Les Demoiselles de NYC

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Paperblog
Jeudi 19 mars 2009 4 19 /03 /2009 17:29

 
Ses yeux ne se résolvent pas à se tourner vers moi, malgré mes simagrées et mes gestes explicites.  Je suis là. À l’angle de... parce qu’il y a forcément quelque chose qui s’y passe. Un homme qui meurt ou autre chose. Avec les morts, on ne peut pas se tromper. L’air  me donne la nausée. Je tremble à cause de la migraine. Elle s’en fout. Elle fabrique un ange sur la neige crasseuse. Un ange crasseux avec une aile plus enfoncée dans la terre que l’autre. Après, elle va gueuler dans les quartiers pauvres. Donnez-moi du temps, donnez-moi du temps, tout votre foutu temps gaspillé !  J’ai des erreurs à rattraper. Puis, elle dépasse l’Upper East Side en silence. Pas dangereuse pour un cent. Ça me va. Entourée de liquides humains circulant. Je ne vois pas.  Je n’entends pas. J’ai cessé de parler. Elle se débarrasse de quelques papiers gras à mes pieds. Et plus de vent, rien. Son visage qui se dévoile parfois. À peine. À peine si je distingue un détail. Aucun titre de propriété.

Elle pose sa main, enfin je crois, parce que je sens un contact et que j’espère que ça arrive vraiment. Elle pose sa main sur ma nuque et toutes les saisons continentales me traversent. Je tremble à cause du désir.  Elle se détourne de moi. Si souvent que je n’en souffre plus. Un jour, mais j’ai rêvé sans doute, elle m’a regardé. Une minute presque entière et je n’ai su que détourner les yeux.

Il y a eu plusieurs nuits interminables. Sans électricité, sans rien. C’est quelque chose qu’elle raconte. Plus aucune crainte. Des peaux à la couleur unique et des accents gommés par les chuchotements. Elle aime s’en souvenir. Des balles argentées perçaient la nuit et atteignaient la rivière, intactes. Elles sifflaient en plongeant. Ça n’a pas duré longtemps. Les obstacles sont revenus se mettre sur leur route.

Elle me regarde quand je lui tourne le dos. Elle me détaille.  Mais rien en moi ne me ressemble. Je marche avec le pas d’une autre,  je parle avec la voix d’une autre. Tout ce que je suis est hors de moi. Elle aime ça, je  suppose.

Quelquefois, elle me montre un morceau de ciel où l’orangé l’emporte sur la couleur habituelle. J’ignore ce que ça signifie. Rien, sans doute.

Par Ann F Border - Publié dans : Lunch poem - Communauté : New York City Art
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