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Les contes de Manhattan

Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 18:25

TheatreUne légende raconte que les souffleurs de théâtre ne sont pas faits de chair, d’os et de sang. Lorsque le régisseur frappe les trois coups à l’aide du brigadier, annonçant le lever de rideau, il prévient en même temps le souffleur qu’il doit entrer sur scène. Un éther frôle alors les spectateurs quand il traverse le parterre pour rejoindre le trou du souffleur. Un éther qui porte l’essence des personnages jusqu’aux lèvres des comédiens. Un souffle d’air, sans plus, riche de la parole des livres et du savoir de leurs auteurs.  

Les légendes naissent parfois de l’indifférence que l’on porte à certains. Et s’il existe un être qui échappe à notre vue parmi tous les êtres qui nous indiffèrent, c’est bien le souffleur de théâtre.

Laissez-moi vous raconter l’histoire du dernier d’entre eux. Celui qui rendit véritable la légende que je viens de vous narrer.

 

Il était une fois l’histoire vraie, si l’on y croit, de Brett Meiler, souffleur de théâtre qui naquit à Broadway et ne mourut nulle part, par la grâce des mots qui l’en dispensa, par la grâce d’une passion qui lui épargna la froideur du trépas.

Brett Meiler naquit dans la loge d’une petite salle du quartier des théâtres de Manhattan. Un tragique soir de générale, sa mère le mit au monde entre le premier et le troisième acte d’une pièce de Shakespeare dans laquelle elle tenait un rôle mineur. Faute de soins, elle mourut dans l’heure. Et son amour du théâtre, refusant de la suivre dans l’abîme, se refugia dans le corps vigoureux du nourrisson, au cœur même de son cœur.

Fort de cette passion qui coulait dans ses veines, Brett n’éprouva pas, en grandissant, le désir de découvrir le monde car le monde se trouvait là, dans les salles de Broadway, entre la cour et le jardin. Et la diversité des êtres s’y trouvait aussi.

Il s’essaya un temps au métier de comédien, mais cela ne lui convint pas.  Cela ne lui amenait que le point de vue limité à son rôle et sa curiosité n’en fut pas satisfaite. Il préféra une vision plus absolue du monde que seul le trou du souffleur lui offrit.

Et il s’y blottit avec bonheur, dos au public, face à la scène. À l'affût du regard des acteurs, vivant sa vie au travers de celles qui foulaient les planches, connaissant de mémoire les répliques d’un vaste répertoire, les répétant pour lui-même durant les spectacles.

Hélas, il se trouve toujours un homme dont l’unique passion est de détruire la passion des autres.

Aussi, peu à peu, dans le quartier des théâtres de Manhattan, comme ailleurs, les souffleurs étaient remplacés par des machines que l’un de ces hommes avait créées.

Brett cessa d’être heureux. Il attendait avec angoisse l’heure où on l’isolerait du monde et de la diversité de ses êtres. Il attendait de mourir. Car qu’y a-t-il après le théâtre ? Rien, lui dit une femme qu’il croisa un jour dans Times Square et auprès de qui il s’épancha. Il n’y a rien.  Mais le théâtre n’est pas mourant, rajouta-t-elle en désignant du doigt les longues files d’attentes à l’entrée des salles. Bien sûr, dit le souffleur. Le spectacle continue.  

La femme attrapa son visage à deux mains comme le ferait une mère, et ce geste était déplacé car Brett était maintenant un homme vieillissant.

Je vois que tu possèdes un amour immodéré pour le théâtre, lui dit la femme. Une passion brûlante. Méfie-toi d’elle. Quand ta dernière heure s’annoncera, elle cherchera la fuite par tous les moyens, pour ne pas te suivre dans les abymes de silence, d’oubli et de froideur. Elle cherchera un autre cœur vif où installer sa flamme. Tu ne dois pas la laisser faire. Pour la conserver en toi au-delà de la mort, et ne pas mourir tout à fait, tu devras t’isoler du reste des hommes quand le moment viendra. Promets-moi de le faire. La femme serra les joues de Brett plus fortement et ne relâcha son étreinte que lorsqu’il acquiesça à ses propos.

Il y avait de nombreux déments qui erraient dans Times Square et leurs répliques n’étaient guère inspirées. Brett oublia vite l’évènement et les mots que la femme avait prononcé.

Ça n’est que quelques mois plus tard, quand il s’effondra dans le trou du souffleur, anéanti par une douleur à la poitrine, que ses paroles lui revinrent à l’esprit.  Et pour la première fois de sa vie, il regretta de se trouver au cœur de la salle, entre les comédiens et le public. Car, se dit-il, ma passion n’a que l’embarras du choix pour se trouver un nouvel hôte.  

