CHRONIQUES NEW YORKAISES
L’heure se rapproche
timidement de la nuit. Une nuit qu’il faut deviner. Définir par son agitation. Une agitation qu’il faut définir comme étant celle de la nuit. Rien de comparable. Les rampes lumineuses rapetissent
les corps. Les faisceaux transpercent les organes tendres et plus rien ne subsiste d’éventuels épanchements. On frappe, on crie, on fuit, on tue. On se lève sans souvenirs. On ne se relève pas. On abandonne sa mémoire sur les bancs lisses des cathédrales encastrées. On se demande ce qui est arrivé. On interroge les passants :
Qu’est-il arrivé ? Ils haussent les sourcils. Mais pas souvent. On s’encastre les uns aux autres, inutilement proches, absurdement pressés que le jour se lève. Epaule contre épaule, on
remplit les rues, on noircit les rues, on polit les trottoirs, on défonce les trottoirs, on se déforme dans les vitrines mal nettoyées, on se croise dans les miroirs sans se reconnaître, on
transporte avec nous des fragments de peinture. On cherche à se connaître, on se cherche dans les gravats de nos effondrements, sur les draps tordus
autant que froissés, sur les rides de l’eau, sur les rides de peaux. On cherche à s’effondrer sans y parvenir. On s’effondre plus tard alors qu’on nous soutient. On a d’étranges pensées,
on cesse de penser, on cherche à s’oublier, on se crève les yeux, on ne s’égare pas. La fin de la
journée, c’est la fin de la vie.
Ce que vous dites