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Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Hopper

Mary and Co
Chère Amie,
Je sais ce qui se passe et jamais je n’aurai dû monter à bord de ce ferry. Je ne vois plus rien ni n’entends. Les frontières naturelles me semblent systématiquement inhumaines. Mais à terre, tout était devenu trop émouvant, comme ces toiles de Hopper que je ne peux regarder de près à cause de la compréhension que j’en ai. De leur solitude qui est mienne. Est-ce la mouvance qui me fait mal au cœur ? Je n’en suis pas sûre. Je sais que non.
Vos cauchemars n’ont pas de sens vus d’ici. Les pluies de pierres paraissent improbables. Vous êtes new-yorkaise et rien ne peut vous arriver. Avez-vous oublié que nous aimons notre cité comme une déesse ? Je suis bien plus en danger que vous. Éloignée de son catéchisme, je me sens vulnérable et vainement vivante.
C’était stupide de fuir comme je l’ai fait, et cela n’a servi qu’à augmenter ma liste de troubles. En plus, l’eau émet un son humain. Je ne saurai pas mieux le décrire. Une plainte quand le métal de la coque déchire un tourbillon ou un remous, peut-être. Pardonnez-moi, mais le langage maritime ne m’est pas familier. Quoi qu’il en soit, tout cela concourt à ce que mon exil temporaire prenne l’aspect d’une intuition.
Je voudrais ne pas être comme je suis. C’est cette idée que le bonheur existe tant qu’il ne nous traverse pas. Vous ne manquerez pas de voir dans ces mots une approche désespérément chrétienne et cela vous fera rire. Tant mieux, car j’ai d’autres pensées, bien plus lumineuses, que je vous réserve pour mon retour à quai.
 
New York, 1989.

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