Mais celle-ci n’en fit rien. Car il n’existe pas d’homme plus isolé que celui qui vit dans le trou du souffleur. Un homme invisible aux yeux de tous.   Et bien qu’il observe le monde et la diversité de ses êtres, il n’en est jamais l’acteur ni le spectateur. Il est celui qui connait l’histoire. Le début et la fin. Et à cause de cela, il est celui que l’on ne désire pas connaitre.

Aussi, la passion de Brett ne trouva alentour aucun cœur de remplacement et de fait, elle se blottit dans son âme, attendant que sa flamme ne s’éteigne. Mais cela n’arriva pas. Car les âmes sont immortelles, si peu qu’un feu les anime. Le fantôme du souffleur naquit ce même jour. Qu’importe le flacon, se dit-il, pourvu qu’on ait l’ivresse.

 

Depuis lors, lorsqu’un régisseur de Broadway frappe le brigadier sur le sol, annonçant le lever de rideau, un éther frôlant les spectateurs, traverse le parterre pour rejoindre l’emplacement où se situait autrefois le trou du souffleur. Un éther qui porte l’essence des personnages jusqu’aux lèvres des comédiens. Un souffle d’air, sans plus, riche de la parole des livres et du savoir de leurs auteurs.

 

 

Par Ann F Border - Publié dans : Les contes de Manhattan - Communauté : New York City Art
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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 20:55

Bird of Central Park 3Il était une fois l’histoire vraie, si l’on y croit, de Malloney Dickson, d’Abigail Cordell et de Walt l’oiseau mort (aussi mort qu’on peut l’être) qui cessa de mourir parce qu’il y a des choses plus importantes à faire parfois.

Malloney Dickson n’était pas le genre d’homme à se laisser aller aux effusions. Il se mit pourtant à pleurer lorsqu'il attrapa l’oiseau qui gisait sur la terre du Mall. Un moineau sans doute. Et il pleura jusqu’à ce que son corps glacé ne le bouleverse plus. Après quoi, ce n’était plus une bête morte qu’il tenait dans sa main, mais un compagnon. Il lui trouverait un endroit sûr. Plus sûr. Approprié à son état, mais plus tard.  En attendant, ça n’était pas mal de l’avoir à portée, pour le regarder de temps en temps.  Il lui soufflait sur le ventre. Ça écartait les plumes de surface et il apercevait une parcelle de chair. C’était émouvant, mais d’une façon que Malloney ne pouvait expliquer. Il l’avait d’abord appelé Jimmy, comme son frère. Mais son frère n’était pas mort, pour ce qu’il en savait, et il eut peur que ça lui porte malheur. Il se décida pour Walt en fin de compte, comme le prénom du poète dont le recueil  Leaves of grass trainait au fond de son sac. " Chez tous ni plus ni moins c’est moi que je vois, le bien, le mal que je dis de moi, je le dis d’eux... Je suis immortel, ça je le sais. "  Tu es immortel, ça je le sais, dit-il à l’oiseau pour l’en persuader. Pour s’en convaincre.

Vous ne devriez pas faire ça, lui dit Abigail Cordell qui observait son manège depuis un moment et qui s’était assise à dessein sur le même banc que lui. Ça va, s’énerva Malloney ! Ce n’est que pour la journée. Demain, on verra. Les oiseaux morts ne tiennent pas la distance en tant qu’ami, je sais ça. C’est vrai, répondit Abigail. Mais c’est regrettable. Ça l’est, n’est-ce pas ? Il ne lui répondit pas mais il la regarda, regarda l’oiseau et ne vit pas de différence. Il le lui dit. Il disait toujours ce qu’il pensait. Elle sourit tristement. Puis elle sourit tout court, et s’approcha pour caresser la tête du moineau. Elle peinait à choisir une attitude à cause du trouble qu’elle éprouvait à proximité de Malloney. Il porta le cadavre près de ses lèvres, tu es immortel, je sais ça.  Abigail répéta la phrase. Après tout, pourquoi pas ? Elle était agréable à prononcer.

C’est alors que les larmes se mirent de nouveau à couler passivement le long des joues de Malloney à cause de l’irrémédiable évidence que la poésie était sans pouvoir. Il les essuya d’un revers de manche en espérant qu’Abigail ne les ai pas vu. Mais elles coulèrent aussi sur son visage à cause de la même irrémédiable évidence. Ils pleurèrent sur eux-mêmes. Parce que c’est ce que l’on fait en général lorsque l’on est impuissant.

C’est alors que Walt cessa de mourir. Je n’en dirai pas plus. Je n’en sais pas plus. Entendons-nous bien, il n’est pas question de résurrection, ça je le sais. Il ne revint pas du pays des morts, ou quelque chose du genre. Les morts ne vivent (si je peux dire) pas tous au même endroit. Ce n’est pas si bien organisé.  Il cessa de mourir, c’est tout. 

