques de cadeaux, les chauffeurs s’endorment sur la banquette du fond, la plus large, et une de leurs mains tombe sur le plancher, paume en l’air. Souvent ils sont noirs et des lignes de leur vie s’échappent vers l’océan. Il est toujours temps de faire ce genre de chose. Mais arrivées sur le continent africain, elles ne reconnaissent plus rien et font demi-tour avant que les chauffeurs ne se réveillent.

 De retour dans le bus, les enfants installent Bernard Plotte sur un strapontin. Un invité exceptionnel. Ils s’assoient à leur tour et pas un mot ne sort de leur bouche, pas un son de leur corps.  Et Emma Freshfount laisse son genou en paix. Parce que l’institutrice lui a longuement parlé sous le dinosaure. Bernard Plotte n’est pas rassuré. Il n’a jamais mis les pieds en banlieue.

Il regrette de s’être emporté devant le tamarin. « Bon sang, il y a bien quelques secondes de silence dans cette ville, mais personne, personne ne les trouvera jamais ! » Et le voila embarqué pour le Queens ou Brooklyn, réserves naturelles de secondes de silence à des horaires très précis. Parole d’enfant.

Le bus s’arrête devant un terrain vague et la portière gémit en s’ouvrant. B. Plotte descend et suit du regard les quarante doigts collés aux vitres,  pointés vers la réserve. Elles sont bien là, les secondes, les minutes et même, plus tard,  les heures de silence. Le bus repart le laissant avec un sourire de satisfaction sur le visage.

Les parents font les cent pas devant les écoles fermées. Ils leurs tournent le dos. Le bus un ton au-dessus se gare.  Emma Freshfount descend la dernière et sourit à son père qui porte une veste en jean délavé et des baskets à bandes bleues.  Le blanc  de ses yeux est rouge vif. Elle claudique à cause de la règle en fer. Il ne lui demande pas pourquoi.  Elle espère boiter jusqu’à la fin de sa vie.

 

A Françoise F.

Par Ann F Border - Publié dans : Yesterday is here - Communauté : New York City Art
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 6 mai 2009 3 06 /05 /Mai /2009 16:42

Un homme dans la première rue de Brooklyn a ouvert le journal du matin. Une simple photo en page de une, il l’évite et s’arrête sur les sports en lisant à voix haute les résultats des matchs. Une femme le croise et  s’attarde, attirée par la voix  forte et cassée, mangée par le tabac. Elle lui tourne autour un moment. Il la mate du coin de l’œil. Ni jeune, ni vieille, ni belle, ni laide, d’apparence ni trop modeste, ni trop riche. Une belle femme en son temps, c’est ce qu'il en conclut. Elle s’immobilise soudain, car ses allées et venues sur dix mètres de trottoir deviennent rapidement incongrues. Elle attrape un téléphone dans son sac avec autant d’empressement que s’il avait sonné. Ce qui n’est pas le cas, l’homme n’a rien entendu. Elle regarde le mobile en tapotant les touches et lui, égrène les résultats du championnat. Un moment agréable, c’est ce qu’il  pense. Elle porte une robe légère et si la brise voulait se lever, il pourrait se faire une meilleure idée de son anatomie. Des jambes longues, c’est sûr. Le tissu s’enroule autour d’elles. Longues et fermes. Une ancienne danseuse. Ça le déprime un peu cet emploi obligé du passé.  Il se racle la gorge et aborde la page des horaires de spectacles, certain que ça lui plaira. « I Am my own Wife, Lyceum Theatre.  Mardi 8 heures, mercredi 2 heures, 8 heures, jeudi-vendredi 8 heures, samedi 2 heures, 8 heures, dimanche 3 heures. 25, 85 dollars. 149ième Ouest, 45ième  rue, entre les 6ième et 7ième avenues. Téléphone 212 239 6200.  Mamma Mia, Cadillac Winter Garden Theater. Mercredi…»

- Pourquoi faites-vous ça ? l’interrompt la femme en lui faisant subitement face. La rue est déserte, vous ne vous adressez qu’à vous-même.

L’homme replie le journal et le laisse glisser le long de son bras sur le trottoir dans un geste qui peut tout à la fois être fait d’insolence ou de lassitude. Il regarde la femme longuement. Elle a de grands yeux bleus parsemés de deux ou trois pépites d’or. Il a vu autrefois quelque chose de ressemblant dans un autre regard. Un vague souvenir. De minuscules reflets dorés. A peine visibles s’ils n’avaient pas pour rôle d’attirer la lumière. Et quand il s’était approché du visage,  les pépites avaient disparu.  Elles ne réapparurent que lorsqu'il s’en éloigna. Il les admira à distance durant un moment, jusqu’à ce qu’une  mélancolie persistante s’empare de lui. Il s'éloigna définitivement.

