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Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Le boxeur. Partie XIII

Ann F Border

New York-copie-1Dans la pénombre, je ne voyais qu’une partie de son visage. Elle m’apparaissait toutes les six secondes éclairée par la lumière multicolore des lettres d’un néon.  Son œil gauche me fixait. L’autre aussi sans doute. Un seul suffisait à m’émouvoir. Il me serrait le poignet. Quelquefois avec force, puis faiblement. Il parlait une langue étrangère. Mais dans l’état où il était, ça pouvait tout aussi bien  être un langage incohérent.  Je ne pouvais pas distinguer. Il allait mourir.  Les secours ne se déplaçaient pas dans ce quartier. Il en prit son parti et s’installa plus confortablement, le dos calé au mur. Je découvris son visage, maintenant éclairé. Et le reste de son corps. Sa peau était grêlée. Ses lèvres épaisses et pâles. Il portait un bracelet de laine au poignet. Trois couleurs.  Et une croix en métal autour du cou.  

Je m’adossais à mon tour et lui montrais l’empreinte d’un géant sur la chaussée.

J’arrive pas à croire que tu me fasses ce coup-là. T’es bien qu’un connard de portoricain ! Les géants n’existent pas.

A certains moments tout existe.

Des moments comme celui-là ?

Oui.

Parce que je vais crever ?

Oui.

Une pensée rapide attrista son regard, puis il haussa les épaules et émit un son sifflant.

C’est juste une ornière, un géant aurait laissé des empreintes jusqu’au bout de la ruelle. Jusqu’au bout de son périple.

Possible...

Sûr.

Je ne fus pas étonné qu’il utilise un mot tel que périple. Ni qu’il parvienne à croire en l’existence des géants.

Le jour allait se lever. Il s’endormit finalement, la tête sur mon torse. Ses cheveux sentaient le poil de chat, la cigarette et Bois Noir. Je les caressais un moment et je mourais aussi.

 

New York, 1989.

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