Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Le Conte de Mercy Stappleton et de son immortel chat, Maître de Ballet

Ann F Border

New York centuryIl était une fois l’histoire vraie, si l’on y croit, de Mercy Stappleton et de son chat, Maître de Ballet.

Mercy était danseuse et elle ne possédait rien, hormis le rêve d’enflammer les scènes du Theater District de Manhattan. Elle traversa l’Atlantique au début d’un siècle qui s’annonçait ni mieux ni pire que les siècles passés ou ceux à venir.

La chance voulut que durant le voyage, elle côtoya un maître de ballet. Les passions rassemblent les êtres. Le vieillard malingre aux immenses yeux bleus faisait danser ses longues mains osseuses dans l’espace en fredonnant des airs classiques. La maladie le rongeait, mais son rêve à lui était de croire que la mort ne le pourchasserait pas sur l’océan. On la dit froussarde, disait-il. C’était oublier les moissons de marins qu’elle engrangeait depuis toujours. Mais pour le coup, il ne se trompait pas, car ce n’est pas elle qui se chargea de l’occire.

Lorsque la coque de l’imposant navire atteignit la rivière Hudson, le déchirant son de l’eau douce éventrée par le métal lui brisa le cœur. Et la Nature récolta son dernier souffle.

(Depuis la nuit des temps, La Nature menait seule et sans barbarie les êtres et les végétaux vers la poussière. Puis les hommes firent la terrible erreur de créer la Faucheuse et de l’armer d’une lame. A la suite de quoi, les façons de mourir devinrent plus nombreuses que les raisons de vivre.)

Ceux qui étaient là effectuèrent des pas de danse pour le maitre de ballet. Et l’on entendit le froissement des étoffes de mauvaise qualité se frôler jusqu’à ce que le navire atteigne les quais d’Ellis. Le corps du vieillard fut renvoyé en Europe aux frais de la compagnie transatlantique dans un cercueil en pin du Canada.

Quelques mois plus tard, Mercy Stappleton découvrit un chaton dans l’arrière-cour du Mecca Temple où elle se produisait. L’animal courut à sa rencontre et plongea ses immenses yeux bleus dans les siens en se frottant gracieusement contre ses jambes. Elle décida de l’adopter et le nomma Maître de Ballet, car, vaguement, il lui rappelait le vieillard rencontré lors de la traversée.

C’était bien lui, réincarné en félin (pourquoi pas ?) par une Mort offensée que la Nature lui ait ravi un quidam. Celui-là même qui l’avait traité de froussarde. Et lorsque la Mort est irascible, elle agit au contraire de ce qu’elle fait toujours. Et de son point de vue, il n’existe rien de pire que de donner la vie.

 

Commentaires

Emmanuelle 22/02/2010 21:27


A quand la publication de vos contes?? En tout cas BRAVO!


Ann 22/02/2010 21:22



Thibaut,
Je suis très heureuse que ce conte vous plaise.
A très bientôt.
Ann



Thibaut Estellon 22/02/2010 17:03


Merci Ann de permettre de nous évader à travers ces contes. Je l'ai repris sur mon blog http://www.frenchcreativeconnection.com
A bientôt !