Les Demoiselles de NYC

Les demoiselles de New York 

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Samedi 18 juillet 2009 6 18 /07 /2009 19:25

Le boxeur pense au jour d’avant avec difficulté.  Il s’en souvient à peine. Comme si le temps calculait les heures avec des mesures de distance aléatoires. Le soleil avait chauffé sa nuque alors qu’il marchait vers le centre. Est-ce que c’est possible ? Ou est-ce le souvenir d’un autre jour ? Il avait croisé une femme qui partait pour le Maine. Elle lui avait parlé devant la gare centrale et la fumée de leur gobelet de café s’était mêlée un instant.  Elle prononça Maine d’une voix pleine de bonheur. Les autres mots avec tristesse. Son timbre était teinté de gris.  Je ne sais pas si c’est une bonne idée, lui dit-elle. A cause de la saison. Et je n’ai jamais quitté New York. Mais je dois le faire à présent. Il lui sourit comme pour lui signifier qu’il lisait dans ses pensées. Elle lui sourit en retour et lui attrapa le bras. Pensez-vous que j’aie raison ? Non, lui répondit-il en se dégageant lentement. New York n’a pas d’équivalent. Elle but bruyamment sa dernière gorgée de café et s’en excusa. Il songea qu’elle avait l’âge pour la Floride. Pourquoi partir ? lui demanda-t-il. Je n’ai pas de réponse.

Mais elle n’était plus sûre de devoir le faire maintenant qu’il était près d’elle. Il s’était parfaitement calé dans son univers. Et tout devenait différent. Il y a des trains chaque jour, plusieurs fois par jour pour le Maine, dit-elle timidement.  

Elle lui serra de nouveau le bras. Comme la première fois, le geste n’avait pas de sens. Ils se tenaient là, liés par une attitude disharmonieuse et le boxeur en éprouva une grande gêne. Il observa la main qui l’enserrait. Les veines apparentes sur la peau fine ne laissaient rien paraitre du courant sanguin qui les traversait. Comme toujours. Il aurait aimé entendre un bruit de rivière à peine perceptible, voir le flux se presser vers le cœur en ondulant sous la chair. Tout aurait un autre sens, pensa-t-il, si les mécanismes étaient apparents. On se protègerait mieux. Mais ce qui nous appartient nous est inaccessible et inconnu. Il énonça cette dernière pensée à voix haute et la femme retira sa main avec une fausse lenteur.

Je suis née dans le Maine, dit-elle. Ce voyage est un retour aux sources. Puis elle jeta son gobelet dans le caniveau, lui fit un mouvement d’adieu malhabile et entra dans la gare.

Quand on la retrouva, trois jours plus tard, gisant dans une benne de la 42e est, ses mains étaient tailladées et elle portait l’énigmatique inscription il n’y a pas de sources sur le front.

New York, 1989

Par Ann F Border - Publié dans : Le boxeur - Communauté : New York City Art
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