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Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Pollock's day

Ann F Border

Pollock-s-day.jpgInconfortablement assise sur un banc du parc, Mercy-Beth suit deux papillons du regard depuis un moment. Deux papillons blancs, ou peut-être jaunes pâle, difficile à dire, qui volent côte à côte. Leur vol est lent mais animé de figures complexes.  Et bien que tout cela semble anarchique et involontaire, Mercy-Beth pressent qu’il n’en est rien à cause de l’air, des obstacles que les papillons ont à franchir, d’une vie qui leur est propre dont personne ne percera jamais le mystère. Il ne s’agit pas d’un véritable mystère, bien sûr. Simplement une chose dont on ignore tout, n’étant pas nous même papillon.

Peu à peu, ils ont empli son espace mental.  Le vaste univers s’est concentré dans ces ailes blanches, presque aveuglantes quand elles accrochent le soleil. Mercy-Beth trouve cette idée finalement stupide. Elle n’y connait rien en univers. Ignorante même de la part microscopique qu’elle y occupe. Elle n’y connait rien en papillon. Peut-être qu’ils possèdent plus d’ailes que ce qu’elle croit. Elle ne connait rien à rien. Quelques noms d’arbres, de plantes et d’insectes, les plus communs. Mais les marches de l’histoire, les pensées humaines qui circulent tout autour, les décisions bonnes ou mauvaises qui percutent les êtres, les philosophies, les souffrances individuelles, de masse, les nécessités de rentabilité, la vérité, les réactions chimiques et organiques, la barbarie, les exploits solitaires, l’art, les mots réunis en phrases capitales, les gestes définitifs… 

Quelques noms d’arbres, de plantes et c’est tout.

Mercy-Beth se détourne du manège aérien, entoure sa tête de ses mains pour ne pas être noyée par les pensées qui la submergent.

Revenant à des choses plus terre à terre, elle jette des regards alentour et aperçoit un homme qui lui sourit. Il est assis sur le banc d’en face. En fin de compte, il ne lui sourit pas. Un rictus est figé sur son visage. Il ne l’observe pas non plus. Sa tête est immobile et il regarde loin derrière elle.

Les deux papillons passent près de l’homme qui les chasse de la main. L’un des deux est atteint et tombe sur le sol. L’autre papillon se pose sur son abdomen et se laisse porter par les sursauts de douleur. L’homme se lève et s’apprête à les écraser du pied quand une explosion qu’il situe près de Battery Park arrête son geste.

Les papillons s’envolent. Mercy Beth submergée par des pensées contradictoires entoure sa tête de ses mains.

 


Toile : Number 31, Jackson Pollock, 1950.  New York, MOMA

Commentaires

F.JUMINER 10/01/2010 19:33


Peindre avec l'aissance et la fragilité d'un papillon, en maitrisant les obstacles que constituent l'espace et le temps, est le veoux de tout peintre et votre recit le dit avec une telle poésie
qu'on ne se lasse pas de le relire...
FJ


Jenny 04/01/2010 20:32


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