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People and locations

Mercredi 16 janvier 2008 3 16 /01 /Jan /2008 21:10

undefined Les nuages se dirigent vers le Nord et jamais personne ne les verra tel que je les vois, car le mouvement modifie leur apparence et ils seront autres bien avant d'atteindre le Bronx. Je songe que c'est pareil pour moi. Ainsi, personne dans cette ville ne me voit tel que je suis. À cause des distances que j'ai parcourues et qui ont changé mon apparence. 
Je m'assois parfois, afin que l'on me regarde et j'espère qu'une trace de mon visage s'imprime dans une rétine. Mais on ne sait jamais quand ce genre de choses se produit. Et s'il existe une unité au-dessous de la seconde, la durée de l'impression est de cet ordre-là. J'ai moi-même oublié la forme des nuages que j'observais à l'instant.

Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Vendredi 28 décembre 2007 5 28 /12 /Déc /2007 18:19
J'ai longtemps confondu Herald Square et le square Greeley. Mais aujourd'hui, ça n'a plus d'importance, parce que je n'ai plus à m'inquiéter des lieux. Je vais de l'un à l'autre par jeu ou parce que ce damné de flic, celui avec la pompe gauche tâchée de peinture rouge, en a après ma bouteille et que je dois le fuir. Mais je ne le fuis pas vraiment, en vérité. Sa gueule d'ange vaut bien sept jours de manche pour un flacon de gin qu'il videra, à coup sûr, dans la grille du trottoir. Et assis sur une chaise à barreaux de bois vert de l'un des deux squares, le goulot dépassant d'un sac en kraft posé sur mes genoux, j'attends qu'il s'amène et qu'il le saisisse brusquement en m'insultant avec des injures de gosse de la banlieue.
Une nuit où, justement, je rêvais que quelque chose se passe, sa main s'était posée sur ma joue et il avait souri en m'offrant cette écharpe que j'avais vue à Gap le jour même. Je bénissais cette foutue obscurité, parce que mon maquillage avait trois jours et qu'à cause de mes engelures aux pieds, je n'avais pas pu aller me raser au dispensaire. C'est vrai qu'un léger crissement se fit entendre quand sa paume frôla ma peau. Bizarrement, je fermais les yeux pour ne pas l'écouter et cette réaction idiote et inutile me fit rire. Il serra fortement l'écharpe autour de mon cou, en couvrant mon rire par un rire plus fort. undefined
Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Mardi 25 décembre 2007 2 25 /12 /Déc /2007 22:29
undefined Nous traversons Manhattan qui est grise et pluvieuse la plupart du temps. Si froide que nos yeux en pleurent et vous portez des étranges bottes en suède que l'on porte ici, doublées de laine de mérinos.
Nous empruntons quelquefois de terrifiantes rues transversales où les sans-abri, recroquevillés sur des marches graisseuses, tendent leurs mains violacées inutilement, car qui emprunte les rues transversales ?
Un agent de la police du trafic a été posté près de Water Street pour répandre sa mélancolie jusqu'au Fulton Market.
Je découvre au Moma de la 66ième la fabuleuse toile de Kirchner, Rue à Dresde et je ne peux pas la quitter du regard. Pas plus que vous ne pouvez détacher le vôtre de L'orage de Munch. Sur le quai 17, nous mangeons des Dunkin' donuts de toutes les couleurs que vous partagez avec un pigeon de votre connaissance. Ensuite, vous photographiez un cadavre plastifié, ou quelque chose comme ça, qui se tient debout derrière une vitrine.
Moi et Mademoiselle Coco faisons la promesse de toujours commander un seul cheesecake pour deux.
Un autre jour, nous apprenons par cœur supercalifragilisticexpialidocious en traversant Times Square.
Les cloches des soldats de l'armée du Salut parviennent parfois jusqu'à nous, alors que les trompettes angéliques du Channel Garden sont recouvertes par une pluie de cents qui tombe tout près.
Un rendez-vous avec notre cher ami de la Bethesda Terrace. Nous marchons avec prudence le long du Mall, pour le rejoindre, car le sol en est gelé. Après nous être longuement entretenues avec lui, nous nous asseyons sur la pierre glacée d'un parapet, l'observant de dos, prendre son envol.
Le Brooklyn Bridge est, définitivement, le plus beau pont du monde.
Au New Yorker Hotel, nous pénétrons dans la salle de bal et quelque chose se passe. Aussi, un homme nous suit qui rebrousse chemin. 
Bientôt, trois lustres majestueux disparaîtront de la ville. Je me demande ce qu'ils vont devenir.
Ailleurs, vous capturez votre image en pied dans un étrange miroir. Au même endroit, le Rwanda est à l'envers et ça ne dérange personne.
Tous les chevaux de la police du 1e district sont dans la rue, sauf deux.
Les bicyclettes de la 37e deviennent des fantômes en même temps que leurs propriétaires et toutes les voitures de la mairie sont noires et mystérieuses.
À la Public Library, Kerouac frôle mon épaule. Il sent le tabac brun et une ordonnance pour des calmants dépasse de sa poche.
Vous donnez deux dollars à un homme entré au Starbucks pour se réchauffer, il nous prend dans ses bras lorsque nous partons. Je lui souhaite bonne chance en y croyant vraiment.
Et aussi, le père Noël de Macy's nous offre des crayons de couleur. Je sais que ça signifie quelque chose de bien.
Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 /10 /Oct /2007 18:32
 
