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Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Different floors

Ann F Border
Different floors
Different floors

Des hommes seuls se précipitaient vers le soir dès le jour levé. Enveloppés d’effluves d’alcool, de fleuve, de rouille, d’encre séchée. Ils couraient vers le centre. Prenaient des ascenseurs dans lesquels ils s’imaginaient courir encore. Et jusqu’au soir ils se cognaient aux vitres parfaitement nettoyées par une race qui ne craint pas le vertige. Il arrivait qu’ils soient envahis par une nostalgie imprécise. Mais aucun d’entre eux ne savait ce qu’il avait perdu. Plus bas dans la ville, épargné des étages, un homme nourrissait les pigeons et les oiseaux maritimes. Il regardait les bâtiments se déformer...

BlackRat

Ann F Border
BlackRat
BlackRat

Quand Louis Colman ouvrait le coffre de sa Toyota de 97, une odeur de vie de famille s’en dégageait. Odeurs de linge raidi par la lessive bon marché, de nourriture grasse, de javel, de tabac, de couches pour bébés, de cire de bougie, de tube cathodique chaud. Un règlement de compte l’avait privé de son œil droit. Il l’avait remplacé par un œil de verre noir. À la suite de quoi, on le surnomma BlackRat. Ça plaisait à tout le monde de préciser la couleur des gens de couleur. Sa vie se trouva transformée par ce surnom. On ne l’employa plus que pour les basses besognes, aux heures obscures du jour...

Black hour of the day

Ann F Border
Black hour of the day
Black hour of the day

Sur les escaliers de la Chase Manhattan Plaza, un homme avait fait une chute. Et il avait refusé mon aide. Agacé par la douleur, il m’avait adressé un geste dissuasif. Je m’étais assise sur les marches et avais attendu, la tête en l’air, que quelque chose traverse le ciel, mécanique ou naturel. Ni l’un, ni l’autre. L’homme ne se relevait pas. Il me lançait des regards furtifs par-dessus son épaule. Je l’ignorais. Il frottait sa jambe et respirait fort. Je me levais enfin. L’homme se leva à son tour. Un mince filet de sang coulait le long de sa jambe dénudée. Il s’engagea dans Pine Street en boitant...

Helen Meritt's story

Ann F Border
Helen Meritt's story
Helen Meritt's story

Helen Merritt travaille de nuit au Duane Reade de la 34e. Tous les jours de l’année, sauf le 4 juillet. Aujourd’hui, elle fête ses quarante-cinq ans devant les armoires frigorifiques et se paie une bouteille d’eau minérale française à quatre dollars, qu’elle cogne contre le gobelet de café de Mark Marksman, le vigile, pour marquer l’évènement. Puis elle avale un comprimé d’Advil et retourne derrière sa caisse. Deux sans-abri dorment dans le sas d’entrée. Un homme et une femme. Ils sont recroquevillés dans un sac de couchage gris. Le vernis de la jeunesse s’accroche à leurs visages, mais sur leurs...

Le Boxeur. Partie XII

Ann F Border
Le Boxeur. Partie XII
Le Boxeur. Partie XII

Le boxeur pense au jour d’avant avec difficulté. Il s’en souvient à peine. Comme si le temps calculait les heures avec des mesures de distance aléatoires. Le soleil avait chauffé sa nuque alors qu’il marchait vers le centre. Est-ce que c’est possible ? Ou est-ce le souvenir d’un autre jour ? Il avait croisé une femme qui partait pour le Maine. Elle lui avait parlé devant la gare centrale et la fumée de leur gobelet de café s’était mêlée un instant. Elle prononça Maine d’une voix pleine de bonheur. Les autres mots avec tristesse. Son timbre était teinté de gris. Je ne sais pas si c’est une bonne...

The drowned girl

Ann F Border
The drowned girl
The drowned girl

Milly Willett compte jusqu’à six, comme dans la chanson, si elle n’a pas fait d’erreur de traduction. Une chanson en espagnol. Compter jusqu’à six et tourner au coin de la première rue qui se présente. Son nom évoquera des souvenirs. Spring Street. Ca ne lui rappelle rien. Plus de printemps à New York. Un long hiver, un été qui frôle novembre. Elle reprend Varick et compte de nouveau. Vandam, Charlton. Autrefois, elle a connu un Ray Charlton. Un noir avec une barbe poivre et sel. Il tenait un kiosque à journaux au coin de Greenwich et Horatio. Il lui avait donné un surnom qu’elle avait presqu’aussitôt...

Comme le Bleu

Ann F Border
Comme le Bleu
Comme le Bleu

En quittant le Lower East Side, Mo Chester ne s’arrête qu’une seule fois, en atteignant le coin d’Eldridge, juste avant de bifurquer sur Broome. Il reprend son souffle. New York bascule lentement vers le jour et il a marché vite pour que ça s’accélère. Il porte à la main un sac de toile gris et son unique veste, arborant l’écusson de l’université de new York. Le flambeau. Il parle à mi-voix, accompagnant son monologue de quelques gestes discrets. Il regarde le jour étendre ses ombres pâles et courtes sur le trottoir. Que ça en soit fini de la nuit une bonne fois pour toutes. Alors qu’il atteint...