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Dimanche 4 mai 2008 7 04 /05 /Mai /2008 15:36

Une lueur blanche envahit mes surfaces pensantes. Doublement aveugle, car voyant doublement, je palpe les murs autour et quand vient la brique, je me souviens de l’enfance et des villes traversées où, brune ou rouge, elle signifiait le répit.  Une heure à peine, parfois. Du temps pour une amie. Un mot d’elle et le jour se  diluait déjà dans les lumières filantes aperçues par le pare-brise arrière, jusqu’à ce qu’apparaissent les angoissantes frontières obscures et que la ville meurt.  En m’endormant sur les genoux de ma sœur, je songeais à une cité naturelle qui s’érigeait dans les zones monotones et silencieuses des terribles campagnes de regrets que nous laissions derrière nous. Dans le noir illuminé, je sentais les tremblements humains et mécaniques en surface, et les agitations dans les bureaux d’études. Le jour se levant, mon père annonçait, en laissant l’adjectif en suspens, que nous étions arrivés. Mais il n'éteignait pas le moteur tout de suite, comme s’il espérait que la machine en décide autrement.  Puis il soupirait largement, avant de nous promettre que tout irait bien.


Par Mary and Co - Publié dans : Yesterday is here
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Vendredi 28 mars 2008 5 28 /03 /Mars /2008 18:53

 

La peau sur les os, mon Frère. La peau et les os et les dieux dans le ciel qui s’échangent leurs anges, pour ne pas passer une angoissante nuit  supplémentaire. Avec leur manège, j’ai les membres brisés. C’est à peine si je marche, à l’heure où je te parle. Et voler, je laisse ça à d’autres, dorénavant. Aussi beau que je fus, je n’en meure pas moins. Aussi belle ? Qui le sait. A part toi, mon Frère. 

Tu as a volé plus que moi. Plus de richesses te reviennent, car tes yeux voient encore. Moi, je me satisfais des marbrures rosâtres d’un  parquet de chambre commune. Oublie que j’ai souri plus souvent qu’à mon tour devant les anges en plâtre des boutiques minables.  Car c’est là la matière dont je suis fait. Il me reste à vivre ainsi. Blafard, à la merci de tous. Allez ! Oublions notre humanité le temps de s’alléger. Le vent passe à telle heure, je ne tiens pas à le rater.


Par Mary and Co - Publié dans : Lunch poem
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Samedi 22 mars 2008 6 22 /03 /Mars /2008 18:58

Elle alla s’isoler un moment dans les toilettes, après que la fille fut partie. En se regardant dans le miroir, elle remarqua que ses yeux la fuyaient. Ses propres yeux. Elle se cala contre la paroi carrelée, et resta immobile quelques secondes. Après quoi, elle reproduisit chacun des gestes de la fille, pour tenter de comprendre sa fuite. A sa manière, elle écarta les cheveux de son visage, avec précaution, comme on dégage les feuilles mortes des fleurs naissantes. Puis elle imita son sourire. Un  étrange sourire qui s’était perdu dans une expression de tristesse. Mais elle ne le déchiffra pas, et son regard se brouilla finalement.  Enfin, elle donna un baiser au reflet de ses lèvres et recula brusquement, comme l’avait fait la fille, sans raison apparente. Alors qu’elle, avait été surprise par la dureté et la froideur du verre.

Lorsque l’homme entra, elle ne s’en offusqua pas. Gênée qu’il ait pu apercevoir son baiser solitaire, elle fit profil bas. Aussi, elle fut frappée par sa ressemblance avec la fille. Ses traits étaient aussi fins et lisse et la couleur de ses yeux, à l’identique,  paraissait indéfinissable, car elle variait selon les éclairages.  Il se lava longuement les mains, puis se recoiffa rapidement. Ses gestes élégants contrastaient avec son allure de banlieusard. Le Queens, peut-être. Elle convint que sa beauté était supérieure. Et bien qu’elle ne le désirât pas, elle n’en était pas moins troublée. Un de ces moments où l’on se sentait uni à un étranger sans comprendre le sens de ce lien.  Ça ne durait que quelques minutes, en général. L’attraction terrestre prisonnière dans dix mètres carrés, et le monde inexistant, tout comme le souvenir de sa propre vie.

Tu n’es pas taillée pour ces amours-là, lui dit le boxeur en fixant son reflet  dans le miroir. Puis, il quitta la pièce. Le lien se brisa net et elle s’en voulut de croire à ce genre de conneries mystiques.

Quand on la retrouva, deux jours plus tard, dans une benne du New Yorker Hotel, elle avait un trou dans le cœur et l’énigmatique phrase, ni pour celles-là, était inscrite sur son front.


