Les Demoiselles de NYC

Les demoiselles de New York 

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Samedi 22 novembre 2008 6 22 /11 /2008 20:01

Ce n’est rien. C’est New York. Le jour à peine levé toute la journée. De la poudre (y a qu’à se baisser) aux yeux de ceux qui s’allongent dans les rectangles saisonniers. Le torse dénudé, souriants à cause du soleil imaginé. On s’égare si on s’en éloigne parce que tout s’effondre au fur et à mesure. Allongés, frissonnants. Ce n’est rien, c’est New York. Si l’air passe, les bruits passent au travers des pièces mal entretenues. Dehors n’est pas pire. On peut enfin espérer n’être rien pour de bon. Frissonnants sous le soleil des rêves. Jaune vif avec des rayons descendants jusque sur les visages maternels. Leur taillant une cicatrice joyeuse. Une affreuse déformation de gaité. Un affreux rire mérité. Ce n’est rien. Ce n’est pas pire que d’être aimer par tous. Ce n’est rien, c’est New York. Dilués dans les chairs comme un sang universel, ce n’est pas pire que de ne ressembler qu’à soi.

Par Ann F Border - Publié dans : Lunch poem - Communauté : New York City Art
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Mercredi 5 novembre 2008 3 05 /11 /2008 20:15

"Eh bien, je ne sais pas ce qui va arriver maintenant. Nous avons devant nous des journées difficiles. Mais peu m'importe ce qui va m'arriver maintenant, car je suis allé jusqu'au sommet de la montagne..."

Martin Luther King Jr.

Par Ann F Border - Publié dans : People and locations - Communauté : New York City Art
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Vendredi 31 octobre 2008 5 31 /10 /2008 20:41

On supposait qu’il y avait de meilleurs jours. Sous d’autres cieux disait martin Marksman. Rien qui ressemblait à ça par ici.  Mais je n’avais pas de rêves qui mènent au large. Pas d’enjambées gigantesques pour traverser la rivière. Je supposais qu’elle atteignait la mer ou l’océan. Je ne connaissais pas la différence entre des mots comme mer et océan. Aucun de nous ne la connaissait. Le jour déclinait tous les jours et parfois plusieurs fois par jour et ça suffisait. De Brooklyn, nous possédions Manhattan et ça suffisait aussi. On restait là, penchés sur la balustrade où on se retenait de cracher parce que celui qui souillait la rivière était maudit à jamais. Comme Howard Shepard qui était mort le lendemain d’un crachat royal qu’on avait tous admiré.

A son enterrement, il avait fallu retenir sa mère pour pas qu’elle s’enfonce dans le sol. Deux hommes la soutenaient en regardant droit devant eux. C’était leur mission. Pas des moindres selon Martin Marksman. Parce qu’il y a des forces terribles sous la terre des cimetières. Plus tard, la mère d’Howard a craché sur le prêtre. Quand il a commencé à faire des paraboles. Et elle est partie en courant. On a emboité son pas. Elle courait comme un animal pourchassé. Changeant de direction brutalement en poussant des cris rauques.  La transpiration coulait sur nos joues et il était plus facile de pleurer. On a couru jusqu’à ce qu’on ne se souvienne plus de rien. La malédiction, l’enterrement, la mère d’Howard qu’on avait perdu de vue depuis longtemps, et Howard lui-même.

On supposait qu’il y avait de meilleurs jours à chaque fois qu’on pensait à celui-là. Jusqu’au jour où Martin Marksman cracha dans la rivière, à cause d’une fille qui lui avait brisé le cœur.

Par Ann F Border - Publié dans : Yesterday is here - Communauté : New York City Art
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Dimanche 26 octobre 2008 7 26 /10 /2008 18:20

- Je ne suis pas heureux, dit l’homme.

- Depuis quand, lui demande la femme ?

- C’était le jour où la statue de la liberté a rouvert au public. Août 2004. Un feu d’artifice magistral et je n’en ai rien su. Je me suis réfugié dans la rue quand j’ai entendu les explosions.

- Je me souviens, dit la femme.

- Vous y étiez ?

- Non.

- Mais vous saviez…

- Oui.

