Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Troisième inventaire (incomplet) de Noël

Mary and Co

Au 860 Broadway, un greffier de marque sorti de tôle à l’instant même, se la pète sur les genoux de son avocate, alors que dans les cellules alentours,  les rêves d’évasions des félins dégriffés corrodent le métal. Mais il n’y a pas que des geôles à bestioles à Manhattan. Sur Bryant Park, une fille en anorak est enfermée pour l’hiver dans une boule de neige en plexi. Elle jette des regards assassins aux badauds en maudissant les cinq boroughs new yorkais et le rêve américain. Lorsqu’elle réchauffe ses mains l’une contre l’autre, des paillettes se soulèvent du sol et retombent lentement en étincelant. Un jour glacial, vous m’offrez une écharpe, et  je  sème des brins de laine jusque dans le parc où les moineaux se bâtissent des nids mi-laine, mi-coton. Des mots mystérieux s’écrivent à la lame sur les miroirs gelés de la ville.

Un soir, vous nous entraînez vers le métro, pour nous protéger d’une pluie battante. Mais nous ne pouvons nous soustraire à la ville et remontons rapidement à la surface, où une eau atlantique gifle nos visages durant plus d’une heure. Sur Central Park West, un chien de deux cent grammes, sapé comme un rappeur,  snobe les photographes et finit sa balade hygiénique dans les bras de son larbin qui sort de chez le toiletteur. Le flic de la 66e  rue ignore où il se trouve. C’est une femme. Elle pense que son humanité est morte et se croit invisible. Dans la boutique de  Noël, des figurines dérivent  sur un lit de neige grisâtre qui n’est que de la poussière de septembre. Nous dévorons des pecan bars dans tous les Europa Café de Manhattan, avant qu’ils ne disparaissent, comme a disparu Au bon Pain de l’Empire State. La prison de la ville est un triste bâtiment que je longe tête basse, à cause d’une pluie de larmes qui s’abat juste là. Le Peking rêve de rallier Hambourg et de sa proue transperce les buildings qui ont fait son malheur. Mais il ne blesse que lui et son sang brun se dilue dans l’eau de la rivière. Une fois de plus, Pollock devient mon frère, mon maître et je m’incline devant sa précision. Chaque jour, les prêcheurs haranguent les fantômes sur l’esplanade du WTC, mais la plupart foutent le camp en  haussant les épaules. Mort, c’est mort. Un aigle américain vous vend un cœur de métal, que vous m’offrez sans délai sur le trottoir de la 34e.  Depuis, je ne crains plus que ma vie s’arrête.

 

Commentaires