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Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

Apple

Mary and Co
Apple
Apple

Nous avions quitté le Village par Charles street, ou Perry street. Nous ne nous parlions plus depuis que le rêve avait envahi les espaces tangibles. Quel rêve ? Le mien était qu’une main se souvienne de la chimie. Mais guérit-on de ses obsessions ? Ne prennent-elles pas l’apparence de drogues douces qui s’infiltrent (comme la pluie dans les pierres), sous la peau, passivement ? Nous marchions en souriant pour que le bonheur ne soit pas tout à fait absent, mais le sourire était douloureux, à cause de la grimace qu’il devait recouvrir. (On finit par vieillir quand nos corps se mettent, péniblement,...

Groupe de quatre arbres

Mary and Co
Groupe de quatre arbres
Groupe de quatre arbres

C’est à peine si on perçoit une différence de sentiments derrière les branches mécaniques. Il suffit de s’attacher aux ombres pour continuer de vivre comme si de rien n’était. Mais il reste toujours quelque chose du désespoir, comme un rire trop fort, une main crispée. Et celui qui n’aime pas assez soupçonne une faiblesse et s’absente le temps de se défaire de celui qui aime trop. Du moins de l’idée qu’il se fait de l’amour omnipotent. Une heure ou deux suffisent et lorsqu’il revient, Dubuffet a vécu pour rien. Dès lors, les ombres se fondent dans l’obscurité. Ou bien n’existent-elles plus ? Le...

Hopper

Mary and Co
Hopper
Hopper

Chère Amie, Je sais ce qui se passe et jamais je n’aurai dû monter à bord de ce ferry. Je ne vois plus rien ni n’entends. Les frontières naturelles me semblent systématiquement inhumaines. Mais à terre, tout était devenu trop émouvant, comme ces toiles de Hopper que je ne peux regarder de près à cause de la compréhension que j’en ai. De leur solitude qui est mienne. Est-ce la mouvance qui me fait mal au cœur ? Je n’en suis pas sûre. Je sais que non. Vos cauchemars n’ont pas de sens vus d’ici. Les pluies de pierres paraissent improbables. Vous êtes new-yorkaise et rien ne peut vous arriver. Avez-vous...

National and Blues

Mary and Co
National and Blues
National and Blues

C’est le jour où j’amène les gosses à l’école. Je peux seulement imaginer la peau lisse de leurs mains minuscules, à cause des cordes du National qui ont durci le bout de mes doigts. Ils marcheront à mes côtés en faisant de grands pas qui entreront dans les miens et me regarderont de temps en temps en tirant sur leur nuque, jusqu’à se péter les vertèbres, parce que je suis une géante avec une grosse voix masculine et que c’est comme ça que me regardent les gosses ; par en dessous. Et puis je sourirai et mes dents cassées vont les faire se marrer. En fait, pour eux c’est le meilleur moment et aussi...

Chroniques de Central Park. V

Mary and Co
Chroniques de Central Park. V
Chroniques de Central Park. V

- Un bouquin, chuchota la fille. - T’aurais pas pu le foutre en l'air ? murmura la vieille à son tour. - Ça n’aurait pas été pareil… - Si tu le dis ! Puis elles se turent pour s’intéresser à l’agitation qui régnait maintenant autour du banc. Deux ou trois agents de l’entretien, un policier, des passants formaient un groupe bavard et forcément indigné. La neige carbonique étouffa les flammes. Le flic attrapa le sac du bout des doigts, l’examina rapidement, et le balança dans une poubelle. Après avoir soigneusement inspecté le banc et constaté que le feu ne l’avait pas endommagé, il décida que tout...