Il a plu durant quatre jours et pas une seule fois le sol n’a eu le temps de sécher. Les feuilles s’accrochent à mes chaussures mouillées, parce que je traîne les pieds. Les saisons m’importeraient peu si mon humeur n’y était pas tellement attachée. Mais je me sens comme un élément microscopique sans raison propre, attendant docilement que les objets du climat me déplacent. Souvent, épaules collées aux murs des ruelles, je patiente jusqu’à ce qu’un tourbillon parte dans la direction que je souhaite.
A ce moment précis, tout va bien, j’ai le vent dans le dos et il me pousse le long du Mall, vers la Bethesda Terrace. Exactement ce qu’il me faut. Tout serait parfait si quelques pensées ne venaient m’assombrir en fin de compte. Après tout, c’est le début de l’automne. Il ne peut pas en être autrement. Et vers novembre, peut-être que je songerai au suicide, comme chaque année.  
J’attends que le vent tourne pour rebrousser chemin. Rejoindre la fontaine ne me tente plus. Je ralentis le pas et fixe un point de fuite. Celui qui fait se toucher les deux bordures opposées de l’allée. Et lorsqu'un air frais frôle ma nuque, je fais demi-tour, sans regret pour l’ange, une fois n’est pas coutume.
Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Jeudi 19 juillet 2007 4 19 /07 /Juil /2007 16:33
Le crépuscule était en avance. Une fois de plus. C'était assez fréquent ces derniers temps, mais là, c'était plus tôt encore. Il devait être trois heures et la nuit descendait comme un store baissé par une vielle femme. Personne ne s'en inquiétait. Parce que ça s'opérait lentement, peut-être. Le plus étrange, c'est que tous possédaient une vision féline, alors que moi, une heure plus tard, j'y voyais plus rien. J'avais bien lu des trucs sur l'adaptation aux changements, mais là, c'était carrément trop rapide. Peut-être que j'étais le taré de la meute. Pourquoi je me posais cette question ? J'avais toujours été le taré de la meute.
Non, il se passait quelque chose. Il ne faisait pas nuit pour tout le monde. Juste pour moi.
- J'ai toujours aimé Washington Square, me dit une femme en me croisant.
Le lourd tissu de sa robe de hippie a cinglé ma cuisse et j'ai frissonné. Puis, j'ai continué de marcher avec prudence jusqu'au bassin. Je me cognais à plusieurs reprises à des formes humaines ou à du mobilier urbain que j'identifiais après coup. Il devait être cinq heures. Le rencard avec Ronnie. Ma dose.
New York, 1989.
Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Mardi 17 juillet 2007 2 17 /07 /Juil /2007 20:00
Certaines choses lui appartenaient pour de bon. La grosse verrue sous son pied gauche qui le faisait boiter et lui donnait des airs de vétéran. Il disait comme ça : Vietnam ! jusqu'au milieu des années 80, et : Irak ! ensuite, en exagérant sa claudication quand il passait près des bâtiments de l'administration. Une montre sans aiguilles avec un bracelet en croco, trouvée dans Chelsea Park. Une saloperie de toux chronique. Une collection de cicatrices. Un vinyle de Bechet, le Sydney Bechet in New York de 1950, première édition. Des gants de cuir brun à ex-doublure de soie qui lui noircissaient le bout des doigts quand il pleuvait. Des boots à bouts plombés. Des pompes d'enculé de trimeur ! Un exemplaire de Mexico City Blues de Kerouac. Une envie quotidienne de cogner et quotidiennement, un tocard pour la faire passer. Un emballage de Strawberry Shortcake. Une espérance de vie limitée. Mais qui pouvait savoir ? Une philosophie personnelle comme personne ne possède rien du tout, ou quelque chose comme ça. Le souvenir de n'avoir jamais fermé la moindre porte à clé. Un sac à dos rempli de clés trouvées.
Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Lundi 2 juillet 2007 1 02 /07 /Juil /2007 16:41
Elle portait une robe rouge sous un large manteau d'homme. De plus en plus lourd et brillant d'usure. Presqu'un miroir où se reflétaient les lumières, filantes quelquefois. À cause de ça, il lui arrivait de croire que Manhattan s'agrippait à elle pour la faire sombrer.
