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Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Lincoln Towncar

Mary and Co
Elle regardait droit devant elle en serrant les genoux qu’elle recouvrait du plat de ses mains et restait aussi éloignée que possible du dossier de la banquette. C’était un peu stupide comme attitude.  Elle respirait fort et rejetait l’air en relevant légèrement le menton.
La vitre de séparation était ouverte. Il regrettait de n’avoir pas changé de chemise depuis la veille. Elle le remarquerait sûrement. Alors, il n’osait pas engager la conversation. Mais il lui souriait par à coups, jusqu’à ce qu’il se croise dans le rétro, et trouve enfantines ses lèvres légèrement entrouvertes, à peine souriantes finalement.
Il ne l’avait pas trouvée belle tout de suite. Puis il vit ses mains. Elles absorbaient la lumière comme le marbre. Les phalanges dessinées par les yeux de Dürer. Longues et fines comme celles des pianistes. Il s’en voulut de penser comme ça, à cause de son violoniste de père et ses mains de riveteur.
Il secoua la tête pour en expulser l’idée que l’on se plie à l’instrument. Mais tout de même, il y croyait.
Il la déposa à l’angle de Charlton et Varick. Elle attendait qu’il démarre pour traverser. C’est ce qu’il crut d’abord, mais elle ne bougea pas, même après le départ de la Lincoln. 
Il recula et arrivé à sa hauteur, lui demanda si tout allait bien. Elle répondit  par l’affirmative alors que ses yeux détaillaient le tableau de bord sans jamais se poser sur lui.
Il regretta sa marche arrière. Sans ça, ça aurait été sa plus belle histoire.
New York, 1989.

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