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Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Scène de crime ou l'addition

Ann F Border

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J'avais besoin de quelque chose de fort. Ça m'arrivait de plus en plus souvent. Quelques verres d'alcool russe, un morceau bien crasse de Too Short, un mec qui n'y mettrait pas les formes.

Ça m'arrivait de plus en plus souvent. A chaque fois que je croisais mon visage dans le miroir. Il semblait surpris de me voir. De me voir ainsi, je veux dire. Et moi aussi, sans doute, je devais montrer de l'étonnement, car mon reflet avait l'air tellement triste et désolé pour moi. Après, j'avais besoin de quelque chose de la jeunesse.

J'avais besoin de quelque chose de mortel, mais ça n'est pas comme ça que je le ressentais alors. Une erreur de jugement et j'y songeais trop tard.

Juste après que j’aie décliné sèchement l’invitation du type affalé à l’autre bout du comptoir. Il me matait depuis un moment en débitant des obscénités.

C’était un bloc de chair qui ne faisait qu’un avec le tabouret du pub. Je ne pouvais pas l’imaginer dans d’autres postures. Il avait de longs poils sur les avant-bras qu'il caressait langoureusement. Comme si un animal de compagnie s'était lové contre sa carcasse chauffée à 45 degrés. Ça l'aurait presque rendu touchant si la lumière crue descendant du plafond n’exagérait pas son air haineux. Les joues tombantes et les lèvres déformées par l’acide des expressions injurieuses qui étaient la base de son langage.

Le serveur se précipita vers lui avec un double scotch pour calmer le jeu.

" T'en fais pas, Bill, bois ça. Offert par la maison. "

Il a bu d'une traite et a tendu son verre au barman pour qu'il le remplisse à nouveau. C'était le prix à payer pour qu'il me laisse tranquille. Le serveur s'exécuta en me faisant signe de me tirer. J'aurai dû l’écouter. Parce qu’un mec qui s'appelle Bill, on lui doit toujours quelque chose.

 

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