Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Lá Fhéile Pádraig. Le Conte de la pierre, du coeur de pierre

Mary and Co

undefinedIl y avait sous les terres d'Irlande, au plus près du noyau terrestre, une pierre rouge. Un cœur de pierre. Et le feu tellurique, augurant de sa malédiction, tenta bien de le réduire en cendres, mais ce fut en vain. Il en appela alors à Dieu pour l'aider dans son ouvrage. Las, celui-ci détourna le regard.  C'est ainsi que pénétra dans l'âme des Irlandais une mélancolie qui ne les quitta plus. Et bien que leur foi ne faillit pas, ils n'en tirèrent pas moins la leçon. Dès lors, ils agirent par eux-mêmes et ne recoururent à la prière que lorsque toute action humaine avait échoué. C'est ainsi que le courage pénétra dans l'âme des Irlandais. 
Mais laissons cela. Au fil du temps, la pierre remonta près de la surface. Son incandescence assécha les rivières souterraines et rongea les sols. Les famines succédèrent aux famines et les envahisseurs furent nombreux à profiter de la faiblesse de tout un peuple. On en vint à penser que le Diable était de retour et l'on dépêcha des hommes aux quatre points cardinaux, afin qu'ils rapportent des nouvelles. Mais ils revinrent ignorants. 
- Le Malin ? leur lançait-on aux portes des fermes, ce sont les anglais qui affament nos enfants !

On en vint à douter des conteurs qui narraient depuis des siècles, avec force de détails, la victoire de Paddy sur le Prince des Ténèbres. On les somma de se taire et ils s’exilèrent loin des villages et des hameaux où ils n’étaient plus les bienvenus. Les Légendes quittèrent l’Irlande et le silence envahit l’âme des irlandais.
Mais laissons cela. Au fil du temps, la pierre remonta à la surface et s’exposa aux yeux de tous. Soumise aux trombes, soumise aux vents, elle s’éteignit enfin. Elle devint grise, se veina d’ocre et se confondit bientôt avec toutes celles qui parsemaient le champ rocailleux. Le Malheur qui s’abattait sur l’île depuis de longues années, se souvint soudain que le monde était vaste et qu’il était bon pour le moral de changer de contrée. Il pria ses Calamités de faire leurs bagages, et partit pour le continent africain.
Mais laissons cela. Au fil du temps, les Légendes revinrent en Irlande et sommèrent les conteurs d’aller frapper aux portes des maisons, comme ils le faisaient jadis, afin de répandre à nouveau l’imagination dans l’âme Irlandaise.  Les conteurs s’exécutèrent.
Il était une fois, disaient-ils à leurs auditoires, en chuchotant près des âtres crépitants, l’histoire de la pierre rouge, du cœur de pierre, le cœur du Diable. Car le Diable possédât un cœur, n’en doutez pas. Et alors même que Dieu hésita à l’en priver, Paddy le lui arracha de la poitrine lors du terrible combat qui les opposa. Mais loin d’ôter la vie au démon, comme il l’espérait, il lui offrit l’immortalité. Une immortalité consacrée au mal, au chaos, à la destruction. Et l’Irlande paya cher le mauvais jugement du Saint, car en lieu de son propre coeur, Dieu y plaça l’organe de l’ange déchu. Souffrant de la brûlure maudite, elle n’eut de cesse que de l’expulser de ses entrailles. Elle y parvint, comme on le sait, et le cœur gît dorénavant dans les sillons de nos champs, sous le lit de nos rivières, sous les fondations de nos maisons. Nous autres, Irlandais, devons craindre, chaque jour, qu’il ne se réveille. Et parce que nous agissons toujours pour le bien, afin de ne pas tenter le Diable, l’erreur de Paddy n’en fut pas une.

Commentaires