Jeudi 21 septembre 2006
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16:17
Faut-il que je sois conne pour regarder le New Jersey comme s’il s’agissait d’une terre promise.
Mais aussi, il fut un temps où Manhattan se vautrait sur moi comme une camée, une pute harassée, une marcheuse frénétique… Elle me poussait vers la rivière. Vers les piliers vermoulus où j’entendais encore grincer la coque de trois mâts chargés jusqu’au pont d’exotisme européen et d’émigrants affamés. Je mélangeais tout. Le ciel me rappelait les liquides humains qui s’écoulent, quoi que l’on fasse, vers le sol. Je ne parle pas du sang, j’étais, alors, trop optimiste pour penser à ça.
Egalement, vous disiez dans mes rêves, qu’un jour cela s’arrête, se fige. Une autre saison. Un été blanc, glacial mais bien vivant, avec des rythmes lents, des glissades sur les étangs miroitants, des possibilités d’y voir malgré les yeux clos, des rires qui ricochent contre les structures métalliques.
Par votre faute, chaque jour, je marchais sur les rives de l’Hudson, vers le Financial Center, pour rapporter ce songe à mes deux sœurs. Quelquefois, la lumière solaire les dissimulait à ma vue. Mais quand même, les yeux plissés pour distinguer leurs contours, je leur racontais les ombres dissoutes, l’haleine chaude soufflée dans les mains, les sept miroirs de Central Park, les couleurs fortes sous la peau, la poussière emprisonnée dans le gel, dormant comme des quartz dans l’eau sale des souterrains, les journées de 24 heures, l’absolue tranquillité… Fallait-il que je sois conne pour y croire.
Ce que vous dites