New York, décembre 2008

Par Mary and Co - Publié dans : Le boxeur
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Jeudi 20 mars 2008 4 20 /03 /Mars /2008 17:03

 

 

SweetHeart buvait l’eau de la rivière chaque jour que lui donnait ce satané Créateur, en gueulant, à qui l’en dissuadait,  que ce qui nous dézinguait pas, nous rendait foutûment plus fort.

Il est vrai que les forces lui faisaient défaut. Il est vrai qu’il descendait d’une longue lignée d’allumés qui illuminaient les souterrains de Gotham City depuis perpète.

SweetHeart buvait l’eau de la rivière depuis qu’il buvait, parce qu’il réservait ses dollars aux liquides plus sophistiqués. Et l’eau des fontaines sentait les chiottes de dispensaire, et il craignait de s’étouffer avec l’énorme bulle des fontaines de Poland Spring éparpillées dans les grands magasins.  

SweetHeart buvait l’eau de la rivière chaque jour de trop sur cette putain de planète, parce qu’il avait versé toutes les larmes de son corps et qu’il fallait bien compenser les pertes.

Après, recroquevillé dans son antre, sous FDR Drive, il posait la main sur son ventre et restait comme ça un moment.

L’East, l’Hudson et un petit paquet de mer à l’abri pour un temps dans sa carcasse déglinguée. Jusqu’à ce qu’il aille les pisser dans la rivière.

SweetHeart trébucha dans l’eau de la rivière et but ses larmes jusqu’à plus soif, en avalant de grandes gorgées, pour ne pas en perdre une.

Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Dimanche 16 mars 2008 7 16 /03 /Mars /2008 16:53

undefined Il y avait sous les terres d'Irlande, au plus près du noyau terrestre, une pierre rouge. Un cœur de pierre. Et le feu tellurique, augurant de sa malédiction, tenta bien de le réduire en cendres, mais ce fut en vain. Il en appela alors à Dieu pour l'aider dans son ouvrage. Las, celui-ci détourna le regard.  C'est ainsi que pénétra dans l'âme des Irlandais une mélancolie qui ne les quitta plus. Et bien que leur foi ne faillit pas, ils n'en tirèrent pas moins la leçon. Dès lors, ils agirent par eux-mêmes et ne recoururent à la prière que lorsque toute action humaine avait échoué. C'est ainsi que le courage pénétra dans l'âme des Irlandais. 
Mais laissons cela. Au fil du temps, la pierre remonta près de la surface. Son incandescence assécha les rivières souterraines et rongea les sols. Les famines succédèrent aux famines et les envahisseurs furent nombreux à profiter de la faiblesse de tout un peuple. On en vint à penser que le Diable était de retour et l'on dépêcha des hommes aux quatre points cardinaux, afin qu'ils rapportent des nouvelles. Mais ils revinrent ignorants. 
- Le Malin ? leur lançait-on aux portes des fermes, ce sont les anglais qui affament nos enfants !

On en vint à douter des conteurs qui narraient depuis des siècles, avec force de détails, la victoire de Paddy sur le Prince des Ténèbres. On les somma de se taire et ils s’exilèrent loin des villages et des hameaux où ils n’étaient plus les bienvenus. Les Légendes quittèrent l’Irlande et le silence envahit l’âme des irlandais.
Mais laissons cela. Au fil du temps, la pierre remonta à la surface et s’exposa aux yeux de tous. Soumise aux trombes, soumise aux vents, elle s’éteignit enfin. Elle devint grise, se veina d’ocre et se confondit bientôt avec toutes celles qui parsemaient le champ rocailleux. Le Malheur qui s’abattait sur l’île depuis de longues années, se souvint soudain que le monde était vaste et qu’il était bon pour le moral de changer de contrée. Il pria ses Calamités de faire leurs bagages, et partit pour le continent africain.
Mais laissons cela. Au fil du temps, les Légendes revinrent en Irlande et sommèrent les conteurs d’aller frapper aux portes des maisons, comme ils le faisaient jadis, afin de répandre à nouveau l’imagination dans l’âme Irlandaise.  Les conteurs s’exécutèrent.
Il était une fois, disaient-ils à leurs auditoires, en chuchotant près des âtres crépitants, l’histoire de la pierre rouge, du cœur de pierre, le cœur du Diable. Car le Diable possédât un cœur, n’en doutez pas. Et alors même que Dieu hésita à l’en priver, Paddy le lui arracha de la poitrine lors du terrible combat qui les opposa. Mais loin d’ôter la vie au démon, comme il l’espérait, il lui offrit l’immortalité. Une immortalité consacrée au mal, au chaos, à la destruction. Et l’Irlande paya cher le mauvais jugement du Saint, car en lieu de son propre coeur, Dieu y plaça l’organe de l’ange déchu. Souffrant de la brûlure maudite, elle n’eut de cesse que de l’expulser de ses entrailles. Elle y parvint, comme on le sait, et le cœur gît dorénavant dans les sillons de nos champs, sous le lit de nos rivières, sous les fondations de nos maisons. Nous autres, Irlandais, devons craindre, chaque jour, qu’il ne se réveille. Et parce que nous agissons toujours pour le bien, afin de ne pas tenter le Diable, l’erreur de Paddy n’en fut pas une.
Par Mary and Co - Publié dans : Lá Fhéile Pádraig
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Dimanche 9 mars 2008 7 09 /03 /Mars /2008 18:52


