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Vendredi 26 janvier 2007 5 26 /01 /Jan /2007 16:32

Le soir, elle descend dans la rue par l'escalier de secours. Elle doit patienter plus longtemps l'été, car elle s'est laissé quelquefois surprendre par une fausse nuit, comme elle l'appelle maintenant. Un ciel bleu outremer avec des nuances de jaune. Lui, ça ne lui arrive jamais. Il connaît ces choses-là. Les fous sont connectés à la planète par une artère invisible ou un système de ce genre. Ils savent exactement quand le jour a complètement dégringolé. Quand il n'en reste plus aucune trace. À New York, cette particularité, c'est plutôt un avantage. Car que voit-on du ciel ?

De fait, il est là, à l'angle de Charles street et de Perry, appuyé contre la vitrine de la laverie. Une capuche blanche de jogging dissimulant son visage ébène. Et lorsqu'elle le croisera, il chuchotera quelque chose comme : " Un jour, on doit penser à se sauver de nous-même ".

Elle ne se presse pas et observe de loin son long corps solide, légèrement penché vers l'avant. Puis, une fois à sa hauteur, elle absorbera ses mots passivement. L'enveloppe vocale disparaîtra vite. Elle regrette ce défaut de la mémoire qui ne s'attarde jamais sur les sons. Et c'est avec sa propre voix qu'elle fera circuler la phrase dans son esprit. Jusqu'au moment où le sens se diluera. Elle aime penser qu'il se mélange aux particules de poussière.

" Rendez-vous en plein jour, lui dit-il aujourd'hui. "

Ça ne veut rien dire. Quelque chose ne va pas. Sûr que ça n'est pas le bon. Une saloperie d'usurpateur. Aussi, elle rejoint la 6e et l'arpente jusqu'à la jonction de Broadway. Sûr qu'il est là-bas. Ils y sont toujours. 

                                                         

Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Mardi 5 décembre 2006 2 05 /12 /Déc /2006 20:46
Au Cellar, ça n’était pas difficile. Elle y dînait tous les soirs. Ça faisait partie du plan. Comme de rester debout tant que la serveuse n’avait pas pris sa commande. Un tuna burger, qu’elle payait d’avance. Sans pourboire. Une fois assise, elle remettait les objets à leur vraie place. Car il existe une vraie place pour le ketchup ou le sirop d’érable. Quand le burger arrivait, elle en ôtait le thon et déplaçait les frites de la gauche de l’assiette vers la droite, ou de la droite vers la gauche, selon leur position initiale. Quand l’univers lui paraissait enfin supportable, elle commençait à manger. À la manière d’un riveteur sur une poutrelle d’acier, en veillant à ne pas perdre l’équilibre. Les deux pieds sur les barreaux de la chaise.
Il y avait des mauvais soirs. Pas la bonne table, pas la bonne serveuse… Ça ne lui était jamais arrivé, mais ça existait. Elle savait que si ça se produisait, Manhattan disparaîtrait dans un énorme trou noir. Elle avait déjà vu ça. Entre Vesey, Cedar et Church Streets.
Il n’y avait qu’un plan par individu. Il fallait s’y tenir. Ce n’était pas si difficile. Il suffisait de ne pas entreprendre d’actions incontrôlées et de maîtriser la chronologie des évènements.
Plus tard, un taxi la conduisait jusque dans le Village. Et ça c’était l’enfer. Dès qu’elle entrait dans la Ford, le Skaï, imprégné d’odeurs humaines, lui donnait la nausée. Quelquefois, les chauffeurs ne parlaient pas anglais. Une phrase ne suffisait pas pour indiquer la destination. Il fallait s’en approcher, les regarder dans les yeux, faire des gestes imprévus. Ça s’éloignait du plan. C’était un moment douloureux. Son cœur battait vite. D’une minute à l’autre, le néant pouvait tout ravager. Alors, elle se calait au fond de la banquette et fixait la nuque de l’homme en répétant sa phrase magique : Au-delà de la Pale, il ne se passe rien. Au-delà de la Pale, il ne se passe rien… Elle la tenait de son père et n’avait jamais su ce qu'elle signifiait. Les Irlandais disent de drôles choses. Parce que ce sont de drôles gens qui aiment le chant des mots.
Dans la rue, avec de la chance, il n’y avait personne. Elle pouvait, sans angoisse, approcher de la façade et l’observer longuement. Quelquefois, un bruit ancien s’échappait des persiennes. Elle ne rêvait pas. Ça arrivait vraiment. Elle l’écoutait résonner dans son esprit. Un bruit familier. Quelquefois, il ne se passait rien. La maison restait silencieuse.
Quoi qu’il en soit, il n’y avait pas à réfléchir. Ça faisait partie du plan. 
 