- Dans la journée, je m’étais assis exactement où je suis assis. Et une femme qui sortait de la librairie  s’est assise exactement où vous êtes assise. Elle m’a parlé du temps, comme ça se fait, et des tornades de Floride. Je n’ai rien su lui répondre. A part que je craignais un orage pour les heures à venir. Elle a haussé les épaules. Peut-être que nous serons épargnés. C’est ce qu’elle m’a répliqué. Elle n’était pas new yorkaise. Une réflexion que je me suis fait.

- D’où était-elle, vous lui avez demandé ?

- Non. Je voulais qu’elle parte, mais elle n’en avait pas envie, ça se voyait. Elle avait étendu les jambes et feuilletait un livre de photos.

- Quel genre de livre ?

- Un bouquin sur Central Park avec des ocres trop ocre, des verts trop vert, des blancs trop blanc… L’Essex House et le Dakota toutes les deux pages.

- Et les attelages ?

- Et les allées du Mall.

- Et les écureuils ?

- La Bethesda Terrace.

- Strawberry Fields ?

- Strawberry Fields.

- C’est ce qui vous a fait dire qu’elle n’était pas new yorkaise.

- Quoi donc ?

- Le livre.

- Non. C’était sa façon de tenir son gobelet de café. Et un sac à main trop luxueux qu’elle laissait trainer à ses pieds.

- C’est elle qui vous a ouvert les yeux ?

- A quel propos ?

- Je ne suis pas heureux, vous vous rappelez ?

- Ah !...oui. Non, ce n’est pas elle. C’est une pensée qui m’a traversé l’esprit au moment où elle se tenait à mes côtés.

- Quel genre de pensée ?

- Pas une pensée, en réalité. Plus dur que ça. Plus aiguisé.

- Un coup de poignard ?

- Comme une lame, oui.

- Et ça vous fait souffrir ?

- Je ne souffre pas. C’est seulement que je ne suis pas heureux.

- Si vous voulez… C’est à cause du livre.

- Je ne comprends pas.

- Des verts trop verts, des ocres trop ocre... Des saisons trop vives.

- Des saisons trop vives. J’ai pensé à ça sur le moment.

- Mais ce n’est pas ce qui vous a frappé ?

- Non. Un prolongement de cette pensée… Quelque chose à voir avec le temps.

- Des saisons trop brèves ?

- Des saisons trop brèves.

Par Ann F Border - Publié dans : People and locations - Communauté : New York City Art
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Jeudi 16 octobre 2008 4 16 /10 /2008 20:48

Chère Amie,

 

J’ai cru pendant un moment que New York avait disparu. Que la ville n’avait jamais existé. Vos pas sur les lattes du Brooklyn, je les rêvais silencieux.  C’est ce qui se passe quand toutes nos peurs n’en forment qu’une. Nous n’éprouvons plus rien. Nous ne voyons dans nos passés rien d’autre que des mensonges et les hurlements envahissent nos têtes.

Je n’écrivais plus rien car je n’étais plus rien. Peut-être le contraire.  Je voulais croire que vous m’attendiez avec ce sourire indescriptible qui n’appartient qu’à vous. Un reste de rire enfantin suspendu.  Posé sur vos lèvres et vos yeux. Un trompe-la-mort.

Vous restiez là, à l’autre bout de la saison, assise parfois sur un banc du Mall, en regardant dans la direction du soleil. Le contre-jour n’est pas une mauvaise chose.  Je pouvais être n’importe quel passant. Je pensais que pendant un temps cela vous suffirait. Vous les regarderiez avancer vers vous et cela suffirait. Mais je pensais mal.  Vous ne m’attendiez pas, vous tentiez d’apaiser vos craintes.

Les temps passent. Ils filent plus vite que nous ne marchons et il faut s’attendre au pire sans que cela ne se voit trop. Il faut rire fort et se convaincre que nous serons épargnés. New York m’en convainc. Mais au fond, New York n’existe pas.

