Les Demoiselles de NYC

Les demoiselles de New York 

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Dimanche 16 mars 2008 7 16 /03 /2008 16:53

undefined Il y avait sous les terres d'Irlande, au plus près du noyau terrestre, une pierre rouge. Un cœur de pierre. Et le feu tellurique, augurant de sa malédiction, tenta bien de le réduire en cendres, mais ce fut en vain. Il en appela alors à Dieu pour l'aider dans son ouvrage. Las, celui-ci détourna le regard.  C'est ainsi que pénétra dans l'âme des Irlandais une mélancolie qui ne les quitta plus. Et bien que leur foi ne faillit pas, ils n'en tirèrent pas moins la leçon. Dès lors, ils agirent par eux-mêmes et ne recoururent à la prière que lorsque toute action humaine avait échoué. C'est ainsi que le courage pénétra dans l'âme des Irlandais. 
Mais laissons cela. Au fil du temps, la pierre remonta près de la surface. Son incandescence assécha les rivières souterraines et rongea les sols. Les famines succédèrent aux famines et les envahisseurs furent nombreux à profiter de la faiblesse de tout un peuple. On en vint à penser que le Diable était de retour et l'on dépêcha des hommes aux quatre points cardinaux, afin qu'ils rapportent des nouvelles. Mais ils revinrent ignorants. 
- Le Malin ? leur lançait-on aux portes des fermes, ce sont les anglais qui affament nos enfants !

On en vint à douter des conteurs qui narraient depuis des siècles, avec force de détails, la victoire de Paddy sur le Prince des Ténèbres. On les somma de se taire et ils s’exilèrent loin des villages et des hameaux où ils n’étaient plus les bienvenus. Les Légendes quittèrent l’Irlande et le silence envahit l’âme des irlandais.
Mais laissons cela. Au fil du temps, la pierre remonta à la surface et s’exposa aux yeux de tous. Soumise aux trombes, soumise aux vents, elle s’éteignit enfin. Elle devint grise, se veina d’ocre et se confondit bientôt avec toutes celles qui parsemaient le champ rocailleux. Le Malheur qui s’abattait sur l’île depuis de longues années, se souvint soudain que le monde était vaste et qu’il était bon pour le moral de changer de contrée. Il pria ses Calamités de faire leurs bagages, et partit pour le continent africain.
Mais laissons cela. Au fil du temps, les Légendes revinrent en Irlande et sommèrent les conteurs d’aller frapper aux portes des maisons, comme ils le faisaient jadis, afin de répandre à nouveau l’imagination dans l’âme Irlandaise.  Les conteurs s’exécutèrent.
Il était une fois, disaient-ils à leurs auditoires, en chuchotant près des âtres crépitants, l’histoire de la pierre rouge, du cœur de pierre, le cœur du Diable. Car le Diable possédât un cœur, n’en doutez pas. Et alors même que Dieu hésita à l’en priver, Paddy le lui arracha de la poitrine lors du terrible combat qui les opposa. Mais loin d’ôter la vie au démon, comme il l’espérait, il lui offrit l’immortalité. Une immortalité consacrée au mal, au chaos, à la destruction. Et l’Irlande paya cher le mauvais jugement du Saint, car en lieu de son propre coeur, Dieu y plaça l’organe de l’ange déchu. Souffrant de la brûlure maudite, elle n’eut de cesse que de l’expulser de ses entrailles. Elle y parvint, comme on le sait, et le cœur gît dorénavant dans les sillons de nos champs, sous le lit de nos rivières, sous les fondations de nos maisons. Nous autres, Irlandais, devons craindre, chaque jour, qu’il ne se réveille. Et parce que nous agissons toujours pour le bien, afin de ne pas tenter le Diable, l’erreur de Paddy n’en fut pas une.
Par Mary and Co - Publié dans : Lá Fhéile Pádraig
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Dimanche 9 mars 2008 7 09 /03 /2008 18:52


