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Speed Dating in NYC

Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 18:28

Pink loveMark Swanson est assis dans un box faiblement éclairé.  La lueur d’une bougie posée au bord de la table déforme les traits de son visage et ceux de Kathryn Clark.  Il est nerveux.  Il n’a pas eu le temps de sortir fumer. Il compte qu’il devra encore attendre une heure avant d’en griller une. A moins que la prochaine femme ne fume, alors ils sortiront ensemble sur le trottoir. Bien que ça peut être embarrassant de se trouver dans une situation différente. Parfois, un changement brutal de lumière suffit à briser une ambiance. Être debout plutôt qu’assis, tenir une cigarette plutôt qu’un verre… Non il ne sortira pas fumer avec l’une de ces femmes. Il attendra la fin du speed dating.

Tintement de cloche. Kathryn quitte sa table sans un mot. Mark la regarde s’éloigner. C’était une femme très bien. Beaucoup de points en commun. Mais sa conclusion a tout gâché. Il n’aurait pas dû lui demander son âge.  Vous ais-je donné l’impression que je trichais sur mon âge ? lui a-t-elle lancé d’un ton sec. Il n’a pas su quoi répondre, a balbutié quelques excuses maladroitement. Elle s’est tue jusqu’au signal.

Il vide son verre d’un trait. Il a cinquante trois ans. Il ne s’attend pas à ce qu’une femme plus jeune le trouve séduisant. Il aurait du répondre ça à Kathryn. Mais elle l’aurait mal pris aussi, à bien y réfléchir. Ça signifie qu’elle fait son âge et les femmes détestent ça. Elles font tout pour paraitre plus jeune. Elles dépensent un quart de leurs revenus pour y parvenir. Il a lu ça dans un magazine.

Il voulait juste savoir s’ils avaient le même âge, pour se trouver un point commun supplémentaire. Il gobe et suce le glaçon de son cocktail. Il a un goût amer de Gin. 

- Je suis Maddy Griffin lui dit la femme qui s’assoit en face de lui.

- Mark Swanson. Cinquante trois ans.

Il est encore dans ses pensées. Annoncer son âge en est une conséquence.

- Vous ne les faites pas, lui répond Maddy d’une voix apprêtée.

- Vous devriez arrêter de dire ce genre de conneries ! lui lance Mark. Qu’est-ce que ça peut foutre que je fasse ou non mon âge ?

- Pardon ?

- Qui cherchez-vous à rassurer en sortant ces conneries, moi ou vous ? 

- J’essayais simplement d’être polie.

- Pourquoi faire ? Il manque une bonne action à votre fin de semaine ? J’ai l’air si vieux que ça vous fait de la peine ?

Maddy se lève, se rassoit, boit une gorgée de travers, tousse et cherche un Kleenex dans son sac pour s’essuyer les lèvres.

- J’essayais d’être polie, l’imite Mark. Vous savez qu’en disant ça, vous n’êtes pas polie du tout et même vous faites preuve d’une grande cruauté ? Vous le savez ?

Il se lève, se rassoit, regarde son verre, regrette qu’il soit vide.  Et parce qu’il l’est, il se lève de nouveau.

- Désolé.

Il ne regarde pas Maddy en disant ça, parce qu’il n’est pas désolé pour elle. Il sort du bar.

L’air extérieur l’apaise comme une douche chaude. Il lève la tête. Un néon accroché à la façade lui donne un teint halé.

- J’ai cinquante et un ans lui dit Kathryn Clark, en expulsant la fumée d’une Marlboro Light.

Elle est calée le dos au mur, à quelques mètres de la porte d’entrée, un genou replié. Elle sourit légèrement.  

-  Moi aussi je suis fumeur lui répond Mark en la rejoignant.  

Par Ann F Border - Publié dans : Speed Dating in NYC - Communauté : New York City Art
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Dimanche 20 novembre 2011 7 20 /11 /Nov /2011 18:48

Green loveTintement de cloche. Quand Mary Corken lève le nez de son sac à main, un nouvel homme est assis en face d’elle. Durant quelques secondes, elle se demande s’il s’agit bien d’un autre homme ou du même que tout à l’heure. À force d’adopter des attitudes identiques de séduction, ils se ressemblent tous. Et la lumière basse ne donne que peu d’occasion de les différencier.

- Henri Fonda, se présente l’homme.