Faut pas que les lettres, ça te rassure, mon frère. T’es paumé, point barre. T’es foutu. L’avenue D, elle te sauvera pas la vie. Cours, si ça te chante, balade-toi dans l’alphabet. Ma lame est véloce. Elle fend l’air, elle assassine le vent. Elle s’en fout de causer des trous dans la couche d’ozone. La pollution, mon Pote, c’est pas ce qui me tuera. Le temps d’exposition aux toxines, c’est le problème des gamines en redingote rouge, qui crèchent à l’Hilton pour les fêtes de Noël., pas le mien. 
Non, moi je compte tout en minutes. J’ai pas quinze ans. Alors cours, frangin, parce que je vais prendre ton bien le plus précieux. Tes foutues heures de rab. 
Avenue A. J’ai vécu là un temps. Pas toi, on dirait. Merde ! arrête d’hésiter. Tourne à gauche, dans la ruelle. Bientôt nos âges seront mêlés et je serai peinard pour un temps. Qu’est-ce que tu veux que je fasse avec ton fric ? Ça me déçoit que tu me prennes pour un junkie. Sûr que ta liasse, je pourrai pas l’écouler chez Saks. Mais pas plus dans les caves, mon Frère. J’ai des entrées nulle part. J’ai que la rue. Dommage qu’elle soit farcie de regards qui me percent comme des poignards. Toi et les tiens, vous m’avez troué les premiers, saloperies d’assassins ! 
Allez ! dégage, Mister Everybody. Je suis contre la peine de mort.

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Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Dimanche 2 mars 2008 7 02 /03 /Mars /2008 18:06
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Une sacrée pute, cette Annabel Chester ! Fallait la voir courir vers le centre pour arnaquer les tocards, à la tombée de la nuit, avec ses fringues et sa quincaillerie contrefaites. Dans le quartier, on lui donnait pas plus d’une jeunesse à vivre. Elle était frêle comme une fleur d’ombre. Il se disait qu’un truc la rongeait. Jack, peut-être, ou cette saloperie de sida.
Fallait la voir tracer à travers le parc, sans se retourner. Rien qui l’effrayait. Ni les ombres monstrueuses des grands chênes, ni les pas qui crissaient dans l’allée. Pourquoi elle aurait eu peur ? Elle avait la mort avec elle. Et quoi, y avait bien que la nuit qu’elle pouvait leurrer son monde. Dans les clubs, elle s’accrochait aux flaques de lumières tamisées. Son visage paraissait bleu pâle, quelquefois, orange ou rose et les paillettes de ses joues illuminaient son regard, sans quoi, les tocards n’auraient pas été dupes. Deux fois par heure, elle palpait les billets dans son sac et quand ça suffisait, elle traversait le parc dans l’autre sens, en chancelant un peu.
Quand on la retrouva sous l’eau gelée du Conservatory Water, elle avait un trou dans le cœur et personne ne sut expliquer comment son assassin l’avait déposé là, car, nulle part, la glace n’était brisée. 
 
New York, décembre 2008
Par Mary and Co - Publié dans : Le boxeur
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Mercredi 27 février 2008 3 27 /02 /Fév /2008 19:56
Chère Amie,
 