Faut pas que les lettres, ça te rassure, mon frère. T’es paumé, point barre. T’es foutu. L’avenue D, elle te sauvera pas la vie. Cours, si ça te chante, balade-toi dans l’alphabet. Ma lame est véloce. Elle fend l’air, elle assassine le vent. Elle s’en fout de causer des trous dans la couche d’ozone. La pollution, mon Pote, c’est pas ce qui me tuera. Le temps d’exposition aux toxines, c’est le problème des gamines en redingote rouge, qui crèchent à l’Hilton pour les fêtes de Noël., pas le mien. 
Non, moi je compte tout en minutes. J’ai pas quinze ans. Alors cours, frangin, parce que je vais prendre ton bien le plus précieux. Tes foutues heures de rab. 
Avenue A. J’ai vécu là un temps. Pas toi, on dirait. Merde ! arrête d’hésiter. Tourne à gauche, dans la ruelle. Bientôt nos âges seront mêlés et je serai peinard pour un temps. Qu’est-ce que tu veux que je fasse avec ton fric ? Ça me déçoit que tu me prennes pour un junkie. Sûr que ta liasse, je pourrai pas l’écouler chez Saks. Mais pas plus dans les caves, mon Frère. J’ai des entrées nulle part. J’ai que la rue. Dommage qu’elle soit farcie de regards qui me percent comme des poignards. Toi et les tiens, vous m’avez troué les premiers, saloperies d’assassins ! 
Allez ! dégage, Mister Everybody. Je suis contre la peine de mort.

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Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Dimanche 2 mars 2008 7 02 /03 /2008 18:06
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Une sacrée pute, cette Annabel Chester ! Fallait la voir courir vers le centre pour arnaquer les tocards, à la tombée de la nuit, avec ses fringues et sa quincaillerie contrefaites. Dans le quartier, on lui donnait pas plus d’une jeunesse à vivre. Elle était frêle comme une fleur d’ombre. Il se disait qu’un truc la rongeait. Jack, peut-être, ou cette saloperie de sida.
Fallait la voir tracer à travers le parc, sans se retourner. Rien qui l’effrayait. Ni les ombres monstrueuses des grands chênes, ni les pas qui crissaient dans l’allée. Pourquoi elle aurait eu peur ? Elle avait la mort avec elle. Et quoi, y avait bien que la nuit qu’elle pouvait leurrer son monde. Dans les clubs, elle s’accrochait aux flaques de lumières tamisées. Son visage paraissait bleu pâle, quelquefois, orange ou rose et les paillettes de ses joues illuminaient son regard, sans quoi, les tocards n’auraient pas été dupes. Deux fois par heure, elle palpait les billets dans son sac et quand ça suffisait, elle traversait le parc dans l’autre sens, en chancelant un peu.
Quand on la retrouva sous l’eau gelée du Conservatory Water, elle avait un trou dans le cœur et personne ne sut expliquer comment son assassin l’avait déposé là, car, nulle part, la glace n’était brisée. 
 
New York, décembre 2008
Par Mary and Co - Publié dans : Le boxeur
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Mercredi 27 février 2008 3 27 /02 /2008 19:56
Chère Amie,
 
