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Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

The black Road

Mary and Co

Chère Amie,

 

La Route vous rongeait et vous avanciez malgré tout par compassion ou parce que tout cela était faux. Vous n’en étiez qu’à moitié convaincue. Les méchants découpaient les gentils, par petits morceaux, au sens littéral.  Des garde-manger remplis d’humains démembrés, effarés, ça ressemble toujours à quelque chose que l’on connaît. On ne peut se défaire de tout. On ne peut plus se défaire de rien. Nous avons trop souvent désactivé nos sens pour nous libérer du monde. Vous avanciez durant les jours chauds sur la Route infernale, reconnaissable par quelques panneaux de métal couchés sur le bas-côté. Vous viviez dans le remord de ce qui est perdu définitivement. Ce que l’on a possédé ou non. Et vous vous demandiez ce qui manquait le plus. L’invisible ou le véritable. Vous saviez que vivre était une plaie pour la plupart. Alors que les cendres n’avaient pas (encore) envahi le ciel des deux hémisphères. Dans des songes fiévreux, vous traîniez dans un caddie des denrées essentielles, pratiquement toutes périmées. Mais les étiquettes des emballages ou des canettes vous ramenez vers le passé. La moitié de la vie sert à la nostalgie. C’est ce que l’histoire vous racontait. Comment faire pour y échapper ? L’enfant que vous tiriez par la main s’éteindrait rapidement. Mais vous comptiez sur les divinités et les magies des quatre coins du monde pour que ça n’arrive pas. Aussi, vous vous isoliez parfois pour effectuer un rituel. Puis, rassérénée, vous repartiez sur la Route après avoir constaté qu’il respirait encore. Une chose que vous apprîtes en marchant. La mort n’existe pas tant qu’il reste des vivants.  Tant qu’il reste des humains. De cela vous doutiez quand, dans un reflet (ils se faisaient rare), vous croisiez votre visage. Tant de choses avaient disparu. Tant d’expressions devenues inutiles. Ne restait qu’un masque de froideur feinte, dissimulant un masque de frayeur. Plus de visage, pensiez-vous. Plus de visage.

L’enfant veillait votre sommeil, bien que vous vous étiez juré de ne plus dormir. Il dégageait de votre front la poussière qui l’avait recouvert. L’arbre contre lequel vous vous étiez assoupie était tombé en cendre durant ce que vous aviez supposé être la nuit. Et les particules de bois (probablement) atomisées entraient dans vos poumons.

Le temps n’est pas passé. La Route est immobile. Sa distance est irréelle. Nous avions l’orgueil de croire que les paysages n’existaient que parce qu’on y plantait le drapeau d’une nation civilisée. Pour contredire cela, vous poursuiviez votre chemin dans les ruines des villes exsangues, en portant quelquefois votre enfant sur les épaules. Et jamais l’idée ne lui vint de vous dévoiler l’horizon.

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