Les Demoiselles de NYC

Les demoiselles de New York 

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Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /2009 16:38

FireUn homme se détachait de l’attroupement qui s’était formé à l’angle de la 8e avenue et de la 35e rue, quand les camions de pompiers et les ambulances arrivèrent.  Pas qu’il en fut distant, mais son attitude laissait  penser qu’il était différent des autres passants, qu’il le savait et que par une forme d’honneur misérable, il gardait son rang. Je m’approchais de lui parce qu’il ressemblait à mon père et que mon père était mort depuis peu. Je caressais le chien couché à ses pieds.

Il y avait un gars qui vivait dans cette cave depuis plus de vingt ans, me dit l’homme en tirant sur la laisse pour que je cesse d’importuner l’animal. Il avait découvert l’endroit par hasard en ouvrant une porte dérobée, alors qu’il était entré dans l’immeuble pour s’abriter de la pluie.   Il fallait encore descendre un escalier métallique de trente-cinq marches  avant de pénétrer dans la pièce.  Comme elle ne possédait pas de fenêtre, il en  dessina trois pour rendre les choses supportables. La première donnait sur la 35e. On y apercevait, grossièrement reproduit, les entrées de services de l’hôtel New Yorker. La  deuxième s’ouvrait sur l’Atlantique. Un océan émeraude et rouge à cause de la pointe des phares qui se reflétaient sur l’eau.  La vue de la troisième était obstruée par des volets clos. Le chien du gars dormait toujours sous la fenêtre de la rue. Et quelquefois, il lui arrivait de  regarder au travers. Debout sur ses pattes arrière, il semblait suivre du regard des objets ou des êtres en mouvement.

L’homme se tut quand  une épaisse fumée brune mêlée de gris s’échappa d’un soupirail. Je le perdis de vue  lorsqu’un moment après les pompiers sortirent de l’immeuble. Ceux qui étaient postés devant les camions depuis le début de l’intervention, abandonnèrent leur attitude immobile et héroïque de porteurs de hache et s’activèrent pour le  départ.

J’attendis que plus rien ne subsistât de l’évènement pour pénétrer dans l’immeuble. La porte dérobée, l’escalier métallique, la cave en contrebas éclairée pauvrement par la fente du soupirail, et enfin  les trompe-l’œil. Ils étaient partiellement endommagés par les flammes, mais je reconnus sans mal la fenêtre donnant sur la rue ainsi que celle donnant sur l’océan. Quant à la troisième, ses volets n’étaient pas clos. Elle s’ouvrait largement sur les allées d’un cimetière. L’homme s’était trompé.

Par Ann F Border - Publié dans : Les contes de Manhattan - Communauté : New York City Art
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