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Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Esplanade

Ann F Border

The-public-library.jpg- Je ne suis pas heureux, pense l’homme à haute voix

- Depuis quand ? lui demande la femme assise sur la chaise d’à côté.

- Depuis le jour où la statue de la liberté a rouvert au public. Août 2004. Un feu d’artifice magistral et je n’en ai rien su. Je me suis réfugié dans la rue quand j’ai entendu les explosions.

- Je me souviens, dit la femme.

- Vous y étiez ?

- Non.

- Mais vous saviez…

- Oui.

- Plus tôt dans la journée, je m’étais assis exactement où je suis assis. Et une femme qui sortait de la librairie dans face s’est assise exactement où vous êtes assise. Elle m’a parlé du temps, comme ça se fait. Des tornades de Floride. Je n’ai rien su lui répondre. A part que je craignais un orage pour les heures à venir. Elle a haussé les épaules. Peut-être que nous serons épargnés. C’est ce qu’elle m’a répliqué. Elle n’était pas new yorkaise. Une réflexion que je me suis fait.

- D’où était-elle, vous lui avez demandé ?

- Non. Je voulais qu’elle parte, mais elle n’en avait pas envie, ça se voyait. Elle avait étendu les jambes et feuilletait le livre de photos qu’elle venait d’acheter.

- Quel genre de livre ?

- Un bouquin sur Central Park. Vous savez, avec des ocres trop ocre, des verts trop vert, des blancs trop blanc… Le Bow Bridge, le Mall, Sheap Meadow, le Conservatory Water photographiés en toute saison.

- Et l’Essex House, le Dakota building pris sous toutes les coutures…

- Et les écureuils…

- La Bethesda Terrace, la Delacorte Clock…

- Strawberry Fields.

- C’est le livre qui vous a fait dire qu’elle n’était pas new yorkaise ?

- Non. C’était sa façon de tenir son gobelet de café. Et un sac à main trop luxueux qu’elle laissait trainer à ses pieds.

- C’est elle qui vous a ouvert les yeux ?

- A quel propos ?

- Je ne suis pas heureux, vous vous rappelez ?

- Ah !...oui. Non, ce n’est pas elle. C’est une pensée qui m’a traversé l’esprit au moment où elle se tenait à mes côtés.

- Quel genre de pensée ?

- Pas une pensée, en réalité. Plus dur que ça. Plus aiguisé.

- Comme un coup de poignard ?

- Comme une lame, oui.

- Et ça vous fait souffrir ?

- Non, c’est seulement que depuis, je ne suis pas heureux.

- C’est à cause du livre. Des verts trop verts, des ocres trop ocre... Des saisons trop vives.

- Des saisons trop vives… Vous avez raison, j’ai pensé à ça sur le moment.

- Mais ce n’est pas ce qui vous a frappé ?

- Non. Plutôt un prolongement de cette pensée… Quelque chose à voir avec le temps.

- Des saisons trop brèves !

- Des saisons trop brèves.

Commentaires

Gondolfo 29/11/2008 02:56

comme un coup e poignard...