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Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Speed Dating in New York City - Betty

Ann F Border

Speed dating inNYC
Tintement de cloche. La fille vient s’asseoir à la table de Gil Flack. Il se présente. Elle ne juge pas utile de le faire en retour. Il n’insiste pas et décide de la prénommer Taylor. Pour lui-même.

- C’est la première fois que je quitte mon appartement depuis cinq ans, lui dit-elle.

- Ouah ! Pourquoi êtes-vous resté enfermée si longtemps ?

- Vous ne comprenez pas ?

- Non, je regrette.

La fille sort un livre de son sac. Seul dans le noir de Paul Auster. Elle tourne rapidement les pages jusqu’à tomber sur une feuille écornée.

- Vous et moi, ça ne marchera pas, plaisante Gil. Vous abîmez les livres, ça ne se fait pas.

-Les livres ne servent qu’à retenir les pensées. Ils n’ont pas plus de valeur pour moi qu’un sac de shopping. Ce qui compte c’est qu’on y trouve ce qu’on cherche. Ah voilà ! Betty était morte d’un cœur brisé. (Gil ricane) Il y a des gens qui rient en entendant cette expression, mais c’est seulement parce qu’ils ignorent tout de la vie. On meurt d’un cœur brisé. Ça arrive tous les jours. Et ça continuera d’arriver jusqu’à la fin des temps.

- Mais vous n’êtes pas morte.

- Vous n’avez aucun moyen  de le savoir.

- Vous êtes là, en face de moi, à me sortir  vos théories d’adolescente suicidaire. Vous n’êtes pas morte.

- Vous ne comprenez pas…

- Je comprends que vous avez vécu une sale histoire qui vous a laissé sur le carreau. Et que peut-être vous avez voulu en mourir. Que peut-être vous êtes surprise d’y avoir survécu. Mais c’est comme ça, on survit à tout.

- Je ne le voulais pas. Je ne voulais pas survivre. Vivre au-dessus du pire que j’ai vécu, vous comprenez ?

- Je crois que oui… Mais, qu’êtes-vous venu faire ici ?

- Je voulais m’assurer de quelque chose avant de poursuivre.

- Vous assurer de quoi ?

La fille ne répond pas. Gil demande encore :

- Que poursuivez-vous ?

- Ce qui ne s’arrête jamais. Les rêves, les désirs…Je ne sais pas. Le désespoir.

- Personne ne court après le désespoir !

- Et bien, moi je le fais. Il contient tout ce qui m’a appartenu. Tout ce que j’ai aimé. Ce qui a brisé mon cœur.

- Vous me faites peur.

La fille sourit. Il remarque une fine cicatrice sur sa lèvre supérieure qui empêche son sourire d’être gai, en le rendant légèrement dédaigneux. 

Tintement de cloche. La fille se lève et laisse le livre sur la table. Il le lui tend. D’un  geste, elle le refuse.

- Quel est votre prénom ? demande-t-il  précipitamment.

- Je crois vous l’avoir dit.

Commentaires

Thibaut Estellon 01/03/2010 16:24


Bravo Ann, c'est décidémment une très belle série. Je reprends cette nouvelel chronique sur http://www.frenchcreativeconnection.com/ cette semaine
A bientôt !
Thibaut


Franck Juminer 01/03/2010 15:21


J'adore le rythme est très fluide et jazzy. L'histoire ferai un bon scenario avec ces dialogues rythmés et courts qui nous suggèrent des images on voit pratiquement les deux protagonistes. C'est
beaucoup de travail pour atteindre une telle simplisité pratiquement visuelle. J'aime...