Les Demoiselles de NYC

Les demoiselles de New York 

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Dimanche 10 février 2008 7 10 /02 /2008 18:18
undefined Ils n’avaient pas jugé bon de tirer les rideaux. Ils sentaient le tabac froid et la pisse de chat et ça les avait rebuté. De toute façon, la pénombre était appropriée au moment. Et ainsi, leurs courtes discussions à voix basse étaient justifiées. La fille était allongée sur un canapé, une jambe maigre dépassant d’une couverture à carreaux. Elle respirait fort en avalant sa salive avec difficulté comme si elle était brûlante. Elle les regarda à peine et s’adressait, la plupart du temps, à quelqu’un se trouvant à l’autre bout de la pièce. L’obscurité les empêchait de le voir. C’était un homme, car elle s’adressait à lui en disant il. Mais quelquefois elle parlait de lui au féminin. Sa présence était oppressante et aucun d’eux ne chercha à le voir mieux. Au contraire, ils se réfugièrent dans une ombre plus large.
La mourante ne regardait que lui. Elle le devinait plus qu’elle ne le voyait. Sans doute, redessinait-elle de mémoire la forme de son visage et la largeur de ses mains. Des mains de géant qui ne tremblaient jamais, leur dit-elle. Et lorsqu’il avait tendu son doigt dans sa direction, tout son corps avait cédé. Mais ça n’était pas le bon, pas le bon. Sûr qu’il n’a pas gagné le gros lot, rajouta-t-elle, en entourant la pièce vétuste du regard.
Elle mourut quelques minutes plus tard. Et lorsqu’ils ouvrirent les rideaux pour faire taire leur frayeur, son compagnon avait disparu.
Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Vendredi 1 février 2008 5 01 /02 /2008 20:10

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Il avait suffi d’une rue silencieuse pour que je cesse d’avancer. Bloqué là, alors qu’elle n’était pas sans issue. Au contraire, elle s’ouvrait largement sur une avenue peuplée. Paralysé, je fixais un mur de briques et bientôt je ne vis rien d’autres que les traits irréguliers des jointures  s’en dégager. J’aurai pu mourir, poignardé dans le dos par un junkie ou bousculé par le groupe d’enfants que j’entendais s’approcher en courant. Je ne bougeais pas. Ils me dépassèrent en chuchotant dans une langue du sud. Plus tard, une musique parvint jusqu’à moi et s’enroula autour de mon corps, l’apaisant un peu. Mais je la fis fuir en secouant la tête. Elle insista comme un insecte vif et ce jeu me faisait sourire parfois. Les escaliers de secours étaient tous relevés et je n’avais nulle part ou aller. De toute façon, je n’habitais pas plus ici qu’ailleurs. Enfin si. Et je restais là, enfermé en moi-même. Dans cette unique pièce dont j’étais le triste locataire. Tellement  effrayé.
La lumière du jour déclinait. Ca finissait toujours par arriver. Et je repris ma marche quand j’eus la certitude que cette ville ne s’endormirait jamais. 
Par Mary and Co - Publié dans : Yesterday is here
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Dimanche 27 janvier 2008 7 27 /01 /2008 18:54
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Cinq étoiles ont surgi sur les terres du Queens, m’a dit mon père le jour où je suis née. Des astres à quatre branches, clôturées par les 55e et 99e avenues, Junction et H.Harding Boulevards. C’est la ville, et tu es désormais l’un de ses habitants. Fais-toi une raison, les étoiles qui sortent de l’esprit humain ne donnent pas de bonnes choses. Aussi, rien de bien n’est prévu pour toi.
Dans quelque temps, quand tu passeras sous les porches, les hommes te raconteront que pas un pont ne mène à Manhattan. Qu’il vaut mieux rester là, qu’on ne manque de rien. Puis ils riront entre eux en saisissant ta main.
Tu finiras par n'avoir que de vagues idées. Aucune idée des vagues, aucune idée de l'océan.
Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Mercredi 16 janvier 2008 3 16 /01 /2008 21:10

undefined Les nuages se dirigent vers le Nord et jamais personne ne les verra tel que je les vois, car le mouvement modifie leur apparence et ils seront autres bien avant d'atteindre le Bronx. Je songe que c'est pareil pour moi. Ainsi, personne dans cette ville ne me voit tel que je suis. À cause des distances que j'ai parcourues et qui ont changé mon apparence. 
Je m'assois parfois, afin que l'on me regarde et j'espère qu'une trace de mon visage s'imprime dans une rétine. Mais on ne sait jamais quand ce genre de choses se produit. Et s'il existe une unité au-dessous de la seconde, la durée de l'impression est de cet ordre-là. J'ai moi-même oublié la forme des nuages que j'observais à l'instant.

Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Samedi 12 janvier 2008 6 12 /01 /2008 17:39
Chère Amie,
 
Les saisons nous obligent, et c'est ce que l'on aime, à la laideur parfois. Au repli sur soi. Pour ma part, je n'existe alors qu'au travers d'une âme douloureuse qui ne ressemble à rien et j'évoque les lumières anciennes. Chaudes ou bien glaciales. Pas plus tard qu'hier, me dis-je, les choses étaient différentes. Les lumières crues découpaient mieux les contours.
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Et dans la solitude hivernale ou estivale, j'aime à penser, quelquefois, que notre cité est la solution. Je sais, vous savez, que c'est faux, que New York se plie. On y meurt de froid, ou privé d'air par les canicules, avant d'y mourir de faim. Ici, les saisons ne sont pas prises au piège d'une humanité triste. Mais le contraire est vrai. Je ne m'en réjouis pas. je me plie aussi et j'attends les meilleurs augures sans impatience. Dans cette ville, j'ai appris à tout aimer. Du moins, à ne rien haïr. Et je vous dois cela.
Rappelez-vous. Avec force, vous m'avez pris la main et mené vers ce que beaucoup nomment l'enfer et l'homme vivait là, pas plus mal qu'ailleurs. Vous saviez que je vivrais là mieux qu'ailleurs, car je ne pourrai plus m'y mentir.
Par Mary and Co - Publié dans : Amie
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Vendredi 11 janvier 2008 5 11 /01 /2008 20:54
J'ai rendez-vous ici. À quelle heure, bordel ? Une heure juste, c'est sûr. Vous êtes comme ça. Vous ne vous trompez sur rien. Elle doit être parfaitement alignée sur un méridien.
Une heure entre le lever du jour et le zénith. Sous la onzième arche du Brooklyn. C'est votre choix. Parce que vous aimez prononcer cette phrase, sans doute. Et que personne ne nous cherchera ici.
Vous savez ce que sont les gages d'immortalité ? Par exemple, quand on marche au milieu de la chaussée et que rien ne nous arrive. Et bien, je cours vers vous en accumulant les preuves de mon immortalité.
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Je vous dirai : Vous êtes si belle. La circulation au-dessus de nos têtes m'obligera à le hurler et vous soulèverez vos épaules et détournerez le regard. Protégées du cirque planétaire, les ombres ne nous atteindront plus. Nous ne saurons rien de l'heure qu'il est jusqu'à la nuit qui remet toujours les pendules à l'heure. 
Vous m'assurerez à plusieurs reprises que les derniers remparts de Manhattan n'ont plus de sentinelles, et que les fantômes du pont ne parlent pas anglais. Et d'ailleurs, qu'importe qu'on les ait murés, rajouterez-vous, ils nous observent tout de même. Il est possible aussi qu'ils ne nous envient pas.
Vous n'allez plus tarder. Les heures injustes me semblent moins nombreuses. Une enfance éternelle nous attend dans les gravats d'un immeuble qui est mort les rideaux aux fenêtres. Est-ce dans l'explosion que vous avez perdue une phalange à chaque auriculaire ? Ou est-ce qu'une part de vous est restée dans le rêve ? je vous poserai ce genre de questions quand la circulation s'atténuera.
Par Mary and Co - Publié dans : Lunch poem
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Mercredi 9 janvier 2008 3 09 /01 /2008 18:45

Aussi maussade qu’on peut l’être quand une eau gelée nous tombe sur le visage, j’avançais sur le Brooklyn Bridge. Derrière moi, Manhattan changeait rapidement d’apparence. Des formes lumineuses, que l’averse faisait se mouvoir, remplissaient maintenant les contours assombris des buildings et ce décor électrique rendait la ville faussement chaleureuse. Ça n’était pas encore l’heure où les destins basculent. Pas assez de lassitude. Une nuit encore grise, encore trop près du jour pour que l’on soit attiré par la lumière des caves ou le bruit de la rivière. 
undefined J’arrivais enfin sous la première tour du pont, où je m’abritais, tant bien que mal, des rafales de vent liquides. Puis, je posais ma main gantée de laine contre la pierre rêche et ma paume laissa une marque humide qui ne s’effaça pas. C’est alors qu’une autre marque vint la recouvrir, plus foncée, presque rouge. Une empreinte plus grande, au dessin précis.  Hâtivement, je la frôlais du bout de mes doigts découverts à présent, car elle ne tarderait pas à disparaître, comme toujours.

Par Mary and Co - Publié dans : Yesterday is here
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Mardi 1 janvier 2008 2 01 /01 /2008 16:16

La nuit a été étrangement claire, malgré que la lune décroisse. Glaciale, en vérité. Mortelle pour certains, à n’en pas douter. La femme marche dans les allées du parc pour rejoindre l’Ange.  Elle a sa vie derrière elle. Le temps presse à en croire son pas rapide. Enfin, elle lui fait face. La grâce de son mouvement d’envol la saisit une fois de plus et sa tristesse envahit son âme, comme elle envahit, pour ne plus jamais la quitter, l’âme de tous ceux qui ont croisé son regard. 
Vivre, vivre et vivre encore ! lui demande-t-elle, le souffle coupé par sa marche vive.
Quel est ce vœu, s’étonne sa vie derrière elle ? Tu as déjà tant vécu…

La femme se tourne promptement et embrasse du regard toutes les minutes de son existence.  Longuement, elle s’attarde sur elles avec délice et horreur parfois.
Puis, elle se retourne vers l’Ange et de nouveau lui demande : Vivre, vivre et vivre encore ! undefined
Par Mary and Co - Publié dans : Yesterday is here
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Vendredi 28 décembre 2007 5 28 /12 /2007 18:19
J'ai longtemps confondu Herald Square et le square Greeley. Mais aujourd'hui, ça n'a plus d'importance, parce que je n'ai plus à m'inquiéter des lieux. Je vais de l'un à l'autre par jeu ou parce que ce damné de flic, celui avec la pompe gauche tâchée de peinture rouge, en a après ma bouteille et que je dois le fuir. Mais je ne le fuis pas vraiment, en vérité. Sa gueule d'ange vaut bien sept jours de manche pour un flacon de gin qu'il videra, à coup sûr, dans la grille du trottoir. Et assis sur une chaise à barreaux de bois vert de l'un des deux squares, le goulot dépassant d'un sac en kraft posé sur mes genoux, j'attends qu'il s'amène et qu'il le saisisse brusquement en m'insultant avec des injures de gosse de la banlieue.
Une nuit où, justement, je rêvais que quelque chose se passe, sa main s'était posée sur ma joue et il avait souri en m'offrant cette écharpe que j'avais vue à Gap le jour même. Je bénissais cette foutue obscurité, parce que mon maquillage avait trois jours et qu'à cause de mes engelures aux pieds, je n'avais pas pu aller me raser au dispensaire. C'est vrai qu'un léger crissement se fit entendre quand sa paume frôla ma peau. Bizarrement, je fermais les yeux pour ne pas l'écouter et cette réaction idiote et inutile me fit rire. Il serra fortement l'écharpe autour de mon cou, en couvrant mon rire par un rire plus fort. undefined
Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Jeudi 27 décembre 2007 4 27 /12 /2007 22:25
 
Il était une fois un hiver bien étrange, où la neige ne tomba qu'une unique et seule fois. De fait, elle disparut bien vite des rues de Manhattan, devenant une boue noire chassée dans les fossés par les pneus des interminables Cadillac Escalade. Et toute la ville fut bientôt recouverte d'un voile qui teinta de grisaille ses innombrables quartiers, les songes de ses habitants et les surfaces lumineuses des patinoires du Rockefeller Center ou de Bryant Park.
Cependant, des flocons irisés de rose et de bleu pâle se posèrent sur le sol parfois rocailleux de Central Park. Et malgré la tiède et blafarde atmosphère qui régnait alentour, la neige persista jusqu'aux premiers jours du printemps et même, mit un soin particulier à son installation. Elle déploya de larges tapis sur les pelouses de Sheep Meadow ou de Great Lawn, s'éparpilla en paillettes dans les allées du Mall, s'amoncela dans le creux des sculptures pour en dégager les reliefs et s'insinua dans les veines des roches si parfaitement qu'on eut cru qu'un sang de givre circulait sous la pierre. Enfin, les rayons d'un soleil lointain vinrent se refléter sur la surface figée des pièces d'eau du parc. Jamais l'hiver ne fut mis en valeur d'aussi juste façon. 
C'est ainsi que Central Park conserva sa parure neigeuse jusqu'à la fin du troisième mois calendaire. Et pas un conteur ne saurait expliquer cela car tous sont humains et non (plus) de la nature. undefined
Par Mary and Co - Publié dans : Les contes de Manhattan
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