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Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Des éphémères

Ann F Border

windowsChère Amie,

Je regarde au travers de la fenêtre les fenêtres. La femme assise sur le lit. Les étages empilés, les femmes et les hommes empilés, les tasses de café dans des placards obscurs. Des cercles sur les tables. Je réponds à votre question, celle du livre. Rien d’ordinaire, rien d’ordinaire, je vous assure. On a beau prendre tout ça à la légère, ça ne marche pas comme ça. Rien d’extraordinaire pour autant. A cause de vous savez quoi qui plane au dessus de nos têtes. Des avions. Comme des avions. Des oiseaux, comme des oiseaux qui plongent sans savoir nager. Enfin, ça c’est autre chose. Ils se nourrissent de poissons, alors…Les premiers d’entre eux ont surement péri d’avoir plongé. Ou les premiers d'entre eux étaient des poissons qui se sont envolés.

Je regarde au travers de la fenêtre les fenêtres. La femme assise sur le lit, différente d’hier. Une main sur la bouche qui retient un cri. C’est possible qu’elle retienne un cri. C’est possible que ce soit autre chose. Elle est presque nue, presque dans l’ombre. Elle dit quelque chose comme : Désolée, désolée ! C’est ce que j’en déduis à cause de son mouvement de tête et de ses mains qui poussent l’air devant elle. Je connais ce geste. Je le fais parfois. Vous aussi. Nous tous, il faut le croire. Pousser l’air. Elle sourit à présent. Mais que penser de ce sourire ? Les tasses empilées, les cercles sur les tables, le rectangle des fenêtres, l’espace autour de nous. Que penser d’un sourire ? Rien d’ordinaire. Rien d’extraordinaire pour autant. Elle sait que je la regarde. Elle plonge sa nudité entièrement dans l’ombre, puis revient dans la lumière. De nouveau dans l’ombre et précipitamment dans la lumière. Enfin elle reste là, piégée par le manque de choix. Se dissimuler ou se dévoiler et rien d'autre. Mes yeux sur elle, ce n’est pas le piège. Rien d’ordinaire, je vous assure. Le vide entre deux façades. Je plonge pour me nourrir des âmes à ma portée. Je succombe avant d’y parvenir. Qu’est-ce que je croyais ? Regarder, qu’est-ce que c’est ?

Je me dis : Je suis un oiseau qui a cessé de voler. Je plonge car j’imagine un pont, ou des ailes, ou une main surhumaine qui stopperait ma chute. Simplement humaine, ça suffirait. Je me dis : La marche, quelle étrange chose. Je plonge pour me nourrir. La femme est assise sur le lit. Elle passe la main sur son front. Elle est nue à cause de la saison. Elle sourit parce qu’elle pense que l’été est définitif. L’été est définitif. Je plonge pour devenir. Des femmes et des hommes empilés. Des cercles sur les tables, des meubles disposés, des éclats de toute sorte, des cieux mouvants, des éphémères. Rien d’extraordinaire si on considère la fin de chaque chose. Rien d’ordinaire pour autant.

Commentaires

editing pdf files 20/10/2014 12:48

La vie doit toujours suivre son cours, reste la seule façon dont les gens passent par beaucoup, et pas d'autre moyen! Les difficultés se produisent à tous, il faut se battre avec eux!

cheap custom writing 14/10/2014 17:14

A New York, la vie continue toujours, comme d'habitude, ils ne regardent pas! Les gens vivent, travaillent, étudient, et tout cela se passe presque imperceptiblement!