Par Ann F Border - Publié dans : Amie - Communauté : New York City Art
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Jeudi 11 septembre 2008 4 11 /09 /2008 12:07
Par Mary and Co - Publié dans : People and locations - Communauté : New York City Art
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Dimanche 31 août 2008 7 31 /08 /2008 21:12

                                                                                                                                                        
Ne rien faire, penser comme en hiver. Dans le parc regarder le manège clos tourner. Ne rien faire. Ne pas s’en faire. Se souvenir de quelque chose. Un objet. Le tenir dans la main. Le serrer. Une pierre. Une pierre ramassée, sauvée de la nature. Déplacée, abandonnée. Ramassée dans l’allée. Une pierre tenue toute une journée. Le manège tourne. Le regarder encore. Des enfants sur des chevaux vivants. Ce qui compte c’est ce qu’ils pensent. Des chevaux vivants. Une prairie. Une ville bâtie dans la nuit à cause de l’or toute proche. Enfouie dans des grottes indiennes. Des cimetières. Des enfants avec des étoiles de shérif en place de leur blason scolaire. Ne rien faire, poursuivre. Peut-être retourner dans le tunnel. Dépasser l’assassin. Une jambe repliée contre la paroi, il tient un livre de prière. La part de Dieu dit-il quand je le croise. Il le répète après que je me sois éloignée. La part des hommes dit-il quand je rebrousse chemin et que je le recroise. Ne pas s’en faire. Penser comme en hiver. La lumière fait un arc de cercle à la sortie de la galerie. Le manège. La pierre dans ma main. Plus chanceuse que moi. Des enfants délaissent leur monture. Se débarrassent de la poussière de la prairie. Voler leurs regards. Traverser, contempler un monde incomplet.  Ne pas s’en faire. Penser comme en hiver. Fermer les yeux. Dans le tunnel des pages déchirées. L’assassin assassine. Rien du tout. Il n’assassine rien du tout. Une pierre. Tenue toute une journée. Le bord tranchant serré. Par erreur. Serrer le bord tranchant des prières par erreur.

Par Mary and Co - Publié dans : Lunch poem - Communauté : New York City Art
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Jeudi 28 août 2008 4 28 /08 /2008 14:18

Enfants, nous étions forts quand nous prenions du sable dans nos mains et qu’il glissait entre nos doigts pour se répandre sur la surface de l’eau à la manière d’une pluie sèche. Ça ne voulait rien dire pour nous. Nous possédions une île où j’enterrais des oiseaux d’or qui mouraient dans les terres pendant les saisons froides. Une pauvre île avec un trône de granit en contrebas. Enfants, nous courions sur la dune. Avec un sérieux de géomètre qui mesure ses pas. Nous avons toujours couru sur la dune. Du rivage, nous regardions la grande mer et plongions vers Ys transis de froid. Nous avons toujours plongé vers Ys et nagés en frôlant des épaules spectrales. Nous ne craignons rien. Nous attendons que notre père cesse de vivre dans la mort et revienne vers nous.

 

Par Mary and Co - Publié dans : People and locations - Communauté : New York City Art
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Lundi 11 août 2008 1 11 /08 /2008 20:48

Un terrain vague. Rien ne s’y passe vu des fenêtres du bâtiment. Il porte un nom. Le bâtiment A ou une autre lettre. Je fais des mots avec. Il s’y passe quelque chose quand je fais des mots avec. Assassin. Si c’est A, c’est assassin. Il ne reste pas beaucoup de mots. Il faut faire avec. Il reste des assassins. Un terrain vague souvent dans le brouillard à cause de la géographie des lieux. Une femme y marche et ses jambes soulèvent de la fumée. Une fumée lourde qui peine à se déplacer. Je ne sais pas dire si c’est joli à regarder. C’est triste. A cause de la femme qui se retourne souvent. Sur son passé. Elle ressemble à un ange qui aurait perdu un organe essentiel. Je ne peux pas dire des ailes les anges n’existent pas. Mais je peux dire un ange. Elle a des yeux fatigués. Je ne les vois pas, mais je les préfère comme ça. Elle pleure souvent, mais pas maintenant. Pas en plein jour. Elle pourrait à cause du brouillard qui la rend peu visible. Mais elle ne veut pas. Le bâtiment n’est pas aveugle. Ni aveugle ni muet. Des cris s’y échappent souvent de toutes sortes. Toute la misère du monde comme dit Martin Markman. Je ne crois pas que ça soit vrai. Manque de place. Il n’en faut pas beaucoup pour déconner, c’est ce qu’il me réplique. Il me montre sa main. Un espace pas plus grand que ça, ça suffit. Un terrain vague. Une femme y marche tout le temps. Et la brume se soulève tout le temps.  Autour, tout va bien. Dans la rue tout va bien. Elle veut l’atteindre je suppose pour faire comme tout le monde. Regarder droit devant et se laver un peu avec le bruit qui tombe sur sa peau comme de l’eau. Mais je ne sais pas quand l’eau douce dissout l’eau salée. Peut-être qu’il existe des goûteurs de rivière qui font des traits à l’endroit ou le sel disparaît et ils les reportent précisément sur des cartes où le bleu l’emporte. Mais rien n’est moins sûr alors je ne sais pas si elle peut se débarrasser de ses larmes. Un terrain vague. Défoncé par endroits. Il ne faut pas compter que j’y marche. Il ne faut pas compter que je marche.  Dans les ornières un liquide marron et des rives vertes. Des rives bien dessinées. Un lac. Au dessus un soleil persistant. Des Pick-up aux portières ouvertes d’où sort de la musique du sud et des jambes de filles. Des corazón chuchotés se cognent au mur parce que j’ai entrouvert la fenêtre et glissent sur le parquet. Ils s’assèchent comme des fruits dédaignés.  Après plus rien. Un terrain vague. Une femme y marche et ses pieds ne touchent pas le sol. C’est une vision d’optique peut-être, mais ce n’est pas sûr. Martin Markman la voit aussi et il a la bouche ouverte comme si il l’avait perdu un os capital de la mâchoire. Quand le vrai soleil passera derrière le bâtiment  B,  je tirerai les rideaux. Je ferai un mot avec.

