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Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Chroniques de Central Park.I

Mary and Co
La vieille allait souvent discuter avec les ours. Au fil du temps, ils lui apparaissaient plus paradants que menaçants, mais c’était parce que son esprit était passé de la colère sourde à une nonchalance dépressive ou une dépression nonchalante, elle ne savait pas.
Elle s’asseyait juste en face, se déchaussait lors des deux saisons chaudes et posait ses pieds dénudés sur la Concourse renversée exprès.
Aujourd’hui, elle avait prévu de leur parler de cette fille qui avait mis le feu à son propre sac à main, le matin même, sur un banc près du Victorian gardens. C’était une chose étrange, très étrange. Mais c’était sans tenir compte de ces foutus gosses friqués et de leurs nannies sud-américaines. Pas moyen de s’entretenir tranquillement. La marmaille grimpait sur la sculpture, et vas-y que je t’y fais grimper aussi mes amis imaginaires ! C’était perturbant ces univers parallèles qui, soudain, prenaient toute la place. Elle les délogeait comme on chasse des moineaux envahissant un pré tout juste ensemencé, en faisant de grands gestes aériens et en sifflant comme un serpent.
Les nurses accouraient et crachaient dans sa direction. Elles serraient dans la paume de leurs mains le crucifix pendu à leur cou. Elles allaient ainsi, le corps en avant dans une attitude maladroite. Puis elles l’insultaient en espagnol peut-être, en attrapant au vol les mômes en larmes et déplumés. C’est ainsi que la vieille les voyait, sans protection, avec une peau si fine. Translucide comme l’eau sous la glace. Dangereusement exposés. Elle détestait les enfants, c’était trop de malheur à venir.
Après, elle s’installa confortablement et expliqua aux ours que la fille du Victorian lui devait à présent une heure de sa vie.
 
À suivre.
 

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