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Dimanche 19 novembre 2006 7 19 /11 /Nov /2006 18:34
Le troisième jour, elle se souvint de son nom : Queens. Bien sûr, personne ne la crut. Qui portait un tel nom ? On décida qu’elle avait, pour de bon, basculé dans la folie.
C’était pourtant bien son prénom. Queens quelque chose. Le quelque chose restait à définir. Pas sûr qu’elle chercha à le faire.
- Pourquoi tu m’as appelé comme ça ? avait-elle demandé à sa mère, autrefois.
- Ben quoi ? répondit la femme de sa voix traînante d’alcoolique. C’est là que tu es née ! Et sûr, c’est là que tu crèveras !
Dieu merci ! La soûlarde n’avait pas accouché à  Poughkeepsie, ça aurait été plus dur à porter.
Queens se rappelait parfaitement de ce jour. La femme avait passé la nuit dehors, et c’est le sergent Matheson qui, une fois de plus, l’avait ramené à l’aube. Il la tenait fermement par le bras, pour éviter qu’elle tombe et ne semblait pas écoeuré par la forte odeur de bière et d’urine qu’elle dégageait. Qui sait où il l’avait ramassé ?
Le flic la fit asseoir et tenta de lui donner une posture décente. Mais elle était, définitivement, attirée par le sol. Il la regarda comme si elle était morte. Avec une distance évidente et une douleur dans le ventre qu’il expulsa en soupirant lourdement. Puis, il sourit aux enfants, augmenta le son de la radio et prépara un café.
Queens regarda sa mère à son tour et sut qu’elle allait mourir parce que ses yeux ressemblaient à ceux de ces chats écrasés, agonisant sur le bord du trottoir. La fillette avait déjà vu ça. Des pupilles tournées vers l’intérieur, vers l’étendue des dégâts. C’est alors qu’elle décida de la questionner sur son prénom.
À partir du quatrième jour, tous les infirmiers l’appelèrent Harlem. Pour la contrarier, peut-être, ou parce que ça lui convenait mieux. Elle s’en foutait. C’était même plutôt une bonne chose. Comme une nouvelle vie qui commence.
 
New York, 1989.
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Vendredi 20 octobre 2006 5 20 /10 /Oct /2006 16:14