D’ici, je ne vois pas New York. Les distances à découvert sont si nombreuses que je ne peux espérer m’abriter nulle part. Le ciel est trop vaste. L’air entre dans mes poumons sans brûlure. Et cette nuit opaque. Cette nuit véritable où je dors à peine, sans cesse réveillée par le silence. Parfois, je rêve que je marche dans les rues resserrées pas la brique, jusqu’à la limite des quartiers mortels. Ou bien, un fou saisit ma main, et m’éloigne, comme il s’en éloigne, des ruines et des effondrements. A mon réveil,  je n’entends que des cœurs maladifs me rappeler à leur bon souvenir. De sombres cœurs, laissés ici dans l’espoir que je repasse un jour.
D’ici, je ne vois pas mes ponts, et ils me manquent. Ils ne sont rien, pourtant. Que des routes usées au dessus des rivières. Vous préciseriez que ce sont des miracles communs, visibles et durables.  Le sang y circule autant que la mécanique. Aussi vite, car Manhattan est au bout et l’on s’empresse de s’y rendre avant de mourir.
D’ici, je ne vois pas New York. Selon moi,  me direz-vous une fois de plus, c'est parce que vous en êtes trop proche. C’est la réponse que j’attends. undefined
Par Mary and Co - Publié dans : Amie
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Dimanche 17 février 2008 7 17 /02 /Fév /2008 18:40
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Vous marchiez lentement, pour ne pas que je vous perde de vue, et, quelquefois, vous tourniez la tête légèrement afin de vous assurer de ma présence. Par moments, la foule s'écartait de vous, mais c'était dans mon imagination. Puis vous avez emprunté les rues étroites du quartier des finances, et j'ai cru que j'allais mourir. Il me semblait que mes vaisseaux se rétrécissaient et que le sang y circulait difficilement. Une migraine s'annonçait et je frottais mes tempes dans l'espoir que cela suffise à la chasser. Mais ce fut un geste vain et je cessais de vous suivre. Je me réfugiais dans le cimetière de St Paul’s Chapel, le temps que l'aura disparaisse.
Vous m’y avez rejoint. Et, errant entre les tombes, vous jetiez des regards furtifs vers le World Trade Center, sans pouvoir jamais vous y attarder. Sans doute, pensiez-vous comme moi que l'agitation humaine y était illusoire. Une femme m'aborda alors et je détournais mon regard de vous. Elle sortait de l’église et paraissait encore en prière. Ses deux mains étaient jointes contre sa poitrine et lorsqu’elle s’en aperçut, elle parut gênée et les laissa tomber brusquement le long de son corps. Elle me sourit et me pria de l’accompagner jusqu’à la station de métro, en me saisissant par le bras. Elle me sortit des lieux communs sur Ground Zero et je répondais par des mouvements de tête qui ne signifiaient rien.
À la grille du cimetière, elle me raconta que l’âme d’une femme qui trouva la mort dans l'une des tours, partait parfois en direction du centre et attirait dans son sillage des vivants pour les ramener jusqu'ici. Une légende, m’assura-t-elle comme s’il pouvait en être autrement. Elle s’engouffra dans la bouche du métro et je repartis vers le centre, où je vous vis la première fois, sans plus penser à vous.
Par Mary and Co - Publié dans : Yesterday is here
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Mardi 12 février 2008 2 12 /02 /Fév /2008 18:27
undefined Le brouillard diffusait une lumière blanche et bleue pâle, qui s'éparpillait en fines particules, sans créer d'ombres. Pourtant, lorsque j'aperçus le Queen Mary 2, j'imaginais qu'il déversait une ombre dense sur Brooklyn, où je le situais à vue d'œil. Son orgueilleuse carlingue allait assombrir plus d'un banlieusard. C'était un étrange moment. La statue de la liberté m'apparut dans une vision, quelques minutes plus tard. Et je n'en fus pas surprise. Un goéland faillit battre d'une aile un hélico (celui qui se gare au MoMa), mais il n'en fit rien, se souvenant de vous, il retourna vers le quai. Il y avait un homme mort dans une Limousine, ou peut-être qu'il dormait. Nous n'avons pas vu la différence. L'Iron Building se liquéfia le temps que la nuit tombe en gouttes de pluie serrées. Autant de gouttes qu'il y avait de monde sur le trottoir et je regrettais de ne retenir que quelques visages, à cause du mien que je protégeais. Plus tard, j'ai pensé que je n'aurai pas dû. Vous avez trouvé un beau temps perpétuel, mais il coûtait 40 dollars et vous ne l'avez pas pris. Il vous arrive de le regretter.
Chaque jour, Tom le chat noir devenait blanc à cause de sa profession. On croisait souvent une forêt du Maine qui filait vers le centre. Elle était traversée par une rivière vive descendant de la montagne. Il arrivait qu'on s'y abreuve. Certaines rues que nous traversions de nuit manquaient de lumière et nous ne marchions pas plus vite, malgré les portes ouvertes au pied-de-biche donnant sur des couloirs obscurs d’où sortaient des odeurs de bois pourri et de parfums sucrés. New York mourait par endroits. Les caterpillar fabriquaient des terrains vagues momentanés sur Franklin, Moore et dans le Queens. J'entendais des pas dans les gravats d'escaliers, des accents italiens, russes ou espagnols résonner dans les pièces réduites en poussière.
Sur la 66e, une échelle faisait semblant de monter jusqu'au ciel, mais personne n'était dupe.
Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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