Un peu sonné quand même, il voleta jusqu’au sol, remit de l’ordre dans ses plumes de surface, méchamment en désordre, et s’envola vers une nuée de moineaux qui tournoyait autour des grands arbres.

Malloney regarda sa main vide. Abigail la regarda aussi. Il est possible qu’il ne fut qu’assommé, suggéra-t-elle. Il était raide-mort, il lui répondit. C’est vrai, aussi mort qu’on peut l’être. Elle hocha la tête d’une étrange manière.

Ils restèrent un moment silencieux. A cause des hypothèses farfelues qui traversaient leur esprit, que chacun préférait garder pour soi.

Enfin, Abigail mit sa main dans celle de Malloney. Pour combler le vide laissé par Walt et parce qu’elle en avait envie. Il constata qu’elle ne pesait pas plus lourd que l’oiseau. Que ses os paraissaient aussi fins et sa chair l’émut d’une façon qu’il ne pouvait expliquer.

Tu es immortelle, je sais ça, se dit-il pour s’en persuader. Tu es immortel, je sais ça, se dit-elle pour s’en convaincre.

Et si le jour passa, ce ne fut pas à sa façon habituelle.

Par Ann F Border - Publié dans : Les contes de Manhattan - Communauté : New York City Art
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Samedi 20 février 2010 6 20 /02 /Fév /2010 20:44

New York centuryIl était une fois l’histoire vraie, si l’on y croit, de Mercy Stappleton et de son chat, Maître de Ballet.

Mercy était danseuse et elle ne possédait rien, hormis le rêve d’enflammer les scènes du Theater District de Manhattan. Elle traversa l’Atlantique au début d’un siècle qui s’annonçait ni mieux ni pire que les siècles passés ou ceux à venir.

La chance voulut que durant le voyage, elle côtoya un maître de ballet. Les passions rassemblent les êtres. Le vieillard malingre aux immenses yeux bleus faisait danser ses longues mains osseuses dans l’espace en fredonnant des airs classiques. La maladie le rongeait, mais son rêve à lui était de croire que la mort ne le pourchasserait pas sur l’océan. On la dit froussarde, disait-il. C’était oublier les moissons de marins qu’elle engrangeait depuis toujours. Mais pour le coup, il ne se trompait pas, car ce n’est pas elle qui se chargea de l’occire.

Lorsque la coque de l’imposant navire atteignit la rivière Hudson, le déchirant son de l’eau douce éventrée par le métal lui brisa le cœur. Et la Nature récolta son dernier souffle.

(Depuis la nuit des temps, La Nature menait seule et sans barbarie les êtres et les végétaux vers la poussière. Puis les hommes firent la terrible erreur de créer la Faucheuse et de l’armer d’une lame. A la suite de quoi, les façons de mourir devinrent plus nombreuses que les raisons de vivre.)

Ceux qui étaient là effectuèrent des pas de danse pour le maitre de ballet. Et l’on entendit le froissement des étoffes de mauvaise qualité se frôler jusqu’à ce que le navire atteigne les quais d’Ellis. Le corps du vieillard fut renvoyé en Europe aux frais de la compagnie transatlantique dans un cercueil en pin du Canada.

Quelques mois plus tard, Mercy Stappleton découvrit un chaton dans l’arrière-cour du Mecca Temple où elle se produisait. L’animal courut à sa rencontre et plongea ses immenses yeux bleus dans les siens en se frottant gracieusement contre ses jambes. Elle décida de l’adopter et le nomma Maître de Ballet, car, vaguement, il lui rappelait le vieillard rencontré lors de la traversée.

C’était bien lui, réincarné en félin (pourquoi pas ?) par une Mort offensée que la Nature lui ait ravi un quidam. Celui-là même qui l’avait traité de froussarde. Et lorsque la Mort est irascible, elle agit au contraire de ce qu’elle fait toujours. Et de son point de vue, il n’existe rien de pire que de donner la vie.

 

Par Ann F Border - Publié dans : Les contes de Manhattan - Communauté : New York City Art
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Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /Déc /2009 16:38

FireUn homme se détachait de l’attroupement qui s’était formé à l’angle de la 8e avenue et de la 35e rue, quand les camions de pompiers et les ambulances arrivèrent.  Pas qu’il en fut distant, mais son attitude laissait  penser qu’il était différent des autres passants, qu’il le savait et que par une forme d’honneur misérable, il gardait son rang. Je m’approchais de lui parce qu’il ressemblait à mon père et que mon père était mort depuis peu. Je caressais le chien couché à ses pieds.

