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Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Boys of New York (a dance)

Ann F Border

A-street.jpgOn dévalait la rue et bientôt la déclinaison de la pente s’empara de nos corps. L’unique façon de ralentir notre course était de s’agripper aux épaules de celui qui nous devançait. George Bailey était en tête comme toujours. Ses bras moulinaient l’air. Il riait en criant et le son de sa voix nous pénétrait, nous entraînait aussi sûrement que la course. J’ai cru à certains moments que ses pieds ne touchaient pas le sol. Cette putain de rue n’a pas de fin, gueulait-il entre deux quintes hystériques.

Enfin le soleil fit ce que nous attendions tous, il se cala en plein milieu de la rue. On ressemblait maintenant à des danseurs fous. Les yeux fermés, on se cognait à des obstacles, corps ou mobilier urbain. On rebondissait, trébuchait, tournoyait. Et le sang de nos écorchures parsemait la chaussée. Des insultes et des plaintes parvenaient jusqu’à nous, puis des pas plus lourds se calèrent sur les nôtres. De plus en plus nombreux.  Des bottes ferrées inutilement véloces car nous avions rejoint la rivière. Verte ou marron. Acide et gelée. Comme les morveux de la piscine municipale, on trépigna sur la rive en poussant des cris tour à tour stridents et rauques puis on plongea quand Bailey donna le signal. Sans états d’âme, en se frappant la tête ou le torse avec nos poings fermés. À notre étonnement, l’eau saumâtre n’était qu’une couche de surface sous laquelle la rue se poursuivait. La lumière solaire centrale nous obligeait encore à plisser les yeux. Je vous l’avais dit, s’époumona Bailey en secouant la grille descendue d’un marchand de primeurs. Je vous l’avais dit ! La rue n’a pas de fin pour les fils de New York.

 

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