CHRONIQUES NEW YORKAISES
Des hommes
seuls se précipitaient vers le soir dès le jour levé. Enveloppés d’effluves d’alcool, de fleuve, de rouille, d’encre séchée. Ils couraient vers le centre. Prenaient des ascenseurs dans lesquels
ils s’imaginaient courir encore. Et jusqu’au soir ils se cognaient aux vitres parfaitement nettoyées par une race qui ne craint pas le vertige. Il arrivait qu’ils soient envahis par une
nostalgie imprécise. Mais aucun d’entre eux ne savait ce qu’il avait perdu.
Plus bas dans la ville, épargné des étages, un homme nourrissait les pigeons et les oiseaux maritimes. Il regardait les bâtiments se déformer sur l’onde. Les hommes se déformer dans les étages mouvants, aspergés d’écume et de gouttes impropres à la consommation. Il regardait le monde se déformer sous ses yeux. Les mouettes se montraient parfois agressives quand, perdu dans ses pensées, il oubliait de les contenter. Plus tard, il traverserait le pont de Brooklyn en se rappelant quelques histoires s’y rattachant. Autour de lui des hommes informes se précipiteraient vers la nuit.
Ce que vous dites