Les Demoiselles de NYC

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Paperblog
Dimanche 19 juillet 2009 7 19 /07 /2009 21:27

Helen Merritt travaille de nuit au Duane Reade de la 34e. Tous les jours de l’année, sauf le 4 juillet.

Aujourd’hui, elle fête ses quarante cinq ans devant les armoires frigorifiques et se paie une bouteille d’eau minérale française à quatre dollars. Elle la cogne contre le gobelet de café de Mark Marksman, le vigile, pour marquer l’évènement. Puis elle avale un comprimé d’Advil et retourne derrière sa caisse.

Deux sans-abri dorment dans le sas d’entrée. Un homme et une femme. Ils occupent la place d’un seul. C’est la condition. Ils se sont recroquevillés dans une position étudiée afin qu’une seule tête dépasse du sac de couchage gris. C’est celle de l’homme. Il est jeune. Du moins un vernis de jeunesse s’accroche à son visage. Sur les joues, le front, les lèvres, il s’estompe déjà. Et on aperçoit le vieillard que l’homme ne deviendra surement pas. C’est pour ça, pense Helen, qu’il se laisse entrevoir. 

Durant la nuit, elle rend la monnaie machinalement en souriant trop tard parfois et refuse des grosses coupures à trois reprises. La routine. Mark Marksman dort contre le chambranle de la porte, mais ses lèvres remuent quand un client entre ou sort. Et il émet un son inintelligible mais emprunt de politesse auquel on répond par un bonjour ou un merci.

Vers trois heures, Henry Auster le pharmacien remonte du sous-sol pour sa pause cigarette. Il ne se passe rien en bas. Helen constate qu’une fois de plus le vieux con préfère se les geler plutôt que de dissimuler quelques minutes son uniforme d’apothicaire sous un vêtement chaud. Il relève simplement le col de sa blouse blanche pour se protéger du froid et fume dans le sas en tenant la porte entrouverte. Réveillés par l’air glacial, l’homme et la femme se lèvent précipitamment. Auster les regarde en souriant se débattre avec leur sac duveté. Le zip est rouillé et ils s’en extraient avec difficulté. Une fois dans la rue, les yeux embués, ils refont leur paquetage. Le pharmacien balance son mégot dans leur direction. En passant devant Mark Marksman, il lui fait remarquer que la femme était enceinte jusque là.

A six heures, Helen se change dans le vestiaire. Elle se lave les mains en regardant attentivement son visage dans la glace au-dessus du lavabo. Elle y cherche les traces de fatigue et les marques de désillusion. Les joues creusées, les lèvres pâles.  Les yeux plantés dans leurs doubles traquent les expressions nouvelles. Il y en a toujours une à cause des choses qui se sont passées dans la nuit. A chaque fois une part d’elle-même disparait alors même qu’elle pense le contraire. Alors que sa compassion grandit.

En sortant, elle croise l’homme et la femme qui dormaient dans le sas. Ils font les cent pas près du Cafe 34 pour ne pas geler.

Par Ann F Border - Publié dans : People and locations - Communauté : New York City Art
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