Mercredi 21 décembre 2005
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Ceux de l’Empire montaient un étage par jour de charpentes. Il arrivait qu’on ne voit pas l’avancée de leurs travaux à cause du brouillard givrant, ou du vent qui nous brûlait les yeux. Ouais ! mais quand même, j’étais le meilleur attrapeur de New York. Chaque minute, un rivet finissait sa course dans ma boîte métallique. 8 Heures par jour. Près de 480 pièces d'acier chauffées au rouge.
"Qui se plaindrait de vivre dans un champ de criquets ?" C’était le leitmotiv d’Hermann à chaque fois qu’il mettait en marche le marteau-riveteur. Le soir, il ne pouvait plus bouger les bras et nous demandait de répéter chacune de nos phrases, en poussant un énorme quoi ? qui faisait se retourner tous les assoiffés du pub. Il avait un souffle permanent dans les oreilles, qu’il tentait d’évacuer en secouant la tête comme le font les chats.
Je savais qu’il faudrait redescendre. Pas comme nous le faisions chaque fin de journée. Définitivement. Je n’y pensais pas la plupart du temps, sauf pendant la pause. Je ne me l’imaginais pas trop, mais un jour le Chrysler aurait une porte. Une gigantesque porte en cuivre ou dorée à l’or fin. Un lobby de marbre rose d’Italie ou rouge du Maroc avec des sculptures commandées en Europe, des peintures murales et du bois du Japon ou de Cuba pour la marqueterie…
Une porte qui remettrait les choses à leur place, les êtres à leur niveau. Je n’y pensais pas trop.
Mais j’entendais les coups donnés sur le métal du Vertex. Trente tonnes d’orgueil, dissimulés à ceux de la Bank of Manhattan et qui se dresseraient bientôt comme une flèche menaçant Dieu lui-même et désignant le perdant de cette course vers le néant.
J’y pensais parce que je ne pouvais plus comprendre l’enfer à cause du temps passé ailleurs.
Par Mary and Co
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Publié dans : People and locations
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