Map

J’avais l’âge maudit. Tu sais comme dans le bouquin : J’avais vingt ans et je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. Quelque chose comme ça… Une épave ! tu aurais vu ça. Et aucune chance d’y passer. Des vaisseaux sanguins durs comme la pierre, qui pétaient les aiguilles.
Et je volais, mec ! Enfin, c’était tout comme. Les pieds à ça du sol.  Tant mieux, parce que, sans ça, j’aurai pataugé dans la merde à longueur de nuits.
Et la nuit, tiens ! tant que j’en parle.  Elle n’arrêtait jamais. À cause des baffes dans la gueule qui m’explosaient les yeux, des bars en sous-sol, des cellules d’isolement, …je ne sais plus.
Pas de jours ! pas de jours !
Et tu sais quoi ? Je croyais qu’au bout du Holland Tunnel, il n’y avait rien. Enfin, juste un mur pour retenir la flotte. Je croyais qu’il n’y avait pas d’autre terre que celle-là. Cette pourriture d’île et rien d’autre. Eh ! De là où j’étais, je le voyais pas ce putain de New Jersey. J’étais pas débile au point d’aller traîner près de la rivière. Ça attire, ces trucs-là. Tout le monde sait ça.
...
Tu crois que New York, c’est moi ? Pauvre con !
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Mercredi 26 juillet 2006 3 26 /07 /Juil /2006 17:37
 Ça n’était pas un jour à faire n’importe quoi. Beaucoup de possibilités d’y passer. Pourquoi plus dangereux aujourd’hui qu’hier ? Pas plus. Elle le sentait comme ça, c’est tout. La chaleur, les camés, les mômes qui vous visaient avec leur laser qui file le cancer, où elle savait pas quoi, plus tous leurs autres jouets débiles à deux roues! Les bombes balancées dans les cliniques d’avortement, qui explosent juste quand vous passez devant. Eh ! ne pas oublier, les avions qui tombent, les couteaux qui sifflent, l’eau qu’on avale de travers. Trop, trop de raisons d’y passer.
Il fallait de l’air. S’asseoir dans Channel Gardens. Pas une mauvaise idée. Surtout que quand on est vivant, faut savoir se donner le meilleur, le plus doux. Le plus doux ! et puis quoi encore ? Ce coin-là, c’était juste de la flotte chlorée, avec des plantes en pots et des sculptures gréco quelque chose. Jamais vu des corps pareils ! La beauté, ça fait toujours mal !
Se foutre les pieds dans l’eau et attendre deux secondes que tout le monde se tire en s’indignant dans une langue étrangère. Rien à cirer ! Tout Manhattan était à elle. Tout ce qui se pénétrait sans clé, sans ticket, sans robe de cocktail à 300 dollars.
Fermer les yeux, pas pour dormir, mais écouter la mort dégager le secteur, en  foutant des coups de pieds dans des canettes vides. C’était toujours ça de gagner.
 
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Mardi 25 avril 2006 2 25 /04 /Avr /2006 20:56
 
La fillette compta jusqu’à cent comme le lui avait demandé sa mère en l’aidant à s’asseoir sur le rebord de la fontaine. «  Au bout du compte, je serai de retour ». Elle commença par le zéro parce que c’était un sacré chiffre qui, la plupart du temps, représentait tout ce qu’on ne posséderait jamais. Un monde ! Dixit sa grand-mère.
La femme s’était mise à trembler dès que sa main eut lâché celle de l’enfant. Les jambes, d’abord, puis le haut du corps. Mais, elle lui avait souri largement, les yeux plissés pour ne pas croiser son regard.  Une combine qui épargnerait sa mémoire, peut-être. Quand elle passa sous l’arche, la fillette avait déjà égrené deux dizaines et un zéro. Elle tapait ses talons contre le muret, et le caoutchouc de ses baskets faisait rebondir ses jambes qui s’alignaient à hauteur du genou avant de retomber brutalement.
Sur la Cinquième avenue, à l’angle de la Douzième rue, la femme fit une pause parce qu’elle avait marché vite. Elle écouta quelques secondes ce qui se tramait dans son cerveau. Elle ne savait rien de ce qui se passerait. À part les évidences administratives. Le placement de la fillette, le mandat d’arrêt, c’était possible. Quelques employés de justice ouvriraient de gros bouquins à couverture verte ou rouge, pour trouver le nom savant de son acte et l’inscrire sur un procès verbal. Elle fit une liste rapide des pertes, des peines et des limites humaines.
Il faudra jauger le remords à venir, en faire un allié présentable et convaincant. Il faudra vite apprendre à secouer la tête, dès lors qu’une image douloureuse surgira et continuer de vivre, en s’attardant sur la lenteur des gestes, pour ne pas paraître trop empressée d’aller mourir. Il faudra rire beaucoup, ne jamais être heureuse. Et que faire de l’amour ?  
À part ça, elle ne savait rien de ce qui se passerait.
Après trois centaines, la fillette se lassa de compter. Elle fredonna Strange fruit, sans en comprendre le sens, mais parce que sa mère la chantonnait toujours en traversant Washington square. Une légère angoisse s’empara d’elle. Comme une impatience, une inquiétude prise à son début.
Alors, elle parcourut son univers pour se passer le temps. Elle discuta longuement avec son ami imaginaire ; Un épicier du Bronx, nommé Norman Gaylor, qui lui offrait des bonbons triple couche, ou des boites de perles tant qu’elle en voulait. Elle dessina des fleurs et des visages sur le sable de l’allée avec un morceau de bois. Elle donna des noms de personnages de séries TV aux chiens du parc à chiens. Puis elle retourna s’asseoir sur le rebord de la fontaine.
Quelques secondes avant les premières larmes, elle vit sa mère franchir  l’arche et venir vers elle.
 