Elle se présente à son tour. Henri n’est pas surpris qu’elle ne prête pas attention à son homonymie célèbre. Plus personne ou presque n’y fait allusion depuis le milieu des années 90.

- Vous avez le même nom que l’actrice qui fait la pub pour la crème antiride, dit-elle tout de même. 

- Il se trouve qu’elle avait un père…

- Sans doute ! Qui n’en a pas.

Henri n’insiste pas. Mais il a la sensation étrange de tomber dans l’oubli sans jamais avoir été connu. Un sentiment difficile à expliquer. Une légère angoisse.

- On devrait commencer dit Mary en désignant la cloche en cuivre posé sur le comptoir, le temps nous est compté.

Nouvelle angoisse.

- Vous n’êtes pas un de ces escrocs de Wall Street, demande-t-elle ? Un type de la finance, banquier ou avocat d’affaires ?

- je suis vétérinaire, répond Henri.

- Pas un métier très sûr aujourd’hui. Qui se soucie du bien-être de son chat, quant on ne peut même pas se soigner soi-même. 

- Cabinet à Manhattan. Upper East Side. Clientèle huppée.

L’énervement d’Henri s’exprime toujours par phrases saccadées.

- Des emprunts à risque ?

- Pardon ?

- Des crédits ?

- Pour ma voiture.

- Des placements à risque ?

- Si je pensais qu’ils sont à risque, je les placerais ailleurs.

- Donc, des placements. Propriétaire ou locataire ?

- Locataire.

- Ah...

- On est à New York, se justifie-t-il

- je connais des propriétaires new yorkais.

- Grand bien vous fasse* !

- Vous me trouvez trop directe ?

- Je vous trouve indiscrète et vénale.

- Indiscrète peut-être, mais pas vénale. Je veux être amoureuse dans les meilleures conditions, c’est tout. Je ne veux pas d’un amour qui se cogne quotidiennement contre les murs d’un logement à loyer modéré, voire pire, un asile de nuit…Vous êtes surpris, parce que c’est encore nouveau tout ça. Croyez-vous que beaucoup d’histoires aient résisté à la crise ces dernières années ? Nos sentiments n’étaient pas préparés à ça, ils n’ont pas tenus la distance. 

- La crise a tué l’amour, dit doucement Henri avec une légère ironie.

- Oui. Et le contraire n’est malheureusement pas envisageable répond Mary sans ironie. Il faut s’y prendre autrement.

- Préparer ses arrières…

- Préparer ses arrières. Résister.

- Quelque chose me gène dans votre théorie. Il me semble que vous n’avez aucune intention de résister. Vous voulez contourner, passer au travers. Bien à l’abri sur un matelas d’argent dans un appartement de Manhattan ou un Brownstone rénové de Brooklyn.

- Je mets toutes les chances de mon côté.

- Il n’y a pas de chance sans risque, lance Henri sans saisir le sens de ce qu’il dit.

- Vous ne comprenez pas que j’ai peur ?

Tintement de cloche.

- Vous ne devriez pas dit Henri en se levant. Vous êtes parfaitement adaptée à ce monde. Je vais vous donner un tuyau avant de vous quitter. L’homme de votre vie sera celui qui, lors de votre premier rendez-vous, vous questionnera de la même façon que vous l’avez fait avec moi. Un mutant, en somme, comme vous.

- Il se trouve que les êtres comme vous sont appelés à disparaitre, lui dit Mary avec un air de fausse tristesse.

- Les êtres de hasard, lui demande Henri avec une légère ironie ?

Elle soulève les épaules pour répondre hélas oui. Sans ironie.

 

*En français

Par Ann F Border - Publié dans : Speed Dating in NYC - Communauté : New York City Art
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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 14:50

Vera et l'hommeTintement de cloche. L’homme s’assoit maladroitement, se relève et s’assoit de nouveau, mais sans s’installer vraiment.

- Vera, se présente la fille. 

L’homme  murmure un nom qu’elle ne comprend pas. Elle jugerait qu’il l’a fait exprès.

- Je crois que je ne peux pas, dit-il. Je ne peux pas me contenter de boire un verre en votre compagnie, et faire comme si je ne savais pas ce qui se passe derrière les os de votre crâne. Je ne peux pas me contenter de votre apparence, alors que votre âme se déchaine.  C’est comme si il y avait une autre planète, juste ici, qui m’est inaccessible.

La fille soulève les épaules d'incompréhension.

