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Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Le jour à volonté

Mary and Co

Le soleil balance ses rayons dans la rivière et ils éclatent comme du verre securit sur la surface. Les garde-côtes les dispersent avec leur Zodiac. Ou les ferries avec leurs énormes coques. Une ligne écumeuse sépare un moment les éclats puis ils se rejoignent formant une traînée étincelante, une marée aurifère ballottée par le rythme du trafic. Le trésor de la cité des idiots. La vieille secoue la tête. La nuit le fera disparaître. Il tombera dans un ciel sous pression. Un ciel si profond qu’il n’est pas utile de posséder d’yeux pour y circuler. Et l’envers de la ville envahira l’onde et un terrain vague en place de New York. Il faudra bientôt marcher la tête en bas. Les cheveux ondulant comme des algues brunes.  Protéger le contenu de ses poches. Pour le moment, la vieille ne s’inquiète pas plus que ça. Elle regarde le trésor dériver. Il effectue des demi-cercles, parfois aspiré par des courants locaux, puis il remonte, propulsé par des flèches liquides. Ses cristaux en ornent les pointes. La nuit sera pénible. Tout le sang dans la tête et des fourmis aux quatre membres. Pas la faute à l'alcool. La misère n’a pas tous les vices.  Pas la faute à la faim. Pas la faute aux marches forcées. La nuit est toujours une mauvaise chose. Il faut nager à l’aveuglette jusqu’à ce que la ville se remette à l’endroit. Personne ne marche sur l’eau. Mais certains racontent qu’ils y parviennent guidés jusqu’au matin par un sentier flottant bordé d’insectes ou de fleurs fluorescents.  Mais ils suffoquent comme les autres quand on les retrouve transis de peur, violets, blanchâtres, presque morts, recroquevillés dans l’entrée d’un drugstore illuminé et bruyant. C’est autre chose, se défendent-ils, pas ce qu’on croit. Personne ne marche sur l’eau. Pas plus dans les livres sacrés que dans les contes pour enfants. Ça veut sûrement dire quelque chose, mais quoi ? Pour l’instant, le jour est bien ancré. La ville bien ancrée. La vieille s’en assure tout de même. Le soleil est là pour un moment. Peut-être même qu’il ne partira plus. Il étale son trésor avec vanité sur la nappe aqueuse empêchant la cité de plonger. Empêchant les reflets. Le jour pour de bon. Malgré cette pensée, elle serre les poings au fond de ses poches pour retenir ce qui pourrait en tomber. Un réflexe. Un rituel peut-être bien. La différence c’est que le jour pour de bon n’y changerait rien. Elle secoue la tête. Les heures claires, les heures sombres, ça n’est que du vent. Le trésor à portée, le jour à volonté, il ne lui est même jamais venu à l’idée de s’en emparer.  À personne. Le jour à volonté, du vent. Un vent du tonnerre de Dieu. 

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