Il y avait un gars qui vivait dans cette cave depuis plus de vingt ans, me dit l’homme en tirant sur la laisse pour que je cesse d’importuner l’animal. Il avait découvert l’endroit par hasard en ouvrant une porte dérobée, alors qu’il était entré dans l’immeuble pour s’abriter de la pluie.   Il fallait encore descendre un escalier métallique de trente-cinq marches  avant de pénétrer dans la pièce.  Comme elle ne possédait pas de fenêtre, il en  dessina trois pour rendre les choses supportables. La première donnait sur la 35e. On y apercevait, grossièrement reproduit, les entrées de services de l’hôtel New Yorker. La  deuxième s’ouvrait sur l’Atlantique. Un océan émeraude et rouge à cause de la pointe des phares qui se reflétaient sur l’eau.  La vue de la troisième était obstruée par des volets clos. Le chien du gars dormait toujours sous la fenêtre de la rue. Et quelquefois, il lui arrivait de  regarder au travers. Debout sur ses pattes arrière, il semblait suivre du regard des objets ou des êtres en mouvement.

L’homme se tut quand  une épaisse fumée brune mêlée de gris s’échappa d’un soupirail. Je le perdis de vue  lorsqu’un moment après les pompiers sortirent de l’immeuble. Ceux qui étaient postés devant les camions depuis le début de l’intervention, abandonnèrent leur attitude immobile et héroïque de porteurs de hache et s’activèrent pour le  départ.

J’attendis que plus rien ne subsistât de l’évènement pour pénétrer dans l’immeuble. La porte dérobée, l’escalier métallique, la cave en contrebas éclairée pauvrement par la fente du soupirail, et enfin  les trompe-l’œil. Ils étaient partiellement endommagés par les flammes, mais je reconnus sans mal la fenêtre donnant sur la rue ainsi que celle donnant sur l’océan. Quant à la troisième, ses volets n’étaient pas clos. Elle s’ouvrait largement sur les allées d’un cimetière. L’homme s’était trompé.

Par Ann F Border - Publié dans : Les contes de Manhattan - Communauté : New York City Art
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Mardi 31 mars 2009 2 31 /03 /Mars /2009 21:19

Chaque jour la chaise apparaissait sur le trottoir. Sans que l’on ait vu quiconque l’y déposer. Calée contre le mur à gauche de l’entrée. En bois de chêne d’après ce qu’en disaient certains, avec un motif gravé sur le dossier. Indéchiffrable à cause de l’usure. Mais tous avaient leur idée. Les Arckman y voyaient des lys entremêlés. Les Blagminster, une espèce d’oiseau à long cou. Chez les Blagminster, on ne s’embarrassait pas de mots inutiles. Jamais on ne précisait une cigogne, une aigrette ou un héron. Une espèce d’oiseau faisait l’affaire. Concernant les humains, on disait les autres, en effectuant un geste circulaire ou cette espèce de con de Roger Mandson, par exemple, quand on voulait être plus précis.

Immanquablement, la chaise disparaissait à la nuit tombée et réapparaissait à l’aube. Et nul ne savait dire depuis quand ça durait.
Ce qui était étrange c’est que personne ne s’asseyait jamais dessus. Passant, enfant, touriste éreinté par de longues heures de marche. Par inadvertance, par ignorance, par besoin absolu de repos, ça n’arrivait jamais. Elle restait vide du levant jusqu’au couchant. Quand aux résidents de l’immeuble, ils ne s’y risquaient même pas. Car à la longue, ils finirent par penser à un phénomène surnaturel. A New York ce genre de choses arrivait tous les jours. Les exemples étaient nombreux. On finit par ne plus la voir.
Jusqu’à ce que Lisa Arckman aperçoive une femme assise dessus. Il était aux environs de cinq heures du matin, elle rentrait de son travail. Elle avait garée sa voiture plus bas dans la rue et marchait en cherchant ses clés d’appartement dans son sac quand elle entendit un craquement. Il s’était produit quand la femme avait pris place sur la chaise. Elle n’osait plus faire un pas et resta plantée là au milieu du trottoir en essayant de n’émettre aucun bruit. Ce fut en vain car la femme tourna la tête dans sa direction et ne la lâcha plus du regard. Lisa avança alors jusqu’à elle en essayant de ne pas penser à toutes les histoires qu’elle avait entendu. Quand elle fut proche de l’inconnue, elles lui semblèrent toutes aussi infantiles les unes que les autres. Ça n’était qu’une vieille femme qui profitait de l’heure matinale.  Son visage était marqué de rides profondes, comme s’il avait été exposé longuement au vent, au froid. Des yeux sombres, presque clos tentaient de percer au travers de cette peau tannée. Sa main gauche pianotait sur sa cuisse, où elle était posée, et ce geste vif était en contradiction avec l’ensemble de son corps qui semblait voué à la raideur et à l’immobilité.

