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Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

World Trade Center, 1989.

Mary and Co
World Trade Center, 1989.
World Trade Center, 1989.

Chère amie, Il y avait ce matin, au square Greeley, un orateur qui disait des choses étranges. Trois cent soixante-quatre jours perdus pour le siècle et un jour monstrueux où nous péririons tous dans le fracas du métal et des poussières toxiques. Il répéta cela encore et encore : nous péririons tous dans le fracas de l’acier et des cendres mortelles. J’ai pensé qu’un siècle est bien long pour un seul d’entre nous. Et qu’en même temps, nous les vivons tous par mémoire et dans la confusion. J’ai tourné mon regard vers le New jersey, en arrivant ici. Mais je me suis perdue quelque peu dans le dessin...

Asbury Park

Ann F Border
Asbury Park
Asbury Park

Chère Amie, C’est un jour d’été, désespérément gai, avec ce qu’il faut de vent pour rendre supportable notre situation sur la planète. J’en suis sûre, c’est ce jour que vous m’annonciez autrefois comme devant être celui où mon regard s’aveuglerait soudainement. Pour en être tout à fait sûre, il me suffit de tourner quelques secondes le dos aux crêtes de Manhattan pour qu’une toile blanche recouvre mes yeux, comme une aura migraineuse. Je vous imagine là-bas, frissonnante dans votre Toyota de 88 à la climatisation bloquée. A cause de la douleur et d’autres choses encore, je ne peux pas vous atteindre....

Lincoln Towncar

Mary and Co
Lincoln Towncar
Lincoln Towncar

Elle regardait droit devant elle en serrant les genoux qu’elle recouvrait du plat de ses mains et restait aussi éloignée que possible du dossier de la banquette. C’était un peu stupide comme attitude. Elle respirait fort et rejetait l’air en relevant légèrement le menton. La vitre de séparation était ouverte. Il regrettait de n’avoir pas changé de chemise depuis la veille. Elle le remarquerait sûrement. Alors, il n’osait pas engager la conversation. Mais il lui souriait par à coups, jusqu’à ce qu’il se croise dans le rétro, et trouve enfantines ses lèvres légèrement entrouvertes, à peine souriantes...

American Airlines

Mary and Co
American Airlines
American Airlines

Nous avions laissé nos rêves au Boathouse. Ils dérivaient sans jamais pouvoir sortir du cercle d’eau, surveillés d’un œil par le Maire de Central Park. Pendant ce temps, nous filions vers le Village, Soho, Noho, Chelsea. C’était l’hiver, pourquoi pas ? Et plus tard, je sortais acheter du pain italien. Mes mains étaient rougies et brûlées par le froid. C’est juste pour les réchauffer que j’achetais aussi un café colombien au Starbuck. La nuit, nous écoutions passer les avions de l’American Airlines au-dessus de Manhattan. On disait « c’est le vol de Paris » et on attendait que la nostalgie se répande...

Song of myself

Mary and Co
Song of myself
Song of myself

À Columbus Circle, je tombe sur Walt Whitman. Il me fait face. Sa tête penche un peu. On pourrait croire à une posture d’observation. Mais ses yeux me traversent. Ou ne regardent rien. Il porte un pantalon à poches. Inventaire : une plume fendue grise et blanche, une plume rose, des papiers froissés. « The panorama of the sea…But the sea itself ? », « I am the poet of the body, and I am the poet of the soul.”, des phrases mystérieuses que je lirai à voix basse le long de Central Park West, jusqu’à ce que John Lennon se fasse descendre.

Le haricot magique

Mary and Co
Le haricot magique
Le haricot magique

C’était un peu comme l’histoire du haricot magique. Mais le ciel s’éloignait toujours. Ce n’était pas gênant. On ne voulait pas fuir. Juste savoir qu’il y a une issue de secours. Lorsqu’on levait les yeux, le vertige était tel que nos pieds se soulevaient du sol, les deux en même temps. C’était une attirance involontaire parce qu’on ne désirait pas voler. On savait que les anges sont parmi nous. On allait souvent leur dire des trucs comme : « Le ciel, ça n’est pas ce que l’on croit ».

Scénario et anthropologie

Mary and Co
Scénario et anthropologie
Scénario et anthropologie

On s’était assis là après ou avant « Anthropologie ». J’attendais de voir si le lait bu au Café Borgia me rendrait malade. Je savais que non, parce que s’était toujours comme ça. Ça m’énervait ces scénarii à 15 dollars. Ça me faisait me poser des questions existentielles. On connaissait les règles, tout ce qui se vend dans la rue ne vaut rien. Il suffisait de le savoir. Dans un rêve étrange, tu inversas le rôle des façades et nous marchions dans les rues sans avoir peur de rien. Je veux dire les jours d’après.

Central Park

Mary and Co
Central Park
Central Park

On n’aurait pas dormi pareil si le paradis et l’enfer n’étaient pas tellement unis. Nos nuits auraient été silencieuses comme dans la mort. Il fallait entendre ça. Aucune détresse nous était épargnée. Ce que le jour nous donnait de certitudes, nous était repris par une garde nocturne qui traversait le park et fauchait les idiots. Nous dormions seulement si nous entendions le travail des hommes qui utilisent encore les méthodes de sauvetage. Et le jour, nous parcourions le park comme des innocents. On souriait comme ça, la tête vers le soleil, et rien n’arrivait vraiment. On regardait les sculptures...

Stonewall

Mary and Co
Stonewall
Stonewall

Ce jour-là, j’avais un dollar en or dans ma poche de jean. Je n’arrêtais pas de le frôler du bout des doigts. Il avait fini par se réchauffer. Le marché s’étendait tout le long de Greenwich avenue. Nous cherchions un ange en argent terni ou en métal blanc. Pas la peine d’étaler ses privilèges. Je me demandais aussi quel goût laissait dans la bouche l’alcool du 53 Christopher street. Personne ne le savait. Une légère amertume ferreuse et le sucre écoeurant d’un fruit rouge. Et qui se souvenait de Stonewall ? Ça m’énervait toutes ces questions ! Et l’ange qui ne se montrait pas ! Ça n’était pas un...

Park Avenue et parallèles

Mary and Co
Park Avenue et parallèles
Park Avenue et parallèles

Il y avait plein de Chinois qui faisaient des démonstrations de tortures sur Park Avenue, près du Sony Bldg, alors on a bifurqué. Ça m’a amené à penser qu’il existe des mots pour chaque chose. Et quelquefois c’est dommage. Alors je me laissais aller aux phrases. Des constructions évidentes et égoïstes, parce que c’est comme ça que ça marche. Et puis je tournais le dos à la barbarie. J’étais seule.Si je ne connaissais pas des mots comme solitude, vachement poétique, je n’aurai pas été seule. J’aurai marché avec d’autres idées en tête. J’étais amoureuse. J’avais décidé de faire comme si ça n’était...

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