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Dimanche 9 avril 2006 7 09 /04 /Avr /2006 19:44
C’était le matin. Le sien. Pas celui de l’hémisphère. C’était une heure à peine après un rêve. Il essayait de s’en souvenir. Mais pour ça il aurait fallu se rendormir quelques secondes. Ça venait pas comme ça. Il lui restait bien des images, comme des mouches en pleine force de l’âge, qui lui volaient autour et passaient devant ses yeux quelquefois. Mais rien de tangible. Son sommeil avait été de glace parce qu’il avait échangé sa couverture contre un fond de Jack Daniel’s. C’était l’été et alors ? Ses crevasses aux mains et aux pieds traversaient les saisons. Souvent, il les regardait avec curiosité. Ça lui donnait une idée précise de la décomposition. Mais cette vision le rendait fou. Aussi pour s’en défaire, il secouait la tête comme un chat qui a été sonné et se mettait à parler à voix haute, à hurler quelquefois. Puis il agrippait le premier venu et le serrait fortement dans ses bras. Et la chaleur qui le traversait quelques secondes le sortait de l’horreur. Mais ça ne suffisait pas. Alors, il le frappait, jusqu’à ce que la panique disparaisse de son corps. Jusqu’à ce qu’il sente le battement de son cœur dans ses doigts gonflés, ensanglantés et fracturés. Jusqu’à ce que le corps de l’autre glisse le long de ses jambes et s’affale au sol avec un manque de tenue évident.
- Merde ! les Jumelles ont encore craché un cadavre, disait-il simplement, avant de passer à autre chose, maintenant qu’il était rassuré.
Aujourd’hui, il était calme. Il avait des trucs à faire. C’était un jour important. Pas à prendre à la légère. Il allait se faire du mal, encore plus qu’avec ses histoires de viande pourrie. Il lui avait fallu des siècles pour se décider à retourner dans son ancien quartier, à passer près de son immeuble d’autrefois. Calé contre un mur du trottoir d’en face, il matait l’ensemble comme on regarde une photo, en espérant entrer dedans et que les sensations d’alors nous submergent. Il attendait que cette nostalgie terrifiante le tue. Il se souvint du poids des clés de l’appartement dans ses poches. Des portes que l’on ferme et des mots que l’on dit quand on a peur de rien. Et de l’inconsistance des gestes. Des regards inutilement posés, des heures durant, sur des images mobiles.
Après, il se rendit au Fulton, toucher les carcasses évidées.
 
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Mercredi 5 avril 2006 3 05 /04 /Avr /2006 15:46
J’étais assise sur le balcon. Le vent tournait autour du block et se rentrait dedans juste à ma hauteur. Il soufflait dans mes cheveux en les emmêlant, comme un séchoir électrique sauvage. Ça faisait rire mon père, ou un de mes bâtards de frères ou un voisin, je ne sais plus. Pas ma mère, c’est sûr. Elle ne riait jamais comme ça, spontanément. Quelquefois, pendant son service, elle expédiait un client qui la faisait chier avec une blague débile, par un grand rire aigu qui partait se cogner contre les vitres sales. Tout le monde la fermait pendant deux secondes, et le connard plongeait son nez dans le menu. Ça lui ôtait l’envie de continuer sa drague à deux cents. C’étaient les seuls moments où ma mère se marrait, mais ça n’avait rien de drôle.
Et puis elle savait bien qu’on mate les femmes comme elles parce qu’on peut pas se faire les autres. C’est une question de connaissance de soi. Un truc bien triste.
Le vent ramenait de la poussière qui venait se coller à ma peau moite en dessinant des formes abstraites aux contours sombres. J’aimais bien cette crasse. Elle me racontait l’histoire de la journée quand, le soir, je m’en débarrassais sous la douche. Parce que souvent, je ne me rappelais plus de rien. L’eau mélangeait les heures et tout se barrait par le siphon en émettant un énorme son, comme un rot de buveur de bière qui a perdu sa dignité depuis longtemps. Je m’endormais avec ça dans l’oreille. À croire qu’elle existe cette putain de fatalité.  
 