Lisa Arckman chercha au fond d’elle le ton et les mots qui conviennent aux rencontres fortuites. Elle se contenta d’un bonjour auquel la vieille répondit en levant le bras. Le geste paraissant amical, Lisa entama la conversation.

- Et bien, on faisait bien des histoires pour pas grand-chose ! Si vous saviez tout ce qu’on raconte sur vous… Enfin sur votre chaise !

- Ha ? répondit simplement la vieille.

- Il n’y a que la Mort en personne que l’on n’a pas assise dessus.

- On pourrait s’en étonner, répondit l’inconnue promptement.

- Un oubli, sans doute. Mais tous les autres y sont passés. Fantômes, vampires… Tout l’au-delà. Et même le Diable en personne…

- Le Diable n’a que faire d’une chaise. Il n’a guère besoin de repos.

Lisa s’inquiéta de ne pas percevoir de dérision dans le ton qu’employait l’inconnue. Elle était sérieuse. Soudainement prise d’angoisse, elle prit rapidement congé.

- Je dois aller dormir, dit-elle. J’ai été heureuse de vous rencontrer. On se reverra  peut-être.

- On se reverra sûrement ! répondit la vieille.

Par Ann F Border - Publié dans : Les contes de Manhattan - Communauté : New York City Art
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Samedi 21 juin 2008 6 21 /06 /Juin /2008 21:04

Paddy  Smith a passé la nuit sur le pont de l’Ambrose. Une forte odeur de rouille et d’huile de moteur imprègne son pelage. Une vraie nuit de chien, si je peux dire, à surveiller ses testicules. Il paraît que les mouettes en raffolent. Sûrement une légende urbaine. Quoiqu’il a des potes qui n’ont plus rien à défendre de ce côté-là. C’est bien passé quelque part.  Assure tes arrières,  mon petit ! Question conseil, sa mère ne s’était pas foutue de sa gueule. Question abandon non plus. Quand le temps était venu, elle l’avait « oublié » au Fulton Market. Et une adresse pareille, ça te pose son chat. Le marché au poisson, c’est le paradis sur terre.  Faut voir ça. Enfin ! fallait voir ça. Parce que l’éden avait foutu le camp du jour au lendemain.  C’est que le paradis, ça fonctionne avec des pièces, lui affirme Peter Stuyvesant, le chat du marchand de tabac, qui a toujours des théories fumeuses. Tiens ! comme le distributeur de boissons du quai. Et des pièces, t’en a pas ? CQFD. Le paradis reste dans sa boite. Pas d’autre possibilité. A New York, on te fait crédit quand  t’es propriétaire de la banque.

Paddy Smith se penche au dessus de la rivière. Sûr qu’il y a des poissons là-dedans, mais c’est connu qu’ils bossent pour la mafia russe et dévorent les cadavres humains en moins du temps qu’il en faut pour le dire. Il n’y a bien que ces saletés de mouettes pour s’en régaler !

Laisse tomber fiston, lui dit Peter qui l’a rejoint. Les anguilles de L’Hudson, au mieux, elles sont farcies à l’hydrocarbure.

Il faut se faire une raison, le paradis sur terre a bel et bien fermé ses portes. Voilà. Paddy Smith ne sera pas le premier chat new yorkais à se reconvertir dans la miette de donuts ou la poubelle de Diner. D’ailleurs, il a établi une liste d’aliments de dernier recours. Et Brody Morgensheimer y figure. En dernière position, certes, après les rats crevés, mais il y figure tout de même. Et Paddy  prie le ciel que les rongeurs dézingués aient un goût acceptable et que cela suffise à le sustenter, car il connaît Brody depuis toujours.

Tout le monde le connait. C'est un goéland à bec cerclé, qui a été  percuté par un bus scolaire en septembre 1993, et qui, depuis, vit cloué au sol de bois du quai 17.  Ses deux ailes brisées traînent sur le sol, comme une cape de magicien mal rémunéré. L’oiseau serait à plaindre si le choc ne l’avait pas doté d’un don de double vue simplement fantastique, qui l’a rendu célèbre et fait oublié son handicap. On vient des cinq boroughs se faire éclairer la lanterne.  Et il ne faillit jamais.

Les chats ne croient pas aux voyants et à toutes ces fadaises de prévisions à très long terme. Peut-être y sont-ils plus sensibles lors de leur neuvième et ultime vie ? Possible. Mais ce n’est pas le cas de Paddy qui en comptabilise trois au compteur. Alors lorsque Brody Morgensheimer l’aborde et lui parle bille en tête de sa fameuse liste, il est bluffé.

