Les Demoiselles de NYC

Les demoiselles de New York 

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Paperblog
Mardi 24 juin 2008 2 24 /06 /2008 18:39

Le Sud, je n’y mettrai jamais les pieds. Les piscines sont au pied des chambres de motel et ça sent le chlore jusque dans les rêves. Ca désinfecte tout. Mais un jour, je quitterai New York pour aller dormir dans un motel du Maine. Il y aura une piscine d’eau de mer à la porte de la chambre. Et du sable dans les allées. Des arbustes de la côte Est  dans de gros pots en terre cuite et en bois peint avec de la spéciale-marine. La chambre treize. A ce moment-là, plus rien ne portera malheur. Une clé plate sur un lourd porte-clé. Une petite masse, se terminant comme saturne qui aurait un anneau en caoutchouc. Embusqué dans la pénombre, j’assommerai un homme avec,  pour mettre des pièces dans le distributeur de journaux.  Puis,  le lendemain, je m’assoirai sur le bord de la piscine pour lire, et balancerai mes jambes dans la flotte. Les remous changeraient sa couleur et surtout, une odeur d’iode m’emplirait les bronches. L’homme passera derrière moi au moment où je jetterai par-dessus mon épaule la page des sports et des spectacles. Il les ramassera, sans les  défroisser. C’est pas pour lire, me dira-t-il avec un sourire de gonzesse sur la face. Je ne sais pas pourquoi, mais je me retournerai vers lui. Toute la partie gauche de son visage sera tuméfiée. Un touriste. Je m’en voudrais de ne pas mieux l’avoir fouillé la nuit d’avant. Ils planquent tous leurs coupures au même endroit. Du doigt, je lui montrerai la direction du Sud et il partira avant la fin de la matinée avec sa compagne. Sûrement une nouvelle, parce qu’il la tiendra par la main.  Pas la première. Il balancera ses Samsonite dans le coffre de sa japonaise hydride de location  et demandera à la femme si elle veut conduire, après s’être installé derrière le volant. Un con.

Tous les vieux se précipitent vers le Sud, parce que ça rend immortel à ce que l’on dit. Les bienfaits du soleil, des cocktails sur les terrasses en mosaïque d’Espagne et des résidences barricadées. Immortel, je l’ai été quelquefois. Ça ne m’a pas tellement donné envie d’y consacrer ma retraite.

Dans le Maine, si on meurt, c’est pendant une nuit d’hiver. Après les fêtes de fin d’année. La famille suit le chasse-neige jusqu'à à la maison du défunt, si lentement que ça laisse le temps de raconter des souvenirs. Dans le hall, ça sent la dinde rôtie et le sapin clignote. Il touche le plafond. Une auréole lumineuse, qui change de couleur toutes les deux secondes, entoure son sommet.  Certains montent dans la chambre, d’autres fument en grelottant à la fenêtre de la cuisine, ou soufflent sur des tasses de café. Ceux qui montent ne sont pas des proches. Ils redescendent la mine fermée et quelquefois défaite, mais arbore un air de triomphe qui convainc les autres de rester là où ils sont. Dans les pièces à vivre.

Un jour je mourrai dans le Maine. Tellement vieux qu’il n’y aura que  le médecin pour suivre le chasse-neige. Et l’épicier du coin, Cliff ou Barney,  fera une croix sur mes dettes, jusqu’à ce qu’il se souvienne que j’avais une barque dans le port qui suffirait à effacer mon ardoise.  Mal amarrée, elle se balance contre la digue  à chaque arrivée dans le chenal. Un chiffon imprégné de ma sueur traînera près du moteur, Barney le déposera sur l’eau avec cérémonial et le regardera couler en ondulant comme une étoile de mer à quatre branches, rejoignant les abysses.  

Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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