 

A Co

Par Mary and Co - Publié dans : Lunch poem - Communauté : New York City Art
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Mercredi 6 août 2008 3 06 /08 /2008 18:49

Le soleil balance ses rayons dans la rivière et ils éclatent comme du verre securit sur la surface. Les garde-côtes les dispersent avec leur Zodiac. Ou les ferries avec leurs énormes coques. Une ligne écumeuse sépare un moment les éclats puis ils se rejoignent formant une traînée étincelante, une marée aurifère ballottée par le rythme du trafic. Le trésor de la cité des idiots. La vieille secoue la tête. La nuit le fera disparaître. Il tombera dans un ciel sous pression. Un ciel si profond qu’il n’est pas utile de posséder d’yeux pour y circuler. Et l’envers de la ville envahira l’onde et un terrain vague en place de New York. Il faudra bientôt marcher la tête en bas. Les cheveux ondulant comme des algues brunes.  Protéger le contenu de ses poches. Pour le moment, la vieille ne s’inquiète pas plus que ça. Elle regarde le trésor dériver. Il effectue des demi-cercles, parfois aspiré par des courants locaux, puis il remonte, propulsé par des flèches liquides. Ses cristaux en ornent les pointes. La nuit sera pénible. Tout le sang dans la tête et des fourmis aux quatre membres. Pas la faute à l'alcool. La misère n’a pas tous les vices.  Pas la faute à la faim. Pas la faute aux marches forcées. La nuit est toujours une mauvaise chose. Il faut nager à l’aveuglette jusqu’à ce que la ville se remette à l’endroit. Personne ne marche sur l’eau. Mais certains racontent qu’ils y parviennent guidés jusqu’au matin par un sentier flottant bordé d’insectes ou de fleurs fluorescents.  Mais ils suffoquent comme les autres quand on les retrouve transis de peur, violets, blanchâtres, presque morts, recroquevillés dans l’entrée d’un drugstore illuminé et bruyant. C’est autre chose, se défendent-ils, pas ce qu’on croit. Personne ne marche sur l’eau. Pas plus dans les livres sacrés que dans les contes pour enfants. Ça veut sûrement dire quelque chose, mais quoi ? Pour l’instant, le jour est bien ancré. La ville bien ancrée. La vieille s’en assure tout de même. Le soleil est là pour un moment. Peut-être même qu’il ne partira plus. Il étale son trésor avec vanité sur la nappe aqueuse empêchant la cité de plonger. Empêchant les reflets. Le jour pour de bon. Malgré cette pensée, elle serre les poings au fond de ses poches pour retenir ce qui pourrait en tomber. Un réflexe. Un rituel peut-être bien. La différence c’est que le jour pour de bon n’y changerait rien. Elle secoue la tête. Les heures claires, les heures sombres, ça n’est que du vent. Le trésor à portée, le jour à volonté, il ne lui est même jamais venu à l’idée de s’en emparer.  À personne. Le jour à volonté, du vent. Un vent du tonnerre de Dieu. 

Par Mary and Co - Publié dans : People and locations - Communauté : New York City Art
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