- Des choses se passent là, poursuit l’homme en pointant son front du doigt.  Je les appelle choses parce que je ne sais pas comment les nommer autrement. Bref, des choses qu’on ne voit pas, mais qui ont une valeur inestimable.  Rien à voir avec ce que vous montrez de vous. Vos gestes, vos vêtements, votre parfum…votre cocktail, simple calcul ! Mais ce que vous avez là-dedans (une fois de plus, il désigne son crâne), ce qui se déchaine, ce qui vous appartient vraiment, je n’en verrai pas la couleur. C’est tellement triste.

- Il n’y a rien qui se déchaine, dit Vera sur un ton fade. Je sors du boulot, je bois un verre, je rencontre des gens.

- Vous rencontrez des hommes, précise l’homme.

- Des hommes, si vous voulez.

- Vous avez failli ne pas le dire.

- Si j’ai utilisé le mot gens c’est qu’il gomme toute notion de genre sexuel, et écarte de moi l’hypothèse que quelque chose pourrait se passer entre nous.Les hommes incohérents ont une place de choix dans mon coeur.

- Il n’y a que du sang et de la chair dans votre cœur.

- Oh non, je vous en prie, évitez-moi les banalités.

- Je remettais les choses à leur place.

- Ok, oublions un instant que les mots ont des sens multiples. Je comprends que votre esprit…complexe apprécie l’ordre et la simplicité.  On dira que le cœur n’est qu’un morceau de chair irriguée et que les sentiments se logent où ils peuvent, sans qu'on ait jamais pu les localiser.

- C’est un peu vrai…

- Je vous en prie ! C’était une boutade.

- Vous vous moquez de moi.

- En fait, je crois que vous me poussez à le faire.

- Je ne suis pas un grand penseur.

- C’est surtout que vos pensées sont étranges. Personne ne dévoile jamais le fond de son âme, vous savez.

- Pourquoi pas ?

- Sans doute que personne ne connait son âme. Ou ne désire la connaitre. Encore moins l’exhiber. Que possédons-nous de si précieux, après tout ?

- La vérité sur nous-mêmes, la franchise envers l’autre, je ne sais pas…

- Nous sommes des humains, vous l’ignorez ? Nous créons de nouvelles vérités à chaque fois que cela nous arrange. Sans quoi, nous mourrions tous de chagrin dès l’enfance. Jugez-moi plutôt sur mon apparence cela vaut mieux et décidez qu’elle vous convient ou non.

-  En fait, je ne suis pas attiré par ce que je vois de vous.

- Allez-vous faire foutre ! répond-elle en souriant.

- A votre tour, dit l’homme en se reculant pour laisser à Vera l’espace nécessaire à l’observation.

- Ne vous vexez pas, mais quand vous quitterez cette table, c’est à peine si je pourrai vous décrire. Quand à votre esprit, il me parait aussi vide que peuvent l’être la plupart des bureaux de l’Empire State building. Malgré les efforts que vous faites pour paraitre original.

- Ah, bien.

Tintement de cloche. Involontairement, le corps de Vera se détend. Elle relâche les épaules et ses traits se lissent.

- Nous avons perdu notre temps, dit l’homme.

- Vous le regrettez ?

- Je regrette que l’existence soit parfois si dénuée de vie, murmure-t-il en se levant lourdement. Et nous fasse entrevoir le pire.

Il marche jusqu’au comptoir où il pose son verre puis un billet de vingt dollars et quitte le bar avec précipitation, en respirant la bouche entrouverte, comme s’il manquait d’air.

Le corps de nouveau tendu, Vera tente de sourire à l’homme qui s’assoit en face d’elle, sans y parvenir. 

Par Ann F Border - Publié dans : Speed Dating in NYC - Communauté : New York City Art
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Mercredi 14 juillet 2010 3 14 /07 /Juil /2010 16:09

Love GretaTintement de cloche. L’homme et la femme, déjà assis l’un en face de l’autre, ne semblent pas l’entendre et poursuivent leur conversation.

- Qu’est-ce qu’une femme comme vous fait ici ?

- J’aime cette ville.

- Je voulais dire ici, dit-il en faisant un geste circulaire.

- Ah ! J’aime ce bar.

- Ici, répète l’homme en appuyant son intonation.

- Je ne sais pas. J’ai traversé la rue,  je crois.

- Quelle coïncidence ! Moi aussi. 

- Mais je n’en suis pas sûre.

- Moi non plus.

Ils se taisent un moment.

- Je ne me suis pas présenté, dit-il enfin.

