CHRONIQUES NEW YORKAISES
On
dévalait la rue et bientôt la déclinaison de la pente s’empara de nos corps. La seule façon de ralentir notre course fut de s’agripper aux épaules de celui qui nous devançait. George Bailey était
en tête comme toujours. Ses bras moulinaient l’air ridiculement. Il riait en criant et ça donnait quelque chose d’étrange. Un son qui nous pénétrait, que l’on reproduisait et qui nous entraînait
aussi sûrement que la course. J’ai cru à certains moments que les pieds de Bailey ne touchaient pas le sol. Cette putain de rue n’a pas de fin,
gueulait-il entre deux quintes hystériques. Le soleil fit ce que nous attendions tous, il se cala entre l’est et l’ouest de la rue. Les yeux fermés, on ressemblait maintenant à des danseurs fous.
On se cognait à des tas d’obstacles. On rebondissait, trébuchait, tournoyait. Et le sang de nos écorchures parsemait la chaussée. Des insultes, des plaintes parvenaient jusqu’à nous, et enfin des
pas plus lourds se calèrent sur les nôtres. De plus en plus nombreux. Des bottes ferrées inutilement véloces car la rivière nous avait rejoint. Verte
ou marron. Acide et gelée. Comme les morveux de la piscine municipale, on trépigna sur la rive en poussant des cris tour à tour stridents et rauques puis on plongea quand Bailey donna le signal.
Sans états d’âme, en se frappant la tête ou le torse avec nos poings fermés. À notre étonnement, l’eau saumâtre n’était qu’une couche de surface sous laquelle la rue se poursuivait. La lumière
solaire en plein milieu nous obligea à plisser les yeux. Je vous l’avais dit, s’époumona Bailey en secouant la grille descendue d’un marchand de
primeurs. Je vous l’avais dit ! La rue n’a pas de fin pour les fils de New York.
Ce que vous dites