- Je me souviens, dit l’homme. C’était votre visage.

- La rue est déserte, répète la femme. Vous ne vous adressez qu’à vous-même.

Par Ann F Border - Publié dans : Yesterday is here - Communauté : New York City Art
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 28 mars 2009 6 28 /03 /Mars /2009 21:10

Cimetary.jpg
Sois moins superbe mort que tu ne le fus vivant.  À la table des rois, n’abreuve de ton sang poudreux  que les  âmes qui volent au dessus du repas.


Oublie tout et ne laisse rien s’échapper de toi.  Oublie tout. Jusqu’à ta descendance.

Sois moins superbe mort que tu ne le fus vivant. Oublie que tu existas. Oublie que les jours d’avant tu vivais d’espérance. Oublie que le jour d’avant tu perdis tout espoir et que ta chair se révéla, enfin, douloureuse. 

Oublie que tes yeux laissèrent pénétrer les venins

Oublie que tu existas. Et n’envie pas  notre sang  circulant qui n’irrigue que de pauvres champs pulmonaires. Oublie que tu respiras avec peine.  Que tu marchas péniblement pour preuve symbolique.

Oublie que tu cherchas l’impossible pierre veinée  de carmin. Oublie la rouille qui s’écoule dans les rus des cimetières maritimes.

Oublie le soleil blanc et ses ombres mal définies encerclant les errants. 

Sois moins superbe mort que tu ne le fus vivant.                                                                    Et vis enfin

Par Ann F Border - Publié dans : Yesterday is here - Communauté : New York City Art
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 6 mars 2009 5 06 /03 /Mars /2009 19:18

The-mall-II.jpgUn jour aurait suffi. Un jour sans fin aux heures se comptant du ravage à la guérison. Un jour de saison intermédiaire, avec un ciel gris le matin et percé de rayons quelques heures plus tard. Mais des prêcheurs, juchés sur des capots de berlines noires, nous prévenaient que de telles taches solaires n’annonceraient rien de bon. Elles dissimuleraient des enfers et Dieu reconnaîtrait les siens. Tous ceux qui ne s’y vautreraient pas en attendant le soir déplorable. Il fallait attendre le soir déplorable dans les parties sombres, en grelottant de froid et d’autre chose. Une peur bénéfique, ainsi la nommaient-ils bien qu’elle fût effroyable. Pas d’autres alternatives. Un billet assuré pour le paradis. De la belle parlotte agrémentée de gestes étudiés dans les salles de séminaires des hôtels Hilton de la Côte Ouest.

Un jour aurait suffi qui allait de la naissance à la mort d’un homme d’âge mûr. Mais il fallait en plus puiser dans les songes. Errer dans leurs allées peuplées de fantômes. Qui d’autres dans les rêves ?  Les heures répétées rallongeaient la durée du jour. S’éloigner de la guérison, c’est tout ce que l’on gagnait.

Par Ann F Border - Publié dans : Yesterday is here - Communauté : New York City Art
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 12 décembre 2008 5 12 /12 /Déc /2008 16:11

Chère Amie,

 

Je tente d’écrire quelque chose. Pour ne pas me laisser envahir. Je tiens ma main prête et attends que quelque chose en sorte. Comme si mes veines allaient s’ouvrir et répandre leur liquide coloré sur l’espace. Tout l’espace. Pour l’instant rongé par le malheur.

Je tente d’écrire quelque chose. Autre chose. Pour contourner l’autel qui s’impose malgré tout, nuit et jour. Je ne crois en rien dit-il. Je ne suis d’aucune religion. Je suis la table et le lit. La nappe et le linceul. J’appartiens à Dieu, sans mentir.  Et Dieu est grand par la faute de l’homme qui ne l’est pas. Dieu existe par la faute…et c’est terrible.

Je tente d’écrire quelque chose sur la lumière d’été qui jette du verre brisé sur l’océan et des voix paternelles sur les grèves. La voix de mon père que mon esprit peu attentif a déjà presque oublié. C’est comme ça. Il reste les adjectifs pour la décrire avec précision. Mais ça sonne creux. Il faudrait des falaises, des balcons élevés, des quais, des précipices où se pencher dangereusement pour l’entendre encore. Car c’est dans ces lieux que les voix vivent après. À l’affût d’un enfant inconséquent.

Je tente d’écrire quelque chose, mais sans y parvenir. Car il n’y a d’avenir dans aucune des heures que je traverse, comme le pensait mon père.

Par Ann F Border - Publié dans : Yesterday is here - Communauté : New York City Art
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Em@il me

Some pictures

  • brooklyn bridge and factory
  • Brooklyn
  • tunnel.jpg
  • Hopper-.jpg
  • a-man.jpg
  • giacometti.jpg

Communauté du NYCA

Where are you ?



 

Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés