Les Demoiselles de NYC

Les demoiselles de New York 

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Mardi 17 juin 2008 2 17 /06 /2008 18:54

Personne ne se souvient du jour le plus important de ma vie. Même pas moi, dit le vieux au serveur qui n’a pas attendu sa commande et lui sert son éternel whiskey du matin. C’est sa phrase du jour. Le barman pose le verre en regardant ailleurs pour montrer qu’il se fout de ce bavardage de vieillard sénile. Il soupire. Il avait espéré qu’aujourd’hui soit un jour différent, mais c’est exactement comme hier. D’abord le vieux, puis viendront les deux flics du premier district qui se planquent derrière le pilier pour ne pas être vus de la rue, la vendeuse de Foot Locker, deux ou trois chauffeurs de Limousine, Tommy Mayer qui vient préparer ses paris, les touristes qui discutent le pourboire. Et ça sera comme ça jusqu’à la fin. Personne ne se souvient du jour le plus important de ma vie. Même pas moi, répète le vieux en montant d’un ton et en jetant un billet de dix dollars sur le comptoir pour obliger  l’autre à s’approcher.

- C’est peut-être qu’y en a pas, lui lance le serveur de l’autre bout du bar. Y en a pas toujours, rajoute-t-il en s’avançant finalement pour attraper l’argent. 

 Le vieux hausse les épaules.  Il y a forcément un jour plus important que les autres. Un jour qui baigne dans une lumière bleu pâle. C’est comme ça qu’il le voit. Un jour de jeunesse bien sûr. Un jour de jeunesse où la couleur de la chair féminine envahit la rétine de manière définitive. Un jour de jeunesse parce que ça laisse le temps de souffrir, si c’est comme ça que ça doit tourner.  Un jour où l’on s’engage dans l’armée, où l’on salue négligemment son père et qu’il meurt dans l’heure. Un jour où une certaine musique pénètre l’âme. Une odeur, une phrase, un geste. Un jour de bonheur, de naissance. Ce jour qui transforme tous ceux d’avant,  et qui nous fera vivre mieux ou pire. Il y en a toujours un. Dans la plus insignifiante des existences. 

Les deux flics entrent et s’assoient derrière le pilier. Le serveur soupire. Ils posent leur casquettes à pointe sur les chaises d’à côté et se frottent les mains en souriant béatement. Ils  parcourent le menu, mais commandent exactement la même chose que les jours d’avant. Deux Double-eggs avec du bacon et des pancakes.

- Y en a toujours un, martèle le vieux,  à chaque fois que le serveur passe près de lui. Un pour chacun d’entre nous.

Tommy Mayer entre, le cellulaire collé à l’oreille. Il s’énerve dans un espagnol approximatif contre un mauvais payeur ou un mauvais perdant. Possible aussi qu’il n’y ait personne à l’autre bout. Il salue les flics de la tête et se vautre sur le bar. Il ferme son portable bruyamment et commande sèchement un café latté.

 Le serveur sait qu’il y a quinze pas du comptoir à la porte. Il les compte chaque matin.   Il y a un jour pour chacun d’entre nous. Quinze pas. Un jour. Il tente un calcul parfaitement aléatoire. Parfaitement stupide. Quinze pas. Un jour. Quinze plus un, seize. Il est dehors.

Photo :"City Square " scuplture d'Alberto Giacometti, 1948

Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Dimanche 15 juin 2008 7 15 /06 /2008 19:50

Un jour triste aurait mieux convenu. Un enterrement dans le quartier. Des costumes noirs froissés, sortis  des placards et à peine brossés. Les épaulettes encore pleines de poussière oubliée à cause de l’obscurité qui règne dans la pièce. C’est l’été.  Le climatiseur en panne. Tout est bouché. Rien ne donne sur l’extérieur. Mais il entre quand même. Planqué derrière ce bruit incessant, ce ronronnement. Les sirènes, parfois. Pompiers, flics, ambulances. C’est l’été. On ne veut pas le savoir. Mais il entre quand même. Par les interstices des persiennes et il étouffe les hommes. Leur serre la gorge comme un deuxième couteau qui relève zéro au compteur. Les femmes à moitié nues. Elles se frôlent et se sourient. Dans les pièces sombres. Pompiers, flics, ambulances. Il faut qu’un jour ça s’arrête. La vieille secoue la tête. Il faut qu’un jour ça s’arrête. Un insecte se fait entendre. Dans un esprit en réalité. Un insecte estival. De ceux qui piquent les chairs brunies ou dévorent les récoltes. Un mot inutile à New York. Il y en a d’autres. La vieille se rappelle de quelque chose. Une fois, dans l’ambulance, on lui raconte une histoire. Un jour triste aurait mieux convenu, lui dit le secouriste. Pour de telles histoires ce n’est pas le jour. Une fusillade. Des gosses armés de 357 qui se tirent dans le ventre des balles argentées pour devenir invincibles. L’un d’eux, le plus jeune, a peur, il  tire en l’air et du ciel tombe un dollar en or percé. Il le met dans sa poche en espérant que ça veuille dire quelque chose et il rentre chez lui, laissant sur le trottoir les corps agonisants de ceux qui ont osé. Il y a là Bill Obson et  Jack Kerouac. L’électrocardiogramme de la vieille s’affole en entendant ce dernier nom, mais l’ambulancier la rassure. Personne n’est unique, croyez-en mon expérience. J’ai eu à faire à plusieurs Jack Kerouac. Bref, le gosse rentre chez lui. Sa mère est assise sur le canapé. Le nez dans sa pipe à crack. La lumière bleutée du poste de télé tranche avec celle de l’extérieur et il fronce les sourcils en lui tendant la pièce. Se faisant, il lui dit un mot comme miracle ou quelque chose comme ça et la femme se fend d’un atroce éclat de rire qui semble ne pouvoir s’arrêter. Le môme se bouche les oreilles, augmente le son, la secoue et la raisonne. Rien ne la fait cesser. Le rire inonde l'espace comme une lave brûlante. Un instrument supplémentaire de ce terrible été qui bouffe les cerveaux. Le gosse sort son flingue et la descend. Le coup le fait trébucher et le dollar roule et glisse entre les lattes du parquet. Un dollar en or tombé des mains de Dieu, paumé à jamais dans un appartement pourri du Lower East Side. Le gosse s’assoit près de sa mère, et s’endort en espérant se réveiller d’un mauvais rêve. La vieille pense aux gamins morts sur le trottoir. Bill et Jack. Bill et Jack.  Elle ne se souvient plus de la définition d’invincible. Il faudra qu’elle la demande à quelqu’un. Personne ne saura. Personne ne sait jamais ce genre de choses.

Un jour triste aurait mieux convenu. On descend dans la rue à la nuit tombante. On entend les cris des mères. Et le silence des pères passe au dessus des têtes comme des lames volantes. Des armes sans trajets. De ce côté-ci, on s’oblige à la tristesse mais ça emmerde tout le monde. On fume des cigarettes blondes en gardant les yeux fixés au sol.  Le vent frais qui s’enroule sur les épaules et les nuques est une bénédiction, mais personne n’en parle. Les cous se tendent finalement. Les jambes s’allongent sur les marches. Les bras s’écartent. Dans les pièces chaudes, les femmes ouvrent les persiennes. Et ce qui reste de la nuit pénètre en catastrophe.

 
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Dimanche 8 juin 2008 7 08 /06 /2008 18:22

Au 860 Broadway, un greffier de marque sorti de tôle à l’instant même, se la pète sur les genoux de son avocate, alors que dans les cellules alentours,  les rêves d’évasions des félins dégriffés corrodent le métal. Mais il n’y a pas que des geôles à bestioles à Manhattan. Sur Bryant Park, une fille en anorak est enfermée pour l’hiver dans une boule de neige en plexi. Elle jette des regards assassins aux badauds en maudissant les cinq boroughs new yorkais et le rêve américain. Lorsqu’elle réchauffe ses mains l’une contre l’autre, des paillettes se soulèvent du sol et retombent lentement en étincelant. Un jour glacial, vous m’offrez une écharpe, et  je  sème des brins de laine jusque dans le parc où les moineaux se bâtissent des nids mi-laine, mi-coton. Des mots mystérieux s’écrivent à la lame sur les miroirs gelés de la ville.

Un soir, vous nous entraînez vers le métro, pour nous protéger d’une pluie battante. Mais nous ne pouvons nous soustraire à la ville et remontons rapidement à la surface, où une eau atlantique gifle nos visages durant plus d’une heure. Sur Central Park West, un chien de deux cent grammes, sapé comme un rappeur,  snobe les photographes et finit sa balade hygiénique dans les bras de son larbin qui sort de chez le toiletteur. Le flic de la 66e  rue ignore où il se trouve. C’est une femme. Elle pense que son humanité est morte et se croit invisible. Dans la boutique de  Noël, des figurines dérivent  sur un lit de neige grisâtre qui n’est que de la poussière de septembre. Nous dévorons des pecan bars dans tous les Europa Café de Manhattan, avant qu’ils ne disparaissent, comme a disparu Au bon Pain de l’Empire State. La prison de la ville est un triste bâtiment que je longe tête basse, à cause d’une pluie de larmes qui s’abat juste là. Le Peking rêve de rallier Hambourg et de sa proue transperce les buildings qui ont fait son malheur. Mais il ne blesse que lui et son sang brun se dilue dans l’eau de la rivière. Une fois de plus, Pollock devient mon frère, mon maître et je m’incline devant sa précision. Chaque jour, les prêcheurs haranguent les fantômes sur l’esplanade du WTC, mais la plupart foutent le camp en  haussant les épaules. Mort, c’est mort. Un aigle américain vous vend un cœur de métal, que vous m’offrez sans délai sur le trottoir de la 34e.  Depuis, je ne crains plus que ma vie s’arrête.

 

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Dimanche 1 juin 2008 7 01 /06 /2008 17:46

Il se demande si c’est une belle journée. Il suffirait qu’il écarte les rideaux pour sans assurer. Mais l’obscurité lui convient. Il le saura bien assez tôt. Quand  le jour disparaîtra avec le sommeil, ou lorsque le désir d’errance l’obligera à mettre le nez dehors. Ça l’emmerde toutes ces choses qui le retiennent ici. Ces détails qui retiennent tous les hommes. L’idée d’un café chaud, il n’en faut pas plus que ça pour remettre à demain la balle dans la tête. À coup sûr, une belle journée, tout juste voilée par un mal de crâne qui l’oblige à froncer les sourcils et lui donne un air menaçant.  Il se ressert un grand verre de cet alcool qu’il n’a toujours pas identifié. Deux flacons pour le prix d’un, ça lui avait suffi. Deux flacons, c’est rien d’autre qu’une clepsydre. Une bonne raison de ne rien foutre pendant qu’ils se vident. Il écarte les bras et étend son corps, jusqu’à ce que ses pieds dépassent du lit. Il penche la tête vers l’arrière et aperçoit le crucifix au mur.  Foutu Christ ! Sa faute à lui, la faute aux blancs et à sa pute de mère qui le fringuait comme une gonzesse parce que les hommes la répugnaient. Mais ça n’avait pas duré.  Elle avait donné un baiser au pavé de la ruelle à même pas vingt cinq ans. Après, l’administration s’était chargée de le fringuer. Comme un basketteur, la plupart du temps. À cause de sa couleur sans doute. Et ça avait duré jusqu’à ce qu’elle le foute à la rue de manière officielle.

A présent,  il pense à sa mère comme à une enfant, parce qu’il est plus vieux qu’elle. C'est une triste gosse. Le détail qui le retient ici.  

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Dimanche 11 mai 2008 7 11 /05 /2008 17:03

Allez quoi, file-moi de cette bonne vieille came ! Tu sais de quoi je parle. De celle qui éclaircit mon esprit brouillé par ce bon vieux whiskey. Celle qui remonte la rivière jusqu’aux quartiers chauds. Celle qui m’évite de voir que la chair juste née, qui arpente là-bas, prie déjà pour crever. Celle qui me fait apercevoir Dieu dans les églises et ma mère au coin de la rue. Chipote pas pour le blé ! C’est pas la saison. Je te paierai quand le soleil aura d’autres ambitions que de chauffer les richards derrière les vitrines. Au printemps, pourquoi pas. J’aurai des graines plein les poches. T’auras qu’à te pencher pour les ramasser.  Des  graines ailées qui foutront le camp vers le sud où les ancêtres leur préparent déjà des couronnes de fleurs sur une plage de Mazunte et prient pour elles en dessinant des étoiles sur le sable. Allez quoi, file-moi  de cette bonne vieille came ! De celle qui se lève à ma place, qui marche dans mes pas, qui remue mes lèvres. Celle qui arrache les souvenirs comme des fleurs à la volée, qui met des points au milieu des phrases, qui ouvre les arcades divines et sourcilières. Celle qui était déjà bonne pour mon père. Tu sais de quoi je parle. De celle qui connaît l’adresse de la faucheuse.

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Mercredi 7 mai 2008 3 07 /05 /2008 17:00

 

A l’aube du troisième jour de juin, j’accompagnais un ami à la gare centrale. Sur le quai glacial à cause d’une saison déplorable, un silence gênant s’installa entre nous. Pour le briser, et parce que cette pensée lui vint à l’esprit à ce moment précis, il me dit que les jours qui se déplacent ne sont pas ordinaires. Une fumée translucide s’échappa de sa bouche en même temps qu’il parlait. Ses mots se consumaient comme le combustible d’une machine de transport. Je ne tenais pas à ce que ça m’arrive, alors je ne répondis rien.

Après son départ, face à l’horloge aux quatre cadrans de la salle des pas perdus, je regardais s’évanouir le temps de ma journée ordinaire. 

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Dimanche 4 mai 2008 7 04 /05 /2008 15:36

Une lueur blanche envahit mes surfaces pensantes. Doublement aveugle, car voyant doublement, je palpe les murs autour et quand vient la brique, je me souviens de l’enfance et des villes traversées où, brune ou rouge, elle signifiait le répit.  Une heure à peine, parfois. Du temps pour une amie. Un mot d’elle et le jour se  diluait déjà dans les lumières filantes aperçues par le pare-brise arrière, jusqu’à ce qu’apparaissent les angoissantes frontières obscures et que la ville meurt.  En m’endormant sur les genoux de ma sœur, je songeais à une cité naturelle qui s’érigeait dans les zones monotones et silencieuses des terribles campagnes de regrets que nous laissions derrière nous. Dans le noir illuminé, je sentais les tremblements humains et mécaniques en surface, et les agitations dans les bureaux d’études. Le jour se levant, mon père annonçait, en laissant l’adjectif en suspens, que nous étions arrivés. Mais il n'éteignait pas le moteur tout de suite, comme s’il espérait que la machine en décide autrement.  Puis il soupirait largement, avant de nous promettre que tout irait bien.


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Vendredi 28 mars 2008 5 28 /03 /2008 18:53

 

La peau sur les os, mon Frère. La peau et les os et les dieux dans le ciel qui s’échangent leurs anges, pour ne pas passer une angoissante nuit  supplémentaire. Avec leur manège, j’ai les membres brisés. C’est à peine si je marche, à l’heure où je te parle. Et voler, je laisse ça à d’autres, dorénavant. Aussi beau que je fus, je n’en meure pas moins. Aussi belle ? Qui le sait. A part toi, mon Frère. 

Tu as a volé plus que moi. Plus de richesses te reviennent, car tes yeux voient encore. Moi, je me satisfais des marbrures rosâtres d’un  parquet de chambre commune. Oublie que j’ai souri plus souvent qu’à mon tour devant les anges en plâtre des boutiques minables.  Car c’est là la matière dont je suis fait. Il me reste à vivre ainsi. Blafard, à la merci de tous. Allez ! Oublions notre humanité le temps de s’alléger. Le vent passe à telle heure, je ne tiens pas à le rater.


Par Mary and Co - Publié dans : Lunch poem
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Samedi 22 mars 2008 6 22 /03 /2008 18:58

Elle alla s’isoler un moment dans les toilettes, après que la fille fut partie. En se regardant dans le miroir, elle remarqua que ses yeux la fuyaient. Ses propres yeux. Elle se cala contre la paroi carrelée, et resta immobile quelques secondes. Après quoi, elle reproduisit chacun des gestes de la fille, pour tenter de comprendre sa fuite. A sa manière, elle écarta les cheveux de son visage, avec précaution, comme on dégage les feuilles mortes des fleurs naissantes. Puis elle imita son sourire. Un  étrange sourire qui s’était perdu dans une expression de tristesse. Mais elle ne le déchiffra pas, et son regard se brouilla finalement.  Enfin, elle donna un baiser au reflet de ses lèvres et recula brusquement, comme l’avait fait la fille, sans raison apparente. Alors qu’elle, avait été surprise par la dureté et la froideur du verre.

Lorsque l’homme entra, elle ne s’en offusqua pas. Gênée qu’il ait pu apercevoir son baiser solitaire, elle fit profil bas. Aussi, elle fut frappée par sa ressemblance avec la fille. Ses traits étaient aussi fins et lisse et la couleur de ses yeux, à l’identique,  paraissait indéfinissable, car elle variait selon les éclairages.  Il se lava longuement les mains, puis se recoiffa rapidement. Ses gestes élégants contrastaient avec son allure de banlieusard. Le Queens, peut-être. Elle convint que sa beauté était supérieure. Et bien qu’elle ne le désirât pas, elle n’en était pas moins troublée. Un de ces moments où l’on se sentait uni à un étranger sans comprendre le sens de ce lien.  Ça ne durait que quelques minutes, en général. L’attraction terrestre prisonnière dans dix mètres carrés, et le monde inexistant, tout comme le souvenir de sa propre vie.

Tu n’es pas taillée pour ces amours-là, lui dit le boxeur en fixant son reflet  dans le miroir. Puis, il quitta la pièce. Le lien se brisa net et elle s’en voulut de croire à ce genre de conneries mystiques.

Quand on la retrouva, deux jours plus tard, dans une benne du New Yorker Hotel, elle avait un trou dans le cœur et l’énigmatique phrase, ni pour celles-là, était inscrite sur son front.


New York, décembre 2008

Par Mary and Co - Publié dans : Le boxeur
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Jeudi 20 mars 2008 4 20 /03 /2008 17:03

 

 

SweetHeart buvait l’eau de la rivière chaque jour que lui donnait ce satané Créateur, en gueulant, à qui l’en dissuadait,  que ce qui nous dézinguait pas, nous rendait foutûment plus fort.

Il est vrai que les forces lui faisaient défaut. Il est vrai qu’il descendait d’une longue lignée d’allumés qui illuminaient les souterrains de Gotham City depuis perpète.

SweetHeart buvait l’eau de la rivière depuis qu’il buvait, parce qu’il réservait ses dollars aux liquides plus sophistiqués. Et l’eau des fontaines sentait les chiottes de dispensaire, et il craignait de s’étouffer avec l’énorme bulle des fontaines de Poland Spring éparpillées dans les grands magasins.  

SweetHeart buvait l’eau de la rivière chaque jour de trop sur cette putain de planète, parce qu’il avait versé toutes les larmes de son corps et qu’il fallait bien compenser les pertes.

Après, recroquevillé dans son antre, sous FDR Drive, il posait la main sur son ventre et restait comme ça un moment.

L’East, l’Hudson et un petit paquet de mer à l’abri pour un temps dans sa carcasse déglinguée. Jusqu’à ce qu’il aille les pisser dans la rivière.

SweetHeart trébucha dans l’eau de la rivière et but ses larmes jusqu’à plus soif, en avalant de grandes gorgées, pour ne pas en perdre une.

Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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