Plus elle était ivre, plus la ville pesait sur ses épaules, cherchant à l'engloutir. Ça se produirait une bonne fois pour toutes, mais pour ça, il fallait boire encore.
Dans le vestiaire du club, elle accrochait Manhattan à un cintre, avec plus de délicatesse qu'elle ne le désirait vraiment, et la ville disparaissait dans l'ombre de la pièce alors qu'elle se maquillait.
Et plus rien ne comptait que l'instant où elle s'en vêtirait de nouveau.
Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Mercredi 27 juin 2007 3 27 /06 /Juin /2007 17:16
 Chaque soir, elle courait jusqu'au quartier des théâtres. Rien n'obligeait sa course, sauf quelques souvenirs coriaces, qu'il fallait bien fuir, de temps en temps. Elle les égarait toujours à Broadway. Elle égarait tout à Broadway, jusqu'à la fatigue. Qu'aurait-elle fait d'un repos qui s'éterniserait un jour ou l'autre ?
Il y avait sur les trottoirs tâchés de lumière, une place pour elle. Une parcelle mouvante. Juste de quoi poser ses pieds d'enfant, plus un espace supplémentaire pour quand ils grandiront. Une marge d'avenir. Elle fonçait dans la file d'attente en écartant les corps serrés à coups d'épaules. Ensuite elle emplissait ses poumons des effluves de parfums, subtilement accrochées aux étoffes coûteuses et répétait des mots compliqués qu'elle entendait ici ou là. Et, alors que les hommes et femmes en tenue de soirée pénétraient dans le hall, elle restait dans la rue, comme à la porte de son rêve. L'écoutant plus précisément chaque soir, de crainte qu'il ne se taise pour de bon.  
Mais, au bout du compte, quoi ? le silence n'a jamais existé. 
Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Samedi 3 mars 2007 6 03 /03 /Mars /2007 21:39
" Je ne suis pas morte, m'a dit la femme, en anglais. " Elle se tenait debout et m'a souri pour que je m'intéresse à elle. J'étais occupé. Je la regardais du coin de l'oeil et lui donnais un sourire d'occidental. Je m'en suis rendu compte et j'ai recommencé. Rien à faire. Toujours ce rictus sec et supérieur. J'osais à peine le qualifier de supérieur. Mais quand même, c'est plus fort que nous. Je dis nous, parce que j'en ai vu d'autres le faire, ce putain de sourire d'occidental !
" Je ne suis pas morte, me répéta-t-elle. " C'était à cause de mon regard. Il l'avait traversé comme si elle avait été une plaque de verre. J'avais du boulot, peu de temps et un billet d'avion pour New York dans la doublure de ma veste. L'enfer, c'est bien quand on a la clé de la porte de derrière.
Elle ne bougeait pas et savait que je ne pourrais pas l'affronter longtemps. Je m'étais gratté la nuque deux fois. J'étais nerveux. J'essayais de l'impressionner avec mon Canon à trois mille dollars. Je faisais des manips à la con pour la remettre à sa place. Pour qu'elle entrevoit le vrai monde et que ça la pulvérise. J'étais infect et ça ne me dérangeait pas plus que ça. Je voulais juste qu'elle dégage de mon angle de visée.
À une autre heure, je l'aurai trouvée belle. Tellement belle que ça m'aurait hanté des jours durant. J'aurai fini par me consoler ailleurs.
Mon truc, c'était les vivants qui récoltaient les morceaux de corps éparpillés dans la rue à l'heure du marché. Ce n'est pas une image, certains le faisaient vraiment. Je pensais au Golem à chaque fois. Je ne sais pas pourquoi.
Elle, c'était autre chose. Je crois qu'elle n'avait plus de récolte à faire, d'aucune sorte. Elle avait englouti toutes les minutes humaines, vivables et insoutenables, puis les tenait enfermé dans sa taule de chair. Sûr qu'elle savait que ça la tuerait vite fait. Mais, je ne sais pas, elle jouait avec le temps. Si j'avais regardé ses yeux, j'aurai pu la soulager un moment. Mais, pour ça, il aurait fallu que mes propres yeux ne me rapportent pas autant de fric. Il aurait fallu que j'aie des yeux, point barre. 