J’apprécie que tu m’aies placé à la fin de ta liste, lui dit le goéland en regardant fixement vers Brooklyn. Mais tu ne m’en dévoreras pas moins. La faim ne te laissera guère d’alternative. Hélas, il  y fort à parier que ce repas te reste sur l’estomac. Car tu es un brave. Et je crains que le remord ne te ronge jusqu’à ta dernière naissance. D’un autre côté, les braves vivent au paradis et je m’étonne que tu ne l’aies pas suivi lors de son déménagement dans le Bronx. Aussi, parce que ta vie mérite autant d’être sauvée que la mienne,  je t’en donne l’adresse.

Brody la lui chuchote à l’oreille, car certaines choses ne s’ébruitent pas et Paddy Smith part sur le champ rejoindre le paradis qu’il n’aurait jamais du quitter. Trente sept jours lui furent nécessaires pour atteindre le nouveau Fulton Market. Et on le laissa errer durant ses six longues existences dans l’impressionnant bâtiment, sans jamais l’en chasser. Car chacun sait que s’il y a des assassinés au paradis,  il n’y a guère d’assassins.

Par Mary and Co - Publié dans : Les contes de Manhattan
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Jeudi 27 décembre 2007 4 27 /12 /Déc /2007 22:25
 
Il était une fois un hiver bien étrange, où la neige ne tomba qu'une unique et seule fois. De fait, elle disparut bien vite des rues de Manhattan, devenant une boue noire chassée dans les fossés par les pneus des interminables Cadillac Escalade. Et toute la ville fut bientôt recouverte d'un voile qui teinta de grisaille ses innombrables quartiers, les songes de ses habitants et les surfaces lumineuses des patinoires du Rockefeller Center ou de Bryant Park.
Cependant, des flocons irisés de rose et de bleu pâle se posèrent sur le sol parfois rocailleux de Central Park. Et malgré la tiède et blafarde atmosphère qui régnait alentour, la neige persista jusqu'aux premiers jours du printemps et même, mit un soin particulier à son installation. Elle déploya de larges tapis sur les pelouses de Sheep Meadow ou de Great Lawn, s'éparpilla en paillettes dans les allées du Mall, s'amoncela dans le creux des sculptures pour en dégager les reliefs et s'insinua dans les veines des roches si parfaitement qu'on eut cru qu'un sang de givre circulait sous la pierre. Enfin, les rayons d'un soleil lointain vinrent se refléter sur la surface figée des pièces d'eau du parc. Jamais l'hiver ne fut mis en valeur d'aussi juste façon. 
C'est ainsi que Central Park conserva sa parure neigeuse jusqu'à la fin du troisième mois calendaire. Et pas un conteur ne saurait expliquer cela car tous sont humains et non (plus) de la nature. undefined
Par Mary and Co - Publié dans : Les contes de Manhattan
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Vendredi 23 novembre 2007 5 23 /11 /Nov /2007 20:49
cruise-web.jpg Il était une fois, mais cela dura toujours, une ombre dans la rue présente nuit et jour. Une ombre libérée du soleil et de ses succédanés électriques nocturnes. Libérée, si l'on veut, car jamais elle ne fut esclave de Phébus. Car ombre, elle n'était pas. Mais c'est bien ainsi que cet être de chair vous apparaîtra, dès lors que je vous aurai conté son histoire.
Le malheur de Muirgen Mac Rae fut que la peau claire de son visage si parfaitement dessiné, servit d'écrin aux yeux les plus précieux d'Irlande. Deux pupilles émeraudes qui devinrent, cela se disait, l'unique trésor que la terre de Paddy ne détint jamais. Las, sa beauté était si grande, qu'aucun homme de l'île ne disposa d'assez de richesse et d'orgueil pour la conquérir.
Pas un ne possédait de domaine à sa mesure, car tous se partageaient, sans querelle, les prés et les forêts.
Pas un ne possédait d'écrits à sa mesure, car tous se partageaient, sans querelle, les contes et les poèmes.
Pas un ne possédait de sentiments à sa mesure, car tous se partageaient, sans querelle, leur amour pour elle.
Finalement, tous gardèrent leur distance et l'unique visiteur de Muirgen Mac Rae devint le temps qui passait chaque jour bruyamment près de sa demeure.
C'est pour ne plus l'entendre qu'elle s'embarqua sur un navire de la Cunard Line en partance pour New York.