- Je crois que si. Tyler quelque chose…

- C’est possible. Et vous, vous êtes-vous présentée ?

-  je crois que oui.

- Ça me revient. Greta quelque chose.

- C’est possible.

- Vous êtes actrice, n’est-ce pas ?

Elle ne répond pas. Il poursuit :

-  Une femme comme vous ne peut être qu’actrice.

- Vous croyez ?

- Je l’espère seulement.

Un nouveau silence.

- Je ne m’imagine  pas actrice.

- Je ne m’imagine pas assis à vos côtés.

- L’êtes-vous vraiment ?

 - Je l’ignore.

Tintement de cloche.

. Voulez-vous que je vous laisse seule ?

- Je n’ai jamais dit que je voulais être seule. Seulement que l’on me laisse tranquille.

Par Ann F Border - Publié dans : Speed Dating in NYC - Communauté : New York City Art
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Vendredi 9 avril 2010 5 09 /04 /Avr /2010 14:19

Love psychéTintement de cloche. La fille vient s’assoir. Elle est souriante. Elle ne sourit pas sur l’instant, mais elle est souriante. Quelque chose dans son visage de lumineux et de gai. Elle tourne entre ses doigts une coupe de champagne rosé. Et ne semble pas trouver de position confortable. Elle remue sans arrêt sur la banquette.

- John Pitterbracker.

- Un nom étrange.

- Celui de mon père.

- C’est tout de suite moins étrange.

Il ne sait pas quoi penser d’elle. Elle parle sans le regarder. Avec un détachement désagréable. Et ce qu’elle dit n’a pas de sens. Ou un sens qu’il ne comprend pas. Le champagne coloré l’ennuie aussi.

- Je suis française.

Il comprend mieux.

- Vous n’avez pas l’accent français.

- J’espère bien !  Je vis à New York depuis sept ans.

- Vous auriez apprécié que je remarque dans votre voix l’accent de New York ?

- Non, à vrai dire, j’aurai apprécié que vous détectiez celui de Manhattan.

- Je ne savais pas que c’était différent…

- Mais vous savez que la ville possède plusieurs quartiers, n’est-ce pas ?

- A peine. Je débarque à l’instant du Wyoming.

- Oh non, c’est pas vrai !

- Mais j’ai un plan du métro. J’apprends vite.

- Je ne me suis pas expatriée pour tomber amoureuse d’un type qui se promène avec un plan de la MTA dans la poche.

- Pourquoi pas ?

- Parce que j’aurai l’air d’une conne.

- Je suis tout de même américain.

- Pas new yorkais.

- Mais je travaille dans cette ville !

- Quel genre de job ?

- Je suis garde-côte.

- Vous l’étiez dans le Wyoming ?

- Evidemment.

Elle soulève les sourcils d’étonnement, trempe les lèvres dans le champagne et rétorque :

-  Il n’y a pas de côtes dans le Wyoming.

- Mais il y a des lacs.  Le Jackson, le Leigh, le Yellowstone…

- Les lacs n’ont pas de côtes. Ils ont des bords. D’ailleurs on dit : je vais faire une balade au bord du lac.

- Vous jouez sur les mots.

- Que voulez-vous, je suis française…  Dans le Wyoming vous étiez garde-bords.

- Désespérément française. Même à New York.

Tintement de cloche. Ils sursautent.

- Si on allait se balader sur les bords de l’Hudson ?

- Pourquoi pas, lui répond-elle en français.

- Ce serait terriblement new yorkais de faire ça, n’est-ce pas ?

- Terriblement.

Par Ann F Border - Publié dans : Speed Dating in NYC - Communauté : New York City Art
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Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /Mars /2010 16:32

Love ETCTintement de cloche. La femme vient s’assoir à la table de Peter Bloomberg. Elle est souriante et semble impatiente de faire sa connaissance. Ça s’annonce plutôt bien.

- Peter Bloomberg, enchanté.

- Helena Schmitt. Que faites-vous dans la vie, Peter Bloomberg ?

- je suis serveur au Starbucks de la 42e.

- Vous êtes serveur ?

- Oui.

- Vous portez un costume à 15oo dollars et vous êtes serveur sur la 42e

- je l’ai loué pour la soirée.

- Vous l’avez loué pour la soirée…

- Vous allez répéter tout ce que je dis ?

- C’est l’effet de surprise. Je ne m’attendais pas à ça en vous voyant.

- À ça quoi ?

- À un larbin en costume de scène !

- Rien ne vous oblige à être cruelle.

- je ne le suis pas autant que vous l’êtes envers vous-même.

- Que voulez-vous dire ?

- Pourquoi ne mentez-vous pas jusqu’au bout ? Personne ne s’attend à voir sortir d’un écrin à 1500 dollars un vendeur de Caffe Latte. Vous en avez l’attirail, alors soyez avocat chez Shearman et Sterling, pilote de ligne, écrivain, rédacteur en chef du Times…Le temps de cette soirée. Vous avez payé pour rêver, n’est-ce pas ?

Peter acquiesce timidement d’un mouvement de tête enfantin qu’il regrette immédiatement.

- Alors soyez à la hauteur de vos rêves.

Tintement de cloche. La femme se lève.

- Demain est un autre jour, lui dit-elle en s’éloignant.

- Emma Clever, se présente la fille qui lui succède.

- Peter Bloomberg.

- J’étais impatiente de vous rencontrer. Je vous ai remarqué en arrivant. Que faites-vous dans la vie, Peter ?

- Je suis serveur au Starbucks de la 42e.

- Vous plaisantez, n’est-ce pas ?

- Je vous assure que non.

- Vous portez une Cartier à 5000 dollars et vous travaillez dans un Coffee Shop ?

- j’ai acheté la montre à un vendeur de la Batterie. Une copie de Santos-Dumont, je crois.

- Qu’est-ce que ça peut foutre que ce soit une copie de Santos-Dumont ? Ça ne sera toujours qu’une merde à 20 dollars !

- 35 dollars, en fait.

- Vous êtes pathétique.

La fille se lève sans attendre la fin du rendez-vous et se rend au bar où elle commande sèchement un Manhattan.

Tintement de cloche. Une nouvelle femme vient s’assoir à la table de Peter Bloomberg.

- Peter Bloomberg. Avocat associé chez Shearling et Sterman.

- Enchantée. Lynn Miller, serveuse au Sbarro de la 34e.  

Par Ann F Border - Publié dans : Speed Dating in NYC - Communauté : New York City Art
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Dimanche 28 février 2010 7 28 /02 /Fév /2010 16:04

Speed dating inNYC
Tintement de cloche. La fille vient s’asseoir à la table de Gil Flack. Il se présente. Elle ne juge pas utile de le faire en retour. Il n’insiste pas et décide de la prénommer Taylor. Pour lui-même.

- C’est la première fois que je quitte mon appartement depuis cinq ans, lui dit-elle.

- Ouah ! Pourquoi êtes-vous resté enfermée si longtemps ?

- Vous ne comprenez pas ?

- Non, je regrette.

La fille sort un livre de son sac. Seul dans le noir de Paul Auster. Elle tourne rapidement les pages jusqu’à tomber sur une feuille écornée.

- Vous et moi, ça ne marchera pas, plaisante Gil. Vous abîmez les livres, ça ne se fait pas.

-Les livres ne servent qu’à retenir les pensées. Ils n’ont pas plus de valeur pour moi qu’un sac de shopping. Ce qui compte c’est qu’on y trouve ce qu’on cherche. Ah voilà ! Betty était morte d’un cœur brisé. (Gil ricane) Il y a des gens qui rient en entendant cette expression, mais c’est seulement parce qu’ils ignorent tout de la vie. On meurt d’un cœur brisé. Ça arrive tous les jours. Et ça continuera d’arriver jusqu’à la fin des temps.

- Mais vous n’êtes pas morte.

- Vous n’avez aucun moyen  de le savoir.

- Vous êtes là, en face de moi, à me sortir  vos théories d’adolescente suicidaire. Vous n’êtes pas morte.

- Vous ne comprenez pas…

- Je comprends que vous avez vécu une sale histoire qui vous a laissé sur le carreau. Et que peut-être vous avez voulu en mourir. Que peut-être vous êtes surprise d’y avoir survécu. Mais c’est comme ça, on survit à tout.

- Je ne le voulais pas. Je ne voulais pas survivre. Vivre au-dessus du pire que j’ai vécu, vous comprenez ?

- Je crois que oui… Mais, qu’êtes-vous venu faire ici ?

- Je voulais m’assurer de quelque chose avant de poursuivre.

- Vous assurer de quoi ?

La fille ne répond pas. Gil demande encore :

- Que poursuivez-vous ?

- Ce qui ne s’arrête jamais. Les rêves, les désirs…Je ne sais pas. Le désespoir.

- Personne ne court après le désespoir !

- Et bien, moi je le fais. Il contient tout ce qui m’a appartenu. Tout ce que j’ai aimé. Ce qui a brisé mon cœur.

- Vous me faites peur.

La fille sourit. Il remarque une fine cicatrice sur sa lèvre supérieure qui empêche son sourire d’être gai, en le rendant légèrement dédaigneux. 

Tintement de cloche. La fille se lève et laisse le livre sur la table. Il le lui tend. D’un  geste, elle le refuse.

- Quel est votre prénom ? demande-t-il  précipitamment.

- Je crois vous l’avoir dit.

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Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /Fév /2010 15:38

Love 2Tintement de cloche. Une fille quitte la table. Une autre s’approche pour prendre sa place. Plus jeune. Celle qui part lui murmure quel con ! à l’oreille. 

L’homme ne lève pas les yeux. Il fait tournoyer une olive dans son verre de vodka.

- Andrea March, dit la fille en s’asseyant.

- Edward J. Doyle… Vous, vous avez pris le métro. Quelle ligne ?

- La 2.

- J’en étais sûr. Vous sentez la 2.

- Pardon ?

- Votre odeur, je ne l’aime pas.

La fille se lève brusquement.

- Rasseyez-vous ! Vous me devez encore trois minutes. J’ai payé 50 dollars pour ça.

Elle se rassoit mais reste en retrait.
- Vous êtes sûrement une jolie fille…

- Vous pourriez vous en  faire une idée si vous me regardiez.

- Ca ne servirait à rien. Ce n’est pas ce que je cherche.

- Vous êtes odieux parce que je vis dans le Bronx ?

- Vous ne vivez pas dans le Bronx. Vous avez juste pris la ligne 2.

- Vous êtes un vrai malade !

Un silence.
- A part ça, que pourriez-vous dire de moi ?

- Vous seriez plutôt pas mal si vous ne gâchiez pas tout avec vos bizarreries. Vous avez de belles mains et un visage doux. Sans lui, je serai déjà partie.

- Vous avez failli le faire.

- Quelque chose m’a retenu… Et vous, que pourriez-vous dire de moi ? A part que j’empeste le métro !

-Vous portez un parfum français. Un rien éventé parce que vous conservez précieusement le flacon depuis longtemps. Vous le retournez comme ça et vous vous parfumez en passant le bouchon derrière vos oreilles.

- La fragrance vous plait ?

- Je ne l’aime pas. Elle m’empêche de vous voir.

- Vos yeux suffiraient à le faire ! 

- Ils ne le peuvent pas, dit Edward.

Le tintement de cloche couvre sa réponse et la fille ne l’entend pas.  Elle quitte la table avec empressement. Une autre s’approche pour prendre sa place. Elle lui murmure quel con ! à l’oreille.

Par Ann F Border - Publié dans : Speed Dating in NYC - Communauté : New York City Art
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Samedi 9 janvier 2010 6 09 /01 /Jan /2010 18:27

Love
Tintement de cloche. La fille se présente à la table.

- Lottie McPherson, New York.

L’homme l’invite à s’assoir. Il trouve étrange qu’elle ait précisé la ville. Elle porte une robe à gros motifs, un collier de perles et un chien minuscule remue sous son bras gauche.

-  Quelle partie de New York ?

- Brooklyn.

- Et le chien ?

- Quoi le chien ?

- Quelle partie de New York ?

- Brooklyn.

L’homme regarde le chien.

- Il fait plutôt Upper East Side.

- Possible, je l’ai trouvé dans le parc.

- Trouvé ?

- Il était perdu.

- Comment le savez-vous ? Il vous l’a dit ?

La fille hausse les épaules.

- Alors quoi, il vous l’a dit ?

-  Il pleurait.

L’homme hausse les épaules.

- Les chiens ne pleurent pas.

Un long silence.

- Il était fringué comme Paris Hilton.

- Une bonne raison de chialer.

- Oui.

Nouveau tintement. La fille se lève, va s’assoir à une autre table et se présente à l’homme assis là.

- Lottie McPherson, Brooklyn/New York.

- Et le chien ?

- Quoi le chien ?

- Quelle partie de New York ?

- Upper East Side.

L’homme regarde le chien.

- Il fait plutôt Greenwich.

 

 

Par Ann F Border - Publié dans : Speed Dating in NYC - Communauté : New York City Art
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