CHRONIQUES NEW YORKAISES
- Je te dis qu’il est mort.
- Il dort !
- Mais il ne bouge pas.
- Normal, puisqu’il dort.
- Touche-le.
- T’es malade ?
- C’est déjà arrivé ce genre de choses…
- On est à New York ! Evidemment que c’est arrivé.
- Alors pourquoi pas aujourd’hui ?
- Parce que c’est nous qui sommes là. Et que ce genre de choses n’arrive pas quand on est là.
- Pourquoi ?
- Parce qu’on est des types ordinaires.
- Ça ne veut rien dire.
- Ça veut dire que les types ordinaires ne voient jamais de choses extraordinaires.
- Un macchabée dans le métro, c’est ordinaire. Tu l’as dis toi-même : on est à New York.
- Je voulais dire que ce genre d’évènements arrive plus fréquemment ici qu’ailleurs.
- La fréquence, c’est ce qui rend les évènements ordinaires…
- Tu fais chier !
- Il est mort, je te dis.
- Ok. Mettons qu’il le soit, on fait quoi ?
- On ne fait rien.
- Pourquoi ?
- Parce qu’on n’appelle pas les secours dans le métro, c’est intellectuellement impossible.
- Intellectuellement impossible ? Tu divagues !
- Il s’est fait piéger dans la circulation, c’est tout. Dommage pour lui. Mais, on ne peut pas arrêter le mouvement perpétuel sous prétexte de faire le ménage. C’est intellectuellement impossible.
- Tu veux dire rentablement impossible ?
- Ouais, c’est pareil.
- Hé ! Il a bougé ! Son bras n’était pas là tout à l’heure.
- Il aura glissé… Lève-toi, on est arrivé.
Ils descendent de la rame.
- Bouh ! fait le mort en les regardant s'éloigner.
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