Harlem, 1989.
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Vendredi 31 mars 2006 5 31 /03 /Mars /2006 12:56
Elle s’interdisait de regarder les chevaux. Ça n’était pas nécessaire. Elle passait près d’eux, bien sûr. On ne peut pas tout contourner et le Park était une voie sereine qu’elle empruntait pour ne pas trop transpirer. Une odeur chaude et forte se dégageait d’eux, comme celle d’une couverture de laine séchant au soleil. Aussi, ils soufflaient largement en rentrant les flancs régulièrement. Mais ça n’avait rien de rassurant, cette régularité. Quelque chose brûlait leurs poumons, et ils s’en défaisaient en expirant. Ils n’étaient ni mal nourris, ni assoiffés. Elle leur ressemblait beaucoup. Boire, manger ne suffisait pas. Mais c’est pour cela qu’elle marchait jusqu’à la nuit, comme eux. De ce pas ramassé, les yeux à l’affût des passants généreux, des bons plans.
Étaient-ils jeunes, l’était-elle ? Elle tentait de s’en souvenir, mais quelques images seulement apparaissaient. Aucunes de ces dernières années. Et ses temps de bonheur n’en étaient que parce qu’ils baignaient dans une mémoire réinventée chaque jour. Ça remplissait les heures de se bâtir une enfance presque normale. Le pire a toujours des excuses tant que l’on n’a pas tout vécu. Il est le meilleur, malgré tout.
C’est ça qu’elle avait croisé un jour dans le regard d’un de ces chevaux. Comment tout ça allait finir ? Où menait cette longue, si longue marche, sans cesse répétée ? Non, ça n’était pas ça. C’était la réponse.
 
New York, 1989.
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Jeudi 16 mars 2006 4 16 /03 /Mars /2006 20:47
Allez ! c’est comme ça que les chiens voient. Ou d’autres animaux, je ne sais pas. Et moi, souvent. Ça dépend de l’heure. Enfin, autrefois ça dépendait de l’heure. Rien à voir avec la nuit ou le jour. C’était une heure plus ou moins chimique ou alcoolisée. Aussi, J’ai arrêté de marcher, je rampe maintenant.  Mais, si j’y avais pensé, j’aurais pu voler, quelquefois.
Souvent, je regarde les hommes transpirer au travers des baies vitrées des salles de gym, ou fumer une cigarette dans la rue, encore absorbés par le taf, malgré les étages descendus et la musique d’ascenseur. Du jazz, avec de la chance. Pas Sex Mob, ça pourrait leur péter la tête. Ils finiraient par me ressembler. Allez ! y a pire que moi. Mais c’est de mon point de vue, alors ça compte pas. Quoi ? Ils auraient une vision monochrome de clébard, et des ailes, des quantités d’ailes ! Plus qu’il n’y a d’anges. Et après?  Dans leurs mains, elles deviendraient carrément dégueulasses. Eh ! c’est New York, ici.  Et puis, ils les abandonneraient une à une, à chaque coin de rue, en les balançant dans les bennes, en espérant les échanger contre de la came, en les oubliant, en les déplumant.  Après, ils commenceraient à ramper, l’estomac noué par les crampes. Parce que, pas une seule fois, ils n’auraient utilisé les ailes comme accessoire de vol.
Fait chier ! je sers à rien.
( je ne suis pas sans espoir. Je cherche ce que j’ai perdu, en allant mourir. Ce n’est pas de ma faute si c’est sur le même chemin).
 
 
 New York, 1989.
 
 
 
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