Mais dès que le bâtiment se fut éloigné de Queenstown, de menaçants nuages apparurent au-dessus de l'océan. De sombres nuages, illuminés par moments par des éclairs rougeoyants et silencieux qui les traversaient de part en part. Et malgré les ordres concis d'un capitaine expérimenté pour mener le bâtiment au large avant que ne se lève la tempête, pas une manœuvre ne parvint à le faire virer. Le navire longeait inlassablement la côte, comme s'il ne pouvait se résoudre à quitter l'Irlande. Et lorsque l'ordre fut de couper les machines, il poursuivit son errance côtière, dédaignant la mécanique.
L'officier se rendit à l'évidence, le paquebot de la Cunard était possédé. Et parce qu'on ne plaisantait pas avec la hiérarchie dans la marine anglaise, il abandonna la passerelle à l'être qui le hantait dorénavant, car son grade surpassait le sien. Puis, il se retira dans sa cabine où il se fit servir un whiskey pur malt. 
Quand le commandement fut entre les mains de l'hôte, le navire s'immobilisa, gîtant légèrement à bâbord. Et les heures menèrent cette partie du monde et tout ce qui la composait jusqu'à la nuit. Une nuit si noire qu'aucun homme ne pouvait s'y mouvoir. Une nuit si longue que plusieurs jours furent à jamais bannis des calendriers. Puis une aube se leva enfin, car le crépuscule ne saurait être éternel. Mais Muirgen Mac Rae n'en sut rien, car ses paupières étaient désormais scellées à jamais.
Et Lorsque le paquebot atteignit la baie d'Hudson, elle n'était déjà plus que l'ombre d'elle-même.
C'est ainsi que depuis lors, les habitants de Manhattan sentent parfois dans leur nuque le vent glacial de son désespoir.
Mais peut-on en vouloir à l'Esprit de l'Irlande d'avoir repris son trésor ?  
Par Mary and Co - Publié dans : Les contes de Manhattan
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Samedi 29 septembre 2007 6 29 /09 /Sep /2007 17:24
Il était une fois un serpent, vivant sur les terres de Staten Island. Un magnifique serpent brun et jaune de compagnie, abandonné là par son maître qui décréta que l’île devenait trop petit-bourgeois à son goût et qui enjamba prestement la rivière pour rejoindre Manhattan.
Un serpent ne peut avoir de maître que le Diable, vous en conviendrez. On comprendra que Satan ait rapidement fait le tour des âmes de la Nouvelle Angoulême. Dans les temps que je vous conte, elles étaient peu nombreuses et, le croirez-vous, tellement influençables…
Dorénavant livré à lui-même, le serpent erra durant d’innombrables saisons, sans jamais plus se nourrir, ni jamais s’assoupir, marquant de son maigre sillon les chemins boueux de l’île. On dit qu’il vit passer tant d’étés que sa chair se durcit comme une pierre de désert, et tant d’hivers, qu’elle pouvait se briser comme le verre. Mais On dit tant de choses.
Puis vint le temps où quelques hommes se firent ingénieurs. Ils bâtirent quatre ponts qui  relièrent l’île au continent, le Bayonne, le Goethals, le Outerbridge et le Verrazano. Et le serpent, sifflant d’admiration devant de si beaux ouvrages, les emprunta un par un afin d’aller quérir son maître.
Mais aucun ne menait à l’île  dorénavant maudite de Manhattan. Et le serpent erra, comme nous le faisons tous, dans la banlieue. Il erra bien plus longtemps qu’il nous est donné de le faire, car son temps n’était pas compté.
Enfin, las du New Jersey et de Brooklyn, il retourna se morfondre sur sa terre de naissance. Et alors qu’il se désespérait de ne jamais revoir son maître, un étrange navire orange accosta à Saint George, un bâtiment portant sur ses flancs gauches et droits l’étonnante inscription Staten Island ferry. On répandit la nouvelle qu’il arrivait tout droit de la Battery de Manhattan et y retournait sur l’heure et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’heures. Et les passagers qui en descendirent ne le démentirent pas.
Le serpent fébrile monta à son bord et quelque vingt minutes plus tard touchait le sol de l’ancienne Mannahatta. Il prit apparence humaine et se mit en quête de son maître.
-Avez-vous vu le Diable ? Demandait-il aux passants qui croisaient son chemin dans les rues et dans les étages.
- Le Diable ? Mais il est partout ! Lui répondaient-ils invariablement.
view-1.jpg Et le serpent chercha partout comme on le lui conseilla. À Manhattan et ailleurs. Mais partout il ne trouva toujours que des hommes. 
 
