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Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Le boxeur. Partie VII

Mary and Co
Il avait passé la nuit avec une prostituée. Une pure fille du Bronx. 16 ou 17 ans. Bizarrement clean. Elle utilisait des mots orduriers pour se donner confiance et mâchait du chewing gum comme une pute de cinéma. Il ne la baisa pas. D’autres s’en chargeraient. C’était à regretter, mais que pouvait-il faire ?
Dans la chambre, quand elle comprit qu’il ne se passerait rien, elle se planta près de la fenêtre. La lumière orangée d’un néon publicitaire lui faisait une peau de métal précieux. Une statue d’or. Assis sur le rebord du lit, le boxeur se détourna d’elle, jusqu’à ce qu’elle oublie sa présence et que son visage redevienne celui d’une enfant. Ça ne prit pas tellement de temps. Quelques minutes seulement.
La nuit était bien engagée. Et bien que le Portoricain fut un peu effrayant, elle espérait qu’il ne parte pas trop vite. Toutes les demi-heures, il posait un billet de vingt dollars sur la table de chevet. C’était un ange qui lui offrait un répit.
La lumière terne de l’aube entra dans la pièce, et ôta, peu à peu, la matière aurifère du corps de la fille, le boxeur disparut en même temps que l’enchantement.
Plus tard, il se rendit au World Trade Center, comme toujours après une nuit éprouvante. Dans le hall d’une des Twin Towers, il vit une femme trébucher. Elle se releva en souriant et affirma, à ceux qui étaient accourus, que tout allait bien. Elle frotta son poignet droit et remua les doigts comme un pianiste. Ses mains étaient courtes et mal entretenues. Mais elles se déplaçaient dans l’espace avec un raffinement sans égal. Ondulant légèrement, écartant l’air avec délicatesse.
La femme lança de rapides regards autour d’elle pour s’assurer que plus personne ne l’observait et se dirigea vers le nord. Le boxeur la suivit à distance. Il devina sa solitude à la façon dont elle marchait. Le corps vers l’intérieur, la tête faiblement penchée sur le côté. Aussi,  quoiqu’elle ait sûrement plus de cinquante ans, son visage était lisse. Habitué au silence, à l’absence de mouvements, aux monologues, aux jouissances sans cris.
Le Portoricain ne l’aborderait pas.
Quand on la retrouva, trois jours plus tard, dans une benne de l’avenue C, de fines entailles parcouraient son visage et sa poitrine était ouverte sur un cœur exsangue.
 
New York, 1989.
 
 
 

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