 
 
Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Mercredi 28 février 2007 3 28 /02 /Fév /2007 18:10

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J'avais besoin de quelque chose de fort. Ça m'arrivait de plus en plus souvent. Quelques verres d'alcool russe, un morceau bien crasse de Too Short, un mec qui n'y mettrait pas les formes.

Ça m'arrivait de plus en plus souvent. A chaque fois que je croisais mon visage dans le miroir. Il semblait surpris de me voir. De me voir ainsi, je veux dire. Et moi aussi, sans doute, je devais montrer de l'étonnement, car mon reflet avait l'air tellement triste et désolé pour moi. Après, j'avais besoin de quelque chose de la jeunesse.

J'avais besoin de quelque chose de mortel, mais ça n'est pas comme ça que je le ressentais alors. Une erreur de jugement et j'y songeais trop tard.

Juste après que j’aie décliné sèchement l’invitation du type affalé à l’autre bout du comptoir. Il me matait depuis un moment en débitant des obscénités.

C’était un bloc de chair qui ne faisait qu’un avec le tabouret du pub. Je ne pouvais pas l’imaginer dans d’autres postures. Il avait de longs poils sur les avant-bras qu'il caressait langoureusement. Comme si un animal de compagnie s'était lové contre sa carcasse chauffée à 45 degrés. Ça l'aurait presque rendu touchant si la lumière crue descendant du plafond n’exagérait pas son air haineux. Les joues tombantes et les lèvres déformées par l’acide des expressions injurieuses qui étaient la base de son langage.

Le serveur se précipita vers lui avec un double scotch pour calmer le jeu.

" T'en fais pas, Bill, bois ça. Offert par la maison. "

Il a bu d'une traite et a tendu son verre au barman pour qu'il le remplisse à nouveau. C'était le prix à payer pour qu'il me laisse tranquille. Le serveur s'exécuta en me faisant signe de me tirer. J'aurai dû l’écouter. Parce qu’un mec qui s'appelle Bill, on lui doit toujours quelque chose.

 
Par Ann F Border - Publié dans : People and locations - Communauté : New York City Art
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