D’ici, je ne vois pas New York. Les distances à découvert sont si nombreuses que je ne peux espérer m’abriter nulle part. Le ciel est trop vaste. L’air entre dans mes poumons sans brûlure. Et cette nuit opaque. Cette nuit véritable où je dors à peine, sans cesse réveillée par le silence. Parfois, je rêve que je marche dans les rues resserrées pas la brique, jusqu’à la limite des quartiers mortels. Ou bien, un fou saisit ma main, et m’éloigne, comme il s’en éloigne, des ruines et des effondrements. A mon réveil,  je n’entends que des cœurs maladifs me rappeler à leur bon souvenir. De sombres cœurs, laissés ici dans l’espoir que je repasse un jour.
D’ici, je ne vois pas mes ponts, et ils me manquent. Ils ne sont rien, pourtant. Que des routes usées au dessus des rivières. Vous préciseriez que ce sont des miracles communs, visibles et durables.  Le sang y circule autant que la mécanique. Aussi vite, car Manhattan est au bout et l’on s’empresse de s’y rendre avant de mourir.
D’ici, je ne vois pas New York. Selon moi,  me direz-vous une fois de plus, c'est parce que vous en êtes trop proche. C’est la réponse que j’attends. undefined
Par Mary and Co - Publié dans : Amie
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Dimanche 17 février 2008 7 17 /02 /2008 18:40
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Vous marchiez lentement, pour ne pas que je vous perde de vue, et, quelquefois, vous tourniez la tête légèrement afin de vous assurer de ma présence. Par moments, la foule s'écartait de vous, mais c'était dans mon imagination. Puis vous avez emprunté les rues étroites du quartier des finances, et j'ai cru que j'allais mourir. Il me semblait que mes vaisseaux se rétrécissaient et que le sang y circulait difficilement. Une migraine s'annonçait et je frottais mes tempes dans l'espoir que cela suffise à la chasser. Mais ce fut un geste vain et je cessais de vous suivre. Je me réfugiais dans le cimetière de St Paul’s Chapel, le temps que l'aura disparaisse.
Vous m’y avez rejoint. Et, errant entre les tombes, vous jetiez des regards furtifs vers le World Trade Center, sans pouvoir jamais vous y attarder. Sans doute, pensiez-vous comme moi que l'agitation humaine y était illusoire. Une femme m'aborda alors et je détournais mon regard de vous. Elle sortait de l’église et paraissait encore en prière. Ses deux mains étaient jointes contre sa poitrine et lorsqu’elle s’en aperçut, elle parut gênée et les laissa tomber brusquement le long de son corps. Elle me sourit et me pria de l’accompagner jusqu’à la station de métro, en me saisissant par le bras. Elle me sortit des lieux communs sur Ground Zero et je répondais par des mouvements de tête qui ne signifiaient rien.
À la grille du cimetière, elle me raconta que l’âme d’une femme qui trouva la mort dans l'une des tours, partait parfois en direction du centre et attirait dans son sillage des vivants pour les ramener jusqu'ici. Une légende, m’assura-t-elle comme s’il pouvait en être autrement. Elle s’engouffra dans la bouche du métro et je repartis vers le centre, où je vous vis la première fois, sans plus penser à vous.
Par Mary and Co - Publié dans : Yesterday is here
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Mardi 12 février 2008 2 12 /02 /2008 18:27
undefined Le brouillard diffusait une lumière blanche et bleue pâle, qui s'éparpillait en fines particules, sans créer d'ombres. Pourtant, lorsque j'aperçus le Queen Mary 2, j'imaginais qu'il déversait une ombre dense sur Brooklyn, où je le situais à vue d'œil. Son orgueilleuse carlingue allait assombrir plus d'un banlieusard. C'était un étrange moment. La statue de la liberté m'apparut dans une vision, quelques minutes plus tard. Et je n'en fus pas surprise. Un goéland faillit battre d'une aile un hélico (celui qui se gare au MoMa), mais il n'en fit rien, se souvenant de vous, il retourna vers le quai. Il y avait un homme mort dans une Limousine, ou peut-être qu'il dormait. Nous n'avons pas vu la différence. L'Iron Building se liquéfia le temps que la nuit tombe en gouttes de pluie serrées. Autant de gouttes qu'il y avait de monde sur le trottoir et je regrettais de ne retenir que quelques visages, à cause du mien que je protégeais. Plus tard, j'ai pensé que je n'aurai pas dû. Vous avez trouvé un beau temps perpétuel, mais il coûtait 40 dollars et vous ne l'avez pas pris. Il vous arrive de le regretter.
Chaque jour, Tom le chat noir devenait blanc à cause de sa profession. On croisait souvent une forêt du Maine qui filait vers le centre. Elle était traversée par une rivière vive descendant de la montagne. Il arrivait qu'on s'y abreuve. Certaines rues que nous traversions de nuit manquaient de lumière et nous ne marchions pas plus vite, malgré les portes ouvertes au pied-de-biche donnant sur des couloirs obscurs d’où sortaient des odeurs de bois pourri et de parfums sucrés. New York mourait par endroits. Les caterpillar fabriquaient des terrains vagues momentanés sur Franklin, Moore et dans le Queens. J'entendais des pas dans les gravats d'escaliers, des accents italiens, russes ou espagnols résonner dans les pièces réduites en poussière.
Sur la 66e, une échelle faisait semblant de monter jusqu'au ciel, mais personne n'était dupe.
Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Dimanche 10 février 2008 7 10 /02 /2008 18:18
undefined Ils n’avaient pas jugé bon de tirer les rideaux. Ils sentaient le tabac froid et la pisse de chat et ça les avait rebuté. De toute façon, la pénombre était appropriée au moment. Et ainsi, leurs courtes discussions à voix basse étaient justifiées. La fille était allongée sur un canapé, une jambe maigre dépassant d’une couverture à carreaux. Elle respirait fort en avalant sa salive avec difficulté comme si elle était brûlante. Elle les regarda à peine et s’adressait, la plupart du temps, à quelqu’un se trouvant à l’autre bout de la pièce. L’obscurité les empêchait de le voir. C’était un homme, car elle s’adressait à lui en disant il. Mais quelquefois elle parlait de lui au féminin. Sa présence était oppressante et aucun d’eux ne chercha à le voir mieux. Au contraire, ils se réfugièrent dans une ombre plus large.
La mourante ne regardait que lui. Elle le devinait plus qu’elle ne le voyait. Sans doute, redessinait-elle de mémoire la forme de son visage et la largeur de ses mains. Des mains de géant qui ne tremblaient jamais, leur dit-elle. Et lorsqu’il avait tendu son doigt dans sa direction, tout son corps avait cédé. Mais ça n’était pas le bon, pas le bon. Sûr qu’il n’a pas gagné le gros lot, rajouta-t-elle, en entourant la pièce vétuste du regard.
Elle mourut quelques minutes plus tard. Et lorsqu’ils ouvrirent les rideaux pour faire taire leur frayeur, son compagnon avait disparu.
Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Vendredi 1 février 2008 5 01 /02 /2008 20:10