Par Mary and Co - Publié dans : Les contes de Manhattan
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Lundi 7 mai 2007 1 07 /05 /Mai /2007 10:27
Il y avait dans Central Park, un canard. Sis au Conservatory Water. Il n'était pas le seul canard à vivre là. Il y en avait d'autres, de différentes marques, je suppose. Des garrots albéole, des erismatures rousses, des canards à front blanc ou noirâtres…Wikipédia ne m'a pas mieux renseigné. Qu'importe ! De toute façon, ce canard-là était en bronze. Un passage en fonderie, ça rend impossible toute identification. Oui mais, la faute à qui ?  Jugez-en par vous-mêmes.
Il y a de par le monde, vous ne l'ignorez pas, pléthore de conteurs. Et malgré mes nombreuses demandes de dispenses auprès de Qui-Vous-Savez, ils meurent, comme vous et moi. Un grand vide se crée alors, dans tous les endroits où ils déposèrent le fruit de leur imagination. Comme des trous dans la couche d'ozone. À part que ça ne se passe pas près de chez Qui-Vous-Savez, mais là dans vos maisons, sur la pelouse de Sheap Meadow, sur les bords de l'Hudson, sur les bancs du métro, sur les chaises à barreaux de bois verts de la Public Library, partout où vous aimez lire. Des trous gros comme ça ! Et vous n'arrivez plus à penser, à vous évader, à voyager. Enfin, ça serait le cas, si mon obstination à sauver les conteurs n'avait pas payé.  
Certes, je n'ai pu les sauver tous. En vérité, j'obtins l'autorisation pour un seul. Hans Christian Andersen. Dans un premier temps, il ne fut, à son sujet, aucunement question d'immortalité. Toute juste un sursis de quelques jours, pour qu'il achève un ouvrage, ou embrasse plus longuement les siens. J'eus beau protesté, spamer nuit et jour l'ordinateur de Qui-Vous-Savez, rien à faire.
-  Pourquoi sauverai-je un conteur ? argua-t-il. Ils écrivent des choses insensées. Et ça se vend ! Le pire, c'est que ça se vend !
Je lui expliquai que c'est son livre à lui qui se vendait le mieux depuis des siècles. Et j'allai mettre en cause la vraisemblance de ses écrits, avec quelques exemples bien sentis, quand il me dit :
- C'est normal ! mon histoire à moi est crédible.
- Ha ! fis-je.
Cette exclamation m'échappa. Je crois que c'est à cause d'elle que je perdis pour de bon tout mon crédit auprès de Qui-Vous-Savez.
- Votre Franz, me lança-t-il, quand est-ce qu'il va…enfin, vous voyez... mourir, quoi ?
- Le 04 août 1875.
Ma précision lui rabattit le caquet. Il craint un moment que je ne fus un ange. Il fut un temps où il en virait plein. Et quelques-uns ouvrirent leurs propres boîtes de bondieuserie, pour lui faire de l'ombre. Peine perdue. 
Je ne vous rapporte ici que quelques bribes de notre interminable négociation. De guerre lasse, Qui-Vous-Savez accéda à ma requête. Je pus sauver un conteur.
J'allai donc quérir Andersen sur son lit de mort, car avec tout ça, j'arrivais presque trop tard, et je lui fis part de la divine décision. Pour le coup, lui me prit vraiment pour un ange.
- Mène- moi au paradis, me chuchota-t-il, agonisant. Je ne désire rien d'autre. Le bruit de l'eau, le bruissement des feuilles, les pas sur la terre meuble, et le chant des oiseaux.
Je vous assure qu'il m'a dit ça. À part que moi, avec tout le raffut que j'avais fait auprès de Qui-Vous-Savez pour lui obtenir son immortalité, je me refusais à rendre l' âme du conteur, fusse-t-elle consentante.
Dieu merci ! si je puis dire, il existait, depuis peu, un échantillon de paradis sur la presqu'île de Manhattan. Un rectangle d'Eden, tombé du ciel, que l'on nomma Central Park, puisqu'il était central et que c'était un parc.  On en avait parlé dans les journaux du monde entier. J'y menais Andersen au plus vite et l'installais non loin du Conservatory Water, en l'assurant que nous avions atteint les jardins angéliques. Dès lors qu'il découvrît l'endroit, les forces lui revinrent. Le clapotis de l'eau, le tressaillement des feuilles ventées, les pas dans l'allée et le gazouillis des oiseaux. Tout y était.
Il s'assit confortablement et ouvrit son grand  livre de contes. C'est alors que Qui-Vous-Savez, furieux que j'ai immortalisé une ouaille toute prête à passer l'arme à gauche, répandit sur elle un métal en fusion, qu'il extirpa à mains nues des Enfers et le conteur fut emprisonné dans le bronze, sans autre forme de procès.
- Ainsi nous sommes quittes, me dit Qui-Vous-Savez, de sa voix d'acteur des années quarante. Ni mort, ni vif, le Franz !
- Un peu comme vous ! lui rétorquai-je.
Mon problème, c'est que je n'ai jamais pu la boucler. Et sur ce coup-là, j'aurai dû.
Bah ! Je n'avais échoué qu'à moitié. L'âme du conteur était vivace sous le bronze et elle colportait sa fantaisie alentour. Éternellement.
Et le canard, me direz-vous ? Vous savez ce qu'il vous dit, le canard ?
Par Mary and Co - Publié dans : Les contes de Manhattan
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