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Il avait suffi d’une rue silencieuse pour que je cesse d’avancer. Bloqué là, alors qu’elle n’était pas sans issue. Au contraire, elle s’ouvrait largement sur une avenue peuplée. Paralysé, je fixais un mur de briques et bientôt je ne vis rien d’autres que les traits irréguliers des jointures  s’en dégager. J’aurai pu mourir, poignardé dans le dos par un junkie ou bousculé par le groupe d’enfants que j’entendais s’approcher en courant. Je ne bougeais pas. Ils me dépassèrent en chuchotant dans une langue du sud. Plus tard, une musique parvint jusqu’à moi et s’enroula autour de mon corps, l’apaisant un peu. Mais je la fis fuir en secouant la tête. Elle insista comme un insecte vif et ce jeu me faisait sourire parfois. Les escaliers de secours étaient tous relevés et je n’avais nulle part ou aller. De toute façon, je n’habitais pas plus ici qu’ailleurs. Enfin si. Et je restais là, enfermé en moi-même. Dans cette unique pièce dont j’étais le triste locataire. Tellement  effrayé.
La lumière du jour déclinait. Ca finissait toujours par arriver. Et je repris ma marche quand j’eus la certitude que cette ville ne s’endormirait jamais. 
Par Mary and Co - Publié dans : Yesterday is here
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Dimanche 27 janvier 2008 7 27 /01 /2008 18:54
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Cinq étoiles ont surgi sur les terres du Queens, m’a dit mon père le jour où je suis née. Des astres à quatre branches, clôturées par les 55e et 99e avenues, Junction et H.Harding Boulevards. C’est la ville, et tu es désormais l’un de ses habitants. Fais-toi une raison, les étoiles qui sortent de l’esprit humain ne donnent pas de bonnes choses. Aussi, rien de bien n’est prévu pour toi.
Dans quelque temps, quand tu passeras sous les porches, les hommes te raconteront que pas un pont ne mène à Manhattan. Qu’il vaut mieux rester là, qu’on ne manque de rien. Puis ils riront entre eux en saisissant ta main.
Tu finiras par n'avoir que de vagues idées. Aucune idée des vagues, aucune idée de l'océan.
Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Mercredi 16 janvier 2008 3 16 /01 /2008 21:10

undefined Les nuages se dirigent vers le Nord et jamais personne ne les verra tel que je les vois, car le mouvement modifie leur apparence et ils seront autres bien avant d'atteindre le Bronx. Je songe que c'est pareil pour moi. Ainsi, personne dans cette ville ne me voit tel que je suis. À cause des distances que j'ai parcourues et qui ont changé mon apparence. 
Je m'assois parfois, afin que l'on me regarde et j'espère qu'une trace de mon visage s'imprime dans une rétine. Mais on ne sait jamais quand ce genre de choses se produit. Et s'il existe une unité au-dessous de la seconde, la durée de l'impression est de cet ordre-là. J'ai moi-même oublié la forme des